Les smartphones d’aujourd’hui, comparés aux petits appareils qui nous semblaient révolutionnaires il y a dix ans à peine, sont devenus de véritables appareils photo. Entièrement ? Pas vraiment, du moins pas au point de remiser nos compacts numériques pour ne plus emmener que notre mobile avec nous en déplacement. Quoi que l’on nous assure du côté des fabricants, le photophone ultime n’est pas encore disponible dans les rayonnages. Ce qui n’est pas si grave.

Photo

© Crédit photo

Pour faire un bon photophone, il vous faudra des ingrédients nombreux. D’abord, un capteur le plus gros possible pour avoir une belle focale et de la lumière. Mais aussi un flash intelligent, du traitement logiciel, du partage, de l’étanchéité, un déclencheur physique et une couche logicielle facile à utiliser. Touillez doucement, et vous obtenez un excellent photophone. Peu importe le nombre de mégapixels, course dans laquelle les fabricants de smartphones se sont engagés à corps perdu, espérant faire oublier au passage que peu importe le nombre, pourvu qu’on ait la qualité.

Nokia Lumia 1020

Le Nokia Lumia 1020… sous Windows Phone

Diverses options s’offrent à ceux qui aiment faire des photos. Un Lumia 1020 chez Nokia permet, à sa mesure, de zoomer dans des photos de 41 mégapixels : mais voilà, le prix à payer, c’est des photos lourdes comme une mauvaise blague, qui encombrent la mémoire interne d’un smartphone épais ne supportant pas les cartes mémoire. Face à lui, un Galaxy S4 Zoom (ou Galaxy K Zoom dans sa version la plus récente), intéressant car il possède un zoom 10x, mais encombrant au quotidien. Encore à côté, des solutions Sony avec des capteurs intéressants, et une étanchéité qui fait défaut à ses voisins : mais pour le zoom, ce n’est pas tout à fait ça, tandis que le design plat permet d’obtenir un usage quotidien plus acceptable. Et puis en pagaille, des solutions logicielles ou matérielles permettent d’obtenir une meilleure qualité, comme chez l’Oppo Find 7a qui agrège plusieurs photos pour obtenir un peu plus de finesse, sans oublier les systèmes de flou d’arrière-plan désormais communément installés sur les smartphones haut de gamme, voire tout simplement dans l’application appareil photo Google.

 

Non, rien de rien

En réalité, rien de cela ne me convient, du moins pas au point de jeter mon compact aux oubliettes. Parce que je l’ai payé moins de 200 euros sur un site de ventes événementielles, et qu’à ce tarif, on obtient tout sauf un photophone. Parce qu’il est suffisamment robuste pour que je ne craigne pas de le faire tomber ni de rayer son écran, ni même de le mouiller un peu bien qu’il ne soit pas étanche. Parce qu’il dispose d’un vrai zoom 20x, que je ne l’emporte que lorsque j’en ai vraiment besoin, et que comme il ne fait que de la photographie, il ne rame pas même quand j’ai 15 Go de données en mémoire. Parce qu’il a un vrai bouton déclencheur entouré d’une bague servant à zoomer que je peux utiliser même quand je porte des gants épais. Parce que sa batterie sera épuisée si je fais 250 photos dans la journée, mais pas si j’ai aussi fait joujou sur Internet au passage.

Certes, il n’est pas équipé du WiFi – ce qui se développe sur les compacts à ce jour, mais demande généralement une configuration délicate. Il ne dispose pas de fonctionnalités d’édition, ou elles sont si bien cachées que je ne les ai jamais trouvées. Il n’est pas très pratique pour réaliser des panoramas, son écran est un peu moche tout comme son interface d’ailleurs, il est plus lourd qu’un téléphone… Des défauts insupportables sur un smartphone, mais finalement peu dérangeants sur un appareil photo à qui on ne demande absolument pas la même chose. Ce qu’on lui demande, à lui, c’est de faire de jolies photo, avec un beau piqué, des couleurs fidèles et une bonne profondeur de champ.

