Ce matin, Frandroid vous propose l’interview des développeurs de l’une des 50 applications gagnantes de l’Android Developper Challenge : Piggyback, une application de covoiturage. Ce sont des français, Sébastien et Christophe Petit qui ont remporté la première manche du grand concours organisé par Google.

Bonjour Sébastien et Christophe Petit. Comme à l’acoutumé, je vais vous demander de vous présenter à nos lecteurs en quelques mots.

Sébastien : J’ai 29 ans et tout jeune papa d’une petite Eléonore. Je suis professeur agrégé d’anglais dans un lycée parisien et passionné de nouvelles technologies (et de téléphones depuis seulement un an et l’achat d’un HTC p4550).

Christophe : Bonjour, j’ai 31 ans et je suis l’heureux papa de Guillaume qui a 2 mois d’avance sur sa cousine Eléonore.

Je travaille depuis 6 ans chez un « important » fabriquant de pneus situé en Auvergne que je ne citerai pas pour vous laisser deviner.

Je travaille sur des application Java J2EE et je viens d’être nommé responsable d’une cellule technique chargée d’assurer le support technique ainsi que l’industrialisation du domaine Marketing & Sales.

Votre application, PiggyBack fait partie des 50 finalistes de l’Android Developper Challenge. Pouvez-vous nous la présenter, et nous dire dans quel esprit elle est née ?

Sébastien
: Piggyback est un système de covoiturage dynamique. Nous lui avons affublé le qualificatif « dynamique » car contrairement aux nombreux sites internet proposant ce service, Piggyback peut fonctionner en temps réel, ce qui fait tout son intérêt : la gestion des utilisateurs, des transferts d’argent, des trajets, des préférences et ratings doivent se faire automatiquement par exemple, et nous pouvons pousser le concept beaucoup plus loin en ajoutant un aspect réseau social à notre application.

Cette application a clairement été faite dans le but de gagner le concours Android puisque c’est ce concours qui nous a amené à réfléchir à une application innovante et non l’inverse. Nous avons éliminé d’autres concepts (gestion des vélibs par exemple, très bien fait par Molib finalement) et Piggyback nous semblait le plus innovant et répondant le mieux à tous les critères du concours Android.

Plus nous avancions dans le projet, plus nous découvrions que ce concept de covoiturage était dans l’air du temps et plus nous étions persuadés de gagner (baril à $130!!, sujets quotidiens dans les journaux, découverte d’études diverses et variées sur le sujet, projets de voies réservées au co-voiturage vers les aéroports ou sur le périphérique parisien etc.)

Christophe
: A Noël, nous avons réfléchi à un certain nombre de concepts, en particulier sur les velibs.

J’ai travaillé un moment sur un concept de comparateur de prix via les scans des codes barres. L’idée était de créer un réseau social où les utilisateurs mettraient en temps réel les prix des articles dans les magasins a disposition de la communauté pour pouvoir comparer son panier… (Je remarque que je n’étais pas loin de 2 autres concepts gagnants). Sur ce sujet, j’ai principalement butté sur les algorithmes de segmentation de l’image car les appareils photos embarqués n’ont pas de mode macro et la reconnaissance est assez ardue (les photos sont toutes floues et les barres se mélangent). Nb, ce qui me fait bien rigoler pour le projet de reconnaissance d’iris. Prenez une photo de votre œil en photo, vous comprendrez …

Finalement, nous nous sommes dit qu’il y avait un décalage entre la population des early « adopters » qui pourront s’offrir un téléphone à 600$ et la population des smicards qui tentent de racler le moindre centime.

Nous avons également évoqué la possibilité de créer une réseau de rencontre géographique (en gros, qui veut faire des rencontres plus qu’amicales dans un rayon de 200m). Concept très porteur mais nous nous sommes dit que nous nous ferions rattraper très rapidement par « mes tiques » & Co et que nous n’aurions pas la puissance marketing pour percer.

Je suis d’ailleurs surpris qu’aucun projet sur ce thème ne soit retenu dans les 50 gagnants.

Nous nous sommes donc penchés sur ce concept de covoiturage dynamique car il était a la croisée des fonctionnalités mises à disposition par Android avec le GPS, le réseau, les systèmes de cartographie et que la fin de l’essence était dans l’air du temps.

Nous avons volontairement choisi d’adresser un problème complexe afin de ne pas nous retrouver dans la foule des blogs géographiques.

Pourquoi avoir choisi de développer cette idée sur Android, et pas sur une autre technologie existante ?

Sébastien : Android bien qu’encore buggé jusqu’à la moelle est une plateforme qui est facile et rapide à programmer. En contrepartie, c’est une nouvelle plateforme et elle évolue très rapidement. Il faut donc s’adapter. Google est en tout cas à l’écoute des desiderata des développeurs, ce qui est dans leur intérêt, et dans celui des développeurs.

Christophe
: Les concepts de notre application ne sont pas nouveaux. La principale difficulté consiste à obtenir une masse critique d’utilisateur permettant de rendre le service viable.

Le challenge Android nous permet d’espérer obtenir une médiatisation et visibilité suffisante pour avoir une chance de percer.

