Projet Ara, vous connaissez ? Récemment annoncé, le projet Ara est un projet novateur visant à introduire la personnalisation et la modularité pour le marché des smartphones. Plutôt que les modèles actuels de téléphones hautement intégrés que nous avons, le projet Ara permet de mélanger et d’assortir des composants, de sorte que vous n’aurez plus besoin d’acheter un nouveau téléphone lorsque votre écran se brisera ou si vous voulez un plus grand espace de stockage interne.

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À l’époque où j’étais un enfant, jouer au Lego impliquait un rituel. Rassembler des blocs individuels, les assembler d’une certaine manière et puis se réjouir du résultat final avec une satisfaction saine de créer quelque chose de beau et complet (dans un sens esthétique). Aujourd’hui, les jeunes sont plutôt adeptes de Minecraft, néanmoins cela ne change pas grand chose. Google tient peut-être la prochaine évolution.

Quand Google a jeté son dévolu sur Motorola, ils sont tombés sur un curieux projet développé au sein de l’équipe Motorola Advanced Technology and Projects (ATAP), un projet de smartphone modulaire : Project Ara. Google s’est vite empressé d’intégrer ce projet directement dans sa branche de recherche, juste avant de revendre Motorola Mobility au géant Lenovo. Depuis, le projet Ara est sur les rails : Google vient juste de libérer le Module Developers Kit (MDK). Malgré les challenges industriels, Google y croit dur comme fer. (Et moi aussi.)

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Un endosquelette, des aimants et des modules

Le Module Developers Kit (MDK) est disponible directement sur le site du projet Ara. Vous pouvez le télécharger, le package pèse 85 Mo. Ce document permet de développer des modules compatibles avec la plate-forme de Ara. En effet, il décrit de façon complète l’endosquelette ou « endo » comme le nomme Google. L’objectif est de pouvoir développer des modules compatibles avec l’endo. Un module peut être n’importe quoi, un nouveau processeur, ou encore un écran, un clavier, une batterie supplémentaire, un oxymètre de pouls… Bref, dans ce document se trouve les exigences et spécifications nécessaires, ainsi qu’une brève description du paysage des « licences » qui régit le projet Ara.

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Pour vulgariser tout ça, un téléphone Ara est composé d’un squelette. C’est la base. Ensuite, les développeurs pourront y greffer des modules. Il existe trois tailles d’endosquelette : mini, moyen et grand. En fonction de la taille de l’endosquelette, le téléphone pourra être accompagné d’un plus grand écran, mais également de plus de modules. On retrouve ensuite ce que l’on peut appeler la « colonne vertébrale », qui sont en réalité des « barres » séparant les différents modules.

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Google a mis en place des lignes directrices pour les modules communs, et exige des développeurs d’y adhérer. Ces lignes directrices ont été mises en place afin d’assurer une meilleure cohérence sur les modules fréquemment utilisés : les modules pour les connexions Wi -Fi, les batteries, les chargeurs, les écrans, les haut-parleurs seront donc soumis à des directives précises. Pour le reste, chaque développeur pourra les rendre aussi unique qu’il le souhaite. Le système de fixation s’appuiera sur de simples aimants. Il n’y aura donc rien à visser.

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On apprend également que tous les téléphones Ara seront sous Android et que Google mettra à disposition une place de marchés pour faciliter l’achat de modules compatibles. Un outil en ligne permettra également d’aider les consommateurs à assembler leur téléphone.

 

Une nouvelle façon de penser le matériel

Effectivement, ce projet Ara ressemble à un chantier titanesque avec d’énormes challenges industriels et techniques. Mais au lieu de parler des problèmes, parlons plutôt de ce que ce projet va apporter.

Vous aurez compris, au lieu de de voir remplacer leur smartphone chaque année, les consommateurs ont la possibilité de mettre à jour composant par composant. Le concept du projet Ara profite de la fabrication à petite échelle rendue possible grâce à des technologies comme l’impression 3D, tout en offrant aux grands acteurs de l’industrie la possibilité de confectionner des modules compatibles.

Google est persuadé que cette modularité est possible, grâce à la diminution des coûts et de la taille de l’électronique sous-jacents, et parce que l’innovation dans le matériel mobile classique ralentit. De plus, en favorisant l’innovation ouverte (Open Innovation) dans les smartphones et autres appareils mobiles, Google estime qu’il pourrait appliquer certains facteurs de succès du logiciel libre dans le domaine du matériel.

Il y a encore beaucoup de défis à résoudre, mais l’idée générale semble assez prometteuse. C’est une nouvelle façon de penser le matériel. Le projet Ara aura indéniablement des conséquences également sur le logiciel, et sur l’évolution d’Android. En recueillant de grandes quantités de données sur la façon dont nous utilisons notre téléphone et la façon dont il fonctionne, Google sera en mesure de faire évoluer Android plus rapidement pour une expérience mobile optimale.

Si Google arrive à commercialiser le projet Ara, il pourrait perturber le marché du smartphone, neutraliser la menace Samsung et veiller à ce que Android demeure le système d’exploitation mobile dominant dans le monde. Nous devrions avoir très vite plus de détails, une conférence (Ara Developers Conference) se tient en Californie la semaine prochaine, Google y dévoilera sûrement le premier prototype fonctionnel.

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Pour rappel, Google n’est pas le seul à se pencher sur un projet de ce type. ZTE est également sur le coup avec le projet Eco-Mobius, nous avions pu approcher les premiers prototypes au CES 2014. Le concept de ZTE est plus limité. Il permet aux utilisateurs de modifier seulement quatre types de composants : écran, batterie, appareil photo et l’architecture (SoC), mais il ne permet pas d’ajouter de nouveaux types de composants.

Et vous aussi vous voulez jouer au LEGO… enfin non au Ara ? 🙂