C’est fait ! Après trois semaines de négociations exclusives et quelques rebondissements, Vivendi a décidé de revendre SFR à Altice (Numericable). Il y aura donc toujours quatre opérateurs téléphoniques en France, au grand désespoir de Martin Bouygues (et de Xavier Niel, au passage).

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Il fallait s’en douter. Au terme de trois semaines de négociations, le conseil de surveillance de Vivendi a tranché : c’est à Altice, la maison-mère de Numericable, que reviendra SFR. Une annonce finalement logique de la part de la société de Jean-René Fourtou qui n’a jamais vraiment caché sa préférence pour Numericable. Cette dernière entreprise correspond d’ailleurs à l’offre la moins risquée, et c’est en tout cas ce que pense le conseil de surveillance. Ce dernier a décidé, à l’unanimité, de choisir l’offre de Numericable.  Ce choix permet à Vivendi de revendre à bon prix son opérateur téléphonique (11,75 milliards d’euros) en gardant une participation assez conséquente dans le nouvel ensemble. En effet, 32 % du capital du Numericable-SFR restent encore dans le giron de Vivendi, ce qui lui permet à la fois de profiter de dividendes substantiels mais aussi de se dégager d’un marché ultra-concurrentiel. Bien entendu, ce rachat rend impossible le projet de mise en bourse de SFR.

C’est d’ailleurs ce que déclare clairement l’entreprise dans un communiqué :

Au terme de débats approfondis, le Conseil de surveillance a décidé, à l’unanimité, de retenir l’offre d’Altice/Numericable qui correspond au projet industriel le plus porteur de croissance, le plus créateur de valeur pour les clients, les salariés et les actionnaires, et répondant le mieux aux objectifs de Vivendi.

Plusieurs aspects ont été décisifs pour prendre cette décision, dans son communiqué, l’entreprise en cite et explique quatre différentes :

1-    La qualité du projet industriel. Le projet d’Altice/Numericable repose sur une convergence mobile-fixe, avec des synergies découlant de l’interdépendance des réseaux respectifs des deux entités fusionnées. Les positions de SFR-Numericable dans le très haut débit fixe et mobile créeront de nouveaux leviers de croissance, une accélération du nombre de lignes connectées et des offres de très grande qualité pour les entreprises et les consommateurs. Elles offriront également d’importantes opportunités de développement dans le Quadruple Play et les nouveaux usages. Elles s’inscrivent dans la logique du plan France Très Haut Débit lancé en février 2013.

Numericable, s’il est déjà un peu plus vieux que SFR (au regard de ses lignes Internet fixes), a bien la réputation d’avoir un débit plus rapide que SFR ou du moins un réseau très haut débit beaucoup plus développé. Ce qui explique le choix de Numericable par Vivendi, qui ne profiterait pas d’un grand développement des lignes fixes avec Bouygues (ou du moins plus lent).

2-    La pérennité de l’emploi. Vivendi a fixé comme pré-requis aux acheteurs potentiels l’engagement sur l’emploi. Cela correspond également aux priorités affichées par le gouvernement.  Le projet industriel d’Altice/Numericable est celui qui garantit pleinement le développement de l’emploi dans la durée, notamment par les investissements qu’il implique.

3-    Les risques de concurrence. Tous les experts consultés ont conclu que l’offre d’Altice/Numericable présente les risques les moins élevés en matière de concurrence. SFR et Numericable ne sont pas présents sur les mêmes segments de marché et leurs activités sont complémentaires.

Ce point n’est pas une surprise et parle de lui-même. Pas besoin de lire l’actualité mobile tous les jours pour savoir que Numericable est moins présent en tant qu’opérateur mobile (MNVO) que Bouygues Telecom (avec son réseau propre).

4-    La valorisation pour Vivendi. Vivendi a retenu l’option la mieux équilibrée entre le numéraire reçu immédiatement et la participation en titres lui permettant de bénéficier de la valorisation totale la plus élevée. Tout en poursuivant la stratégie déjà annoncée de concentration dans les médias, Vivendi souhaite accompagner SFR, sa filiale depuis 27 ans, en confortant sa structure industrielle et sociale.

Même si Bouygues montait régulièrement les enchères afin de mettre la pression à Numericable, cela n’a pas suffi et l’entreprise n’a pas réussi à rendre son offre plus intéressante que celle de son concurrent, l’offre de Numericable étant celle qui a toujours plus correspondu aux attentes de SFR.

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Le plus grand perdant de cette histoire est indéniablement Martin Bouygues. Au cours des dernières semaines, Bouygues Telecom a continuellement monté les enchères alors même que Vivendi avait décidé d’entrer en négociation exclusive avec son concurrent.

De son offre initiale de 10,5 milliards d’euros, il est passé à 11,3 milliards la veille du choix de Vivendi d’entrer en négociation exclusive avec un partenaire pour finalement proposer trois semaines plus tard 15 milliards d’euros. Et malgré tous ces milliards supplémentaires, Vivendi aura décidé de faire la sourde oreille jusqu’au bout. Est-ce la menace de l’autorité de la concurrence qui a joué ? La peur de se retrouver sur un marché à trois opérateurs ? On attendra les prochains jours pour savoir ce qui s’est vraiment passé durant le conseil de surveillance de Vivendi (une réunion se tiendra le 24 juin prochain pour expliquer les facteurs qui ont conduit à prendre cette décision).

La valse des plaintes et des grandes déclarations peut enfin commencer…