Nous avons eu la chance de pouvoir échanger avec Frank Cadoret, Directeur Exécutif Grand Public et Professionnels de SFR, pendant une heure. Nous avons donc eu la possibilité de lui poser toutes les questions concernant le rachat de SFR par Numericable. Emploi, croissance, innovation, services… Les thèmes abordés sont assez larges.

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Est-ce que le nouvel ensemble continuera à investir dans la technologie « cuivrée » ? Je pense notamment au VDSL2, au G.FAST, etc.

C’est une histoire de timing. Nous allons bien évidemment privilégier les 15 millions de foyers câble. Néanmoins, il y a 40 millions de foyers… et un grand nombre va rester sur la technologie cuivre. Nous avons 6500 NRA, nous avons dans ces zones 3 millions de clients ADSL. Oui, nous ferons le VDSL 2. Néanmoins, nous allons focaliser nos investissements sur les zones “câble”. Le cuivre n’a pas vraiment d’évolution. À plus d’un kilomètre, cette technologie n’a pas d’intérêt. Le problème, ce sont les clients qui ont moins de 6 mégabits, Et ceux au-dessus ont la TV HD.

La Google Box (Google TV) permet d’avoir l’IPTV avec 1 mégabit par seconde. Aujourd’hui, deux tiers des consommateurs ont plus de 3 mégabits/s en débit descendant. Pour le tiers restant, la Google Box permet d’avoir l’IPTV. Les clients ont été très enthousiastes concernant cette box, et nous allons continuer à la pousser.

Le Chromecast est également un moyen de décloisonner ces foyers. C’est un produit en quasi exclusivité pour SFR, nous en avons vendus 30 000 en quinze jours. Cela prouve que les clients sont en attente d’innovation.

Ce projet de rapprochement nous fait gagner un temps fou. Pour le fixe, il y a un challenge énorme pour fibrer toute la population. Cela représente douze millions de prises en 2017.

 

Aucun opérateur ou investisseur étranger n’a proposé d’offre à Vivendi, notamment parce que le milieu du mobile est particulièrement tendu en France : qu’en pensez-vous ?

Cela veut dire deux choses. Je le vois à l’étranger, on nous plaint. C’est bien pour nos consommateurs, le marché français est le marché mobile le moins cher dans le monde (excepté quelques pays africains). L’ADSL à 30 euros, cela n’existe pas ailleurs. La moyenne en Europe, c’est une cinquantaine d’euros. Aux États-Unis, c’est plus de 70 dollars. Le fixe en France, c’est entre deux et quatre fois moins cher. La situation du mobile n’est également pas très bonne de ce point de vue. La France n’est pas un eldorado, cela n’est donc pas très étonnant de n’avoir pas eu d’offres. C’est également la raison de ce phénomène de concentration. Aurions-nous pu lever les milliards nécessaires pour le déploiement de la fibre, seuls ? Sûrement pas.

On dit que dès qu’une fusion a lieu, un certain nombre de clients s’en va chez la concurrence. Comment SFR va-t-il faire pour enrayer le mouvement ? Va-t-il mettre en place un plan communication spécifique ?

Chez SFR, nous avons des fréquences en or, une puissance commerciale et un support client. Toutes les études le montrent : SFR possède le meilleur support client de tous les opérateurs. Nous avons une roadmap fantastique sur le digital, SFR continuera d’être le meilleur support client. Cela est un actif très important pour Numéricable. SFR va porter toutes les nouvelles offres, toute la relation client de l’ensemble sera portée par SFR. SFR apporte la marque, tous les projets sur l’innovation, le support client, les magasins, nos forums et Numericable va nous apporter du très haut débit fixe. Cela fait longtemps que l’on discute avec Numericable, car il nous apporte ce que nous n’avions pas, et nous leur apportons également ce qu’il n’avait pas. Pour les clients, il n’y a que du plus : du très haut débit et encore des innovations.

Dans un deuxième temps, étant donné que la marque amirale sera SFR, les 140 magasins de Numericable (dès l’accord des acteurs de la concurrence) deviendront des magasins SFR, et les 770 boutiques SFR vendront les offres de Numericable. Nous allons continuer à fermer les petits magasins et investir dans les grands magasins. Aujourd’hui nous vendons 50 % de nos offres en boutique.

Numericable est fort pour présenter son bouquet TV, et nous allons donc pouvoir converger nos offres. C’est assez formidable, ce que nous sommes en train de vivre. En 2009, 40 % des gens utilisaient la catch-up TV. Aujourd’hui, c’est 70 %. Les gens veulent choisir le moment où ils vont regarder leur contenu. Le deuxième point, c’est la VOD. La VOD va exploser, car la convergence des médias avance.

Netflix va très certainement arriver en France. Il s’est vendu 500 000 Chromcast aux Etats-Unis, nous voulons démontrer les nouvelles expériences des objets connectés et toutes ces innovations. Notre rôle (SFR et Numericable), c’est d’accompagner les clients dans leur vie numérique. Notre travail, c’est de le proposer au plus grand nombre.

60% des clients SFR sont à la fois fixe et mobile

Aujourd’hui, 60% des clients SFR sont à la fois fixe et mobile. C’est important que les clients aient les deux pour avoir le meilleur. C’est important pour les droits. Par exemple, Orange a les droits pour le football, sur le mobile. SFR ne les a pas, nous pensions que regarder des matchs de football sur un mobile, cela n’avait pas de sens. Sauf qu’avec le Chromecast, cela en a désormais un. Aujourd’hui, on assiste à une convergence de la technique et de contenu. Tout ça est nouveau et aujourd’hui, et c’est ça la convergence.

Nos concurrents (…) : de la peinture sur les cartes de couverture.

Beaucoup de nos concurrents on fait ce qui s’appelle de l’overlay. De la peinture sur les cartes de couverture. Nous, on rénove totalement le réseau 3G. Plaque par plaque. Ce qui nous permet d’avoir une couverture impeccable à l’intérieur : Paris sera rénové d’ici la fin de l’année.

Concernant le fixe, le câble est beaucoup plus stable. Quand on fait du câble ou de la fibre, nous sommes de bout en bout, jusqu’à la prise du consommateur. En ADSL, c’est asynchrone, honnêtement cela marche, mais fondentalement c’est du bricolage de génie. Quand on regarde ce que l’on a pu faire avec deux fils de cuivre, c’est impressionnant. Certains clients restent avec l’image que l’on a pu voir il y a quelques années chez Numericable, néanmoins les choses ont changé.

Honnêtement, le réseau de Numericable est le plus fiable aujourd’hui.

L’important est d’avoir les bonnes technologies de bout en bout, les bonnes personnes, un bon support client. Au Google Talks, Netflix avec la dernière série que l’on caste sur la TV, c’est formidable.

 

Est-ce que la stratégie de SFR va continuer dans la même direction ou y aura-t-il des changements ? Est-ce que votre stratégie OTT va continuer ? 

Explication : OTT (Over the Top Technology) et IPTV (Internet Protocol Television) sont deux technologies de plus en plus présentes dans le secteur de la distribution des médias. Les deux technologies permettent d’accéder aux services de télévision en utilisant Internet, au lieu des formats terrestres, des signaux de satellite ou de la télévision par câble traditionnelle. Cependant, il existe plusieurs différences entre les deux technologies : l’IPTV est distribuée sur la propre infrastructure d’un prestataire de services, tandis que l’OTT est sur l’Internet public.

Quand vous êtes média, vous avez besoin d’avoir le plus grand nombre de clients possibles. Ce n’est pas parce que nous sommes cousin avec Canal que Canal a refusé de travailler avec Orange ou Bouygues Telecom. S’ils ne travaillaient qu’avec nous… ils auraient la part de marché que SFR souhaite. Quand on est un média, on veut avoir la plus grande audience possible. Ce type de partenariat nous permet tout de même d’être en avance de phase. En 2000, nous avions lancé Universal Mobile chez SFR. Trois ans plus tard, Bouygues Telecom s’est associé avec Universal. Ce que l’on veut, c’est être précurseur dans l’innovation.

Ce que l’on veut, c’est être précurseur dans l’innovation.

Pour l’OTT, on ne peut pas faire autrement. Aujourd’hui, je ne peux pas vous empêcher de télécharger une application sur votre portable. Pourquoi cela marche ? Souvent c’est très simple, en deux clics tu as le service, les protocoles sont bons… Cela nous inspire. À Grenoble, nous avons une équipe qui travaille sur les applications. Ce que je veux, c’est avoir les services OTT des États-Unis. Malheureusement, en France nous avons des jurisprudences compliquées. Cela me pose un réel problème, les clients sont habitués à une UX extraordinaire. Les utilisateurs n’ont pas besoin de notice d’utilisation. En France, nous sommes pénalisés par des contraintes juridiques. Néanmoins, le client s’en fiche. Nous devons alors faire aussi bien que l’OTT.  Netflix, c’est de l’OTT. Skype, c’est de l’OTT. YouTube aussi. L’OTT pour nous, c’est une nécessité. Cela nous met un coup de pied au derrière. Par exemple, WeChat, en France n’est pas un énorme service. Pourquoi ? Car le texto marche bien en France, c’est gratuit et illimité. Voilà la réponse.

 

Que va devenir l’Atelier SFR ?

L’Atelier SFR, évidement c’est un lieu où l’on peut tester des bonnes idées (et des fausses bonnes idées). C’est un formidable lieu pour tester nos services. C’est irremplaçable. L’Atelier de SFR avec cette communauté, c’est un actif, c’est une grosse valeur.

 

En conclusion ? 

Le projet de Bouygues était un beau projet, néanmoins il fallait traiter toute cette complexité. SFR est une société très agile, l’intérêt avec Numericable est de ne pas avoir de doublon. Nous allons pouvoir aller très vite, et c’est un projet de croissance. Nous avons une dynamique commerciale, néanmoins le chiffre d’affaires était en baisse. Le projet de Numericable est complémentaire, avec de la croissance de chiffre d’affaires. Je pense que les collaborateurs, les représentants du personnels, sont plus à l’aise avec ce projet qui augure un très bel avenir pour SFR et ses clients.

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