Amazon reverra son système de rémunération des auteurs auto-édités à partir du 1er juillet prochain. Le géant de l’e-commerce invoque une demande des auteurs concernés, mais annonce des changements dont on peut craindre les conséquences.

Kindle Unlimited

L’un des droits fondamentaux du lecteur, c’est de ne jamais finir son livre. De passer des chapitres entiers. Ou de sauter directement au dernier chapitre, à la dernière page ou même à l’épilogue. Et de juger que finalement, l’ouvrage n’en vaut pas la peine et qu’il ne le lira jamais de bout en bout. C’est de naviguer dans son livre comme il l’entend, sans que cela ne porte préjudice à son auteur : après tout, un livre acheté et un livre qui apporte rémunération à son auteur, qu’on la juge correcte ou non. Que le bouquin soit lu n’importe pas vraiment au portefeuille de l’écrivain.

 

Amazon se met à la page

Amazon, qui fournit des ebooks disponibles sur ses liseuses numériques et sur les mobiles équipés de l’application Kindle, compte changer la donne. Certes, cela ne concerne « que » les auteurs auto-édités, mais ceux-ci comptent pour un large nombre et recensent quelques success-stories à prendre en compte. Car voici ce qu’annonce aujourd’hui Amazon :

À compter du 1er juillet 2015, nous n’attribuerons plus les redevances liées à Kindle Unlimited (KU) et à la Bibliothèque de prêt Kindle (KOLL, Kindle Owners’ Lending Library) en fonction du nombre d’emprunts éligibles, mais sur la base du nombre de pages lues. Ce changement répond à une demande exprimée par de nombreux auteurs, qui estimaient que le montant des redevances devait également tenir compte de la longueur des livres et du nombre de pages lues par les clients. Avec ce nouveau modèle de rémunération, la somme perçue par l’auteur est déterminée en fonction du nombre de pages lues par chaque client lors de sa première lecture du livre.

 

Suspense, suspense

Ce changement de mode de rémunération implique une modification non plus de l’acte de lecture, mais plutôt de celui d’écriture. Amazon mentionne en effet clairement que seule la « première lecture du livre », et donc le nombre de pages lues à cette occasion, sera prise en compte pour déterminer la rémunération de l’auteur. Autant dire que l’on est en droit de craindre une tendance dangereuse, celle des « cliffhangers », à l’image de ces fins d’épisodes de séries TV, ou, aux États-Unis où elles sont entrecoupées de pages publicitaires, de mini-cliffhangers à l’intérieur des épisodes. Transposez ce modèle à celui du livre, et vous voyez arriver un modèle où la création – artificielle – du suspense aura pour but de tenir le lecteur en haleine le plus longtemps possible, afin qu’il ne quitte pas l’ouvrage dès ses premières pages : une logique qui tient plus de la consommation de mots que de l’encouragement des belles lettres. Une contrainte d’écriture d’autant plus prégnante que ce système de rémunération de l’auteur s’inscrira ce premier juillet dans le cadre de systèmes de prêts de livres ou d’abonnements illimités qui encouragent la consultation de multiples livres, qu’il faudra donc désormais apprendre à faire lire. De préférence, jusqu’au bout.