Photo compact

© Crédit photo

Le photophone parfait, je suis convaincue qu’il n’existe pas. Je continue d’espérer un smartphone qui fera des photos décentes en basse luminosité – car c’est souvent là qu’on l’utilise, pendant les soirées entre amis – et d’apprécier ceux qui me permettent de capturer l’instant. L’idée n’est pas d’obtenir la meilleure qualité possible – dans ce cas, il faut prendre un reflex qui aura un capteur de grande taille, et cette fois pour de vrai, ou un compact de bonne facture. C’est plutôt d’avoir un bloc-notes du quotidien, celui qui permet de partager des broutilles sur les réseaux sociaux ou par MMS/email, ou simplement de retenir une information factuelle sans prendre le temps de la noter. Bref, le photophone, c’est le compagnon du quotidien, celui à qui l’on n’en demande pas trop et qui peut être dégainé à tout bout de champ sans contrainte, mais en gardant à l’esprit qu’il est limité par son format smartphone. Un smartphone avec un zoom  n’est plus vraiment un smartphone, car son boitier n’est plus de ceux que l’on transporte dans sa poche.

 

La grande illusion

Et si le photophone que les fabricants de smartphones cherchent à nous faire gober était encore à des années-lumière de ce que l’on pourra un jour trouver sur le marché ? Si, tout simplement, il était voué à remplacer certains compacts, mais par essence étaient incapable d’être les appareils tout-terrain que l’on espère ? Si l’on en demandait tout bêtement trop à nos smartphones ? Car c’est peut-être le problème : à trop en vouloir, et à aller plus vite que la miniaturisation des composants, peut-être en demande-t-on trop au tout connecté, qui devrait suppléer à tous nos besoin. Et aussi parce que ressortir son appareil photo, à l’heure où l’on voit les Lomo, rééditions de Polaroid – peut-être pour hipsters barbus, me direz-vous, mais les faits sont là – et où les goût de l’argentique paraît se retrouver, ce n’est peut-être pas une mauvaise idée.

Appareils photo

© Crédit photo

On ne partage pas aussi vite, voire on ne partage pas du tout. Mais avouez que torturer Tata Georgette avec une séance photo interminable sur grand écran de TV – tout de même, on peut faire l’effort de sortir sa carte SD – ça en jette un peu plus que de faire deux ou trois #nofilter sur Instagram pour le simple plaisir de récolter quelques likes. Entre capacité technique douteuse, parce qu’il faut des grands capteurs pour obtenir la profondeur de champ que l’on essaie actuellement de recréer à coups de retouches logicielles (un grand capteur de smartphone, c’est un tout petit capteur de reflex), et envie de retrouver le plaisir de la photo, il serait utile d’apprendre à faire des concessions. Accepter qu’en l’état actuel de la technologie, les photos d’un téléphone ne soient de jolies « prises de notes » en images, et en tirer le meilleur sans demander l’impossible, ce me semble déjà être la voie de la sagesse.

À l’heure actuelle, la solution semble être l’intégration d’Android – parce qu’on est sympa, disons d’un OS mobile permettant de partager facilement des clichés vers des services de stockages en Cloud, de les modifier en deux clics trois mouvements, avec un WiFi facilement configurable. Toutefois, le surcoût engendré par ce type de solutions reste encore important : le jour où l’appareil photo sous Android sera démocratisé hors du champ d’action de deux marques (Samsung et Nikon), elle méritera certainement un peu plus que l’on s’y attarde.

Mon photophone parfait seconderait mon « vrai appareil photo », celui que j’emporte pour faire de belles photos et contre qui j’enrage car il ne me permet pas (ou mal, pour les mieux équipés) de partager facilement mes clichés. Mais que je trimballe, dragonne au poignet, sans avoir peur de casse ni de vol.