À en croire l’étude publiée par l’IDC, la répartition du marché des OS mobile ne devrait pas énormément changer dans les années à venir : les deux systèmes ultra-majoritaires en 2014, Android et iOS, le seront également en 2018. Mais, cette domination n’est pas du goût de certains acteurs du marché (Samsung et Intel notamment) qui ont annoncé il y a quelques années déjà un OS maison sur la base de Linux, nommé Tizen. Samsung a annoncé récemment le lancement de son premier mobile en être équipé. Mais, n’est-ce pas déjà trop tard ?

samsung z tizen

Il y a à peine quelques jours, Samsung a présenté son nouveau téléphone : le Samsung Z. Et comme nous le disions à ce moment-là, ce nouveau téléphone aurait pu être qualifié de Galaxy S5 mini : capteur d’empreintes digitales, capteur optoéléctrique (pour la fréquence cardiaque), écran AMOLED de 4,8 pouces, un processeur quad-core, etc. Mais, ce smartphone n’est pas une simple offensive sur le terrain des terminaux milieu de gamme : il est le premier téléphone sous l’OS mobile Tizen.

 

Tizen, un OS libre et alternatif

Derrière le nom Tizen se cache en fait un nouvel OS mobile développé par un consortium d’industriels du secteur regroupant des opérateurs (Orange ou Vodafone par exemple) et des fabricants de smartphones et de composants, comme Intel, Samsung ou encore Huawei. Ce programme commun est né du désir d’émancipation vis-à-vis du géant moteur de recherche Google, ainsi que de la volonté de proposer un système alternatif libre face au duopole Google-Apple.

Si belle soit cette volonté de nous libérer du mal, car il est vrai que l’ensemble de l’écosystème est dominé par ces deux géants, il est déjà bien tard pour arriver. La position de Windows Phone confirme un peu le problème. Malgré son arrivée il y a plusieurs années, l’OS de la firme de Redmond peine à convaincre. Avec un taux de pénétration aussi important des deux géants dans un marché qui commence à atteindre une certaine maturité, difficile de convaincre les utilisateurs et les développeurs de changer de crèmerie.

 

Worldwide Smartphone Forecast by Region, Shipments, Market Share and 5-Year CAGR (units in millions)

OS Volume équipement 2014 Parts de marché en 2014 Volume équipement 2018* Parts de marché 2018* CAGR 2013-2018
Android 997.7 80.2% 1,401.3 77.6% 12.0%
iOS 184.1 14.8% 247.4 13.7% 10.0%
Windows Phone 43.3 3.5% 115.3 6.4% 28.1%
BlackBerry 9.7 0.8% 4.6 0.3% -25.0%
Autres 9.3 0.7% 37.7 2.1% 31.5%
Total 1,244.1 100% 1,806.3 100% 12.3%

Source: IDC Worldwide Mobile Phone Tracker, May 28, 2014 

 

La notion de Switching cost

En économie, le coût qu’implique le changement de fournisseur (ou d’écosystème pour un utilisateur par exemple) est appelé le switching cost. Derrière ce terme barbare se trouve un point qui devient progressivement problématique : quand on utilise une plateforme, on devient de plus en plus dépendant à cette dernière. Quel que soit le système, son utilisation implique de prendre des habitudes, de dépenser de l’argent pour des applications, de créer des comptes web, etc. À prendre du temps pour faire cela, on devient plus réticent à sauter le pas pour une nouvelle expérience.

Au-delà du vrai coût financier lié au changement d’OS (rachat des apps notamment), le switching cost doit vraiment prendre en compte la recherche de stabilité de l’utilisateur. Un client satisfait par un système ne fera probablement pas le choix de changer pour un système différent si le coût n’est pas compensé par un avantage réellement important, propre au concurrent. Le marché des PC illustre bien l’état des choses : bien qu’ayant des concurrents (dont des alternatives libres et gratuites), Windows reste ultra-majoritaire. L’herbe a beau être (parfois) un peu plus verte chez leurs voisins, ce n’est pas suffisant pour que les gens se sentent vraiment concernés. Le marché des OS mobiles ne devrait pas s’en éloigner.

 

Serions-nous trop dépendants ?

Le problème souvent souligné d’iOS est l’ensemble des limitations inhérentes aux systèmes fermés. Il n’empêche qu’au final, avec Android, nous sommes tous aussi dépendants de l’ensemble de l’écosystème mis en place par Google : compte mail, moteur de recherche, cartographie, musique en ligne et applications, ou plus simplement « l’ergonomie » d’Android – les autres systèmes paraissent alors moins intuitifs. Cette dépendance fait que beaucoup hésiteront avant d’essayer un nouveau système, Windows Phone ou Tizen par exemple. C’est en ce point que l’arrivée si tardive de Tizen pourrait s’avérer problématique. Le système pourrait ne pas subsister en dehors des pays émergents où l’adoption des smartphones n’est pas aussi mature ; c’est d’ailleurs l’option qu’a de son côté choisi Firefox OS.

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Pourtant, le lancement de Tizen ce mois-ci pourrait s’avérer assez pertinent avec l’arrivée des objets connectés ; ce switching cost ne va qu’augmenter avec les années. La stratégie de Google comme celle d’Apple est d’élargir l’éventail des services gérés par leur système ; la gestion des objets connectés est un point essentiel. Google se développe tous azimuts et ce n’est pas pour rien : en investissant tous les éléments de la vie quotidienne (Google car, Nest, etc.) l’utilisateur devient de plus en plus dépendant de Google. Notre vie numérique est déjà en partie gérée par le géant du web, laisser ce dernier investir notre vie quotidienne au-delà de notre téléphone (maison connectée, transport, santé) représente un vrai risque pour les concurrents « alternatifs » comme Tizen. S’il y a bien un moment pour se lancer, c’est maintenant.

 

Le changement, c’est maintenant… ou jamais

Paradoxalement, il est un peu tard, mais c’est le meilleur moment. En accompagnant l’arrivée des montres connectées et à l’aube de la démocratisation des objets en tout genre, le nouvel OS libre peut espérer se faire une place parmi les géants. Même marginale, une petite place permettra d’en tirer quelques deniers… Mais l’alternative devrait rester minoritaire, comme le sont les distributions Linux dans le monde PC. Google propose un OS très ouvert pour convertir le plus de monde et s’imposer dans notre vie quotidienne. A cause des switching costs, l’écosystème deviendra universel mais exclusif, ce qui pourrait condamner rapidement les alternatives libres.