L’objectif est même pourquoi pas d’être présent sur les téléphones dès leur sortie.

Techniquement, la plateforme Android est séduisante car très ouverte, je pense en particulier à la possibilité de faire tourner des services en tâche de fond et les services proposés par Google permettent de développer rapidement des application géographiques .

Le fait que le langage soit proche du java est également un atout au vu de mon expérience professionnelle. Enfin, il n’y a pas besoin d’acheter un mac pour démarrer.

En fait, c’est l’opportunité du Challenge qui a été déterminante plus que les possibilités de la plateforme.
Nous ne nous prédisposions pas particulièrement à nous lancer dans le développement d’applications mobiles.

Maintenant, pour l’avenir, il va falloir que l’alliance Android commence a sortir des téléphones, car pour l’instant, à l’issue du challenge, la voie naturelle est de se porter vers le développement pour l’iPhone qui a le mérite de ne pas être un téléphone virtuel et d’avoir une interface tactile standard (la plateforme Android étant générique, il est compliqué de mettre en place une interface tactile et fonctionnant au clavier …)

Toujours au niveau des choix techniques, pourquoi ne pas s’être tourné vers des terminaux dédiés fonctionnant en réseau maillé (comme par exemple le projet Bricophone) ?m>

Sébastien : Je ne connaissais pas le projet Bricophone. Nous recherchons quelque chose de plus « mainstream » pour notre application.

Christophe : euhh sérieusement heureusement que google est la pour retrouver ce projet …

Notre cible est bien de devenir l’application de covoiturage incontournable sur le plan mondial et si possible installée sur tous les téléphones. Notre cœur de cible n’est pas la communauté ultra restreinte des geek …

Promis, le jour où Bricophone met 10 M$ sur la table pour intéresser les développeurs , on s’y met.

Par contre , ce concept de réseau maillé est intéressant dans le cadre des projets catastrophe ou l’infrastructure est à terre. Je pense que les 2 projets retenus n’adressent pas réellement le sujet qui est comment faire communiquer 2 personnes via Wifi/Bluetooth en réseau maillé quand on en sait pas ou elles sont (Avis aux amateurs pour le challenge2)


Je ne parlai du Bricophone que pour illustrer ma pensée de terminal dédié, ce que sont aujourd’hui les GPS par exemple (sans réseau maillé toutefois).

En tant que développeurs d’applications mobiles, diriez-vous que c’est un avantage d’être une fratrie ?

Sébastien : C’est un atout indéniable de bien se connaître, mais être frères ne change pas grand chose : nos domaines de compétences sont bien distincts et complémentaires.

Christophe : Pas mieux, chacun ses compétences.

A noter que nous avons passé la première sélection des 120 meilleurs applications uniquement sur la documentation. Nous n’avons eu aucune connexion à notre serveur avant la veille de l’annonce des sélections.

Ceci pour signaler que dans ce concours, il n’y a pas que l’aspect technique, ce que certains n’ont peut-être pas compris. Nous avons pris grand soin de nous présenter comme une équipe capable de mener notre projet au bout.


Je confirme, beaucoup n’ont pas compris l’aspect pro. du Challenge.

Vous êtes jeunes, et vous faites partie de ce que l’on appelle maintenant la Génération Y (au même titre que l’équipe de Frandroid d’ailleurs). Quel sentiment avez-vous et quel regard portez-vous sur l’avenir des télécommunications ?

Sébastien : Le monde des télécommunications est une découverte pour nous, mais c’est incontestablement le nouvel eldorado du début du 21è siècle. Qui a dit 3.5 milliards d’utilisateurs de portables en 2008 ? Les marges de progression en terme de puissance, ergonomie et fonctionnalités restent énormes sur les terminaux mobiles et l’imagination est la seule limite pour le moment car beaucoup de concepts novateurs restent à inventer.

Christophe : La mobilité à un bel avenir devant elle.

Que ce soit sur des téléphones portables, sur des PC ou sur toute la gamme entre les deux.

Les opérateurs vont faire tout leur possible pour maintenir ou améliorer leur MRU via un ensemble d’options inutiles à la plupart des clients et pour éviter de lâcher les communications data pour ne pas se faire cannibaliser leur fond de commerce via la téléphonie sur IP.

Bref, ils ne veulent pas se retrouver en prestataires de tuyaux et feront tout leur possible pour brider leur marché.

Je pense qu’il est temps de secouer un peu ce petit monde, pourquoi pas via le Wimax qui pourrait ouvrir le marché à de nouveaux entrants (Free ?) Cf l’arrivée de l’ADSL en France qui a véritablement décollé avec l’arrivée de Free et 9tel et qui a permis a l’écosystème internet d’exploser.

Y’a-t-il un business model derrière PiggyBack ?

Sébastien : Oui, mais il n’est pas encore gravé dans le marbre et les choses évoluent rapidement dans ce domaine (vente d’application mobiles en ligne sur des magasins type iTunes par exemple).

Christophe : Clairement. A l’heure du tout gratuit sur internet , nous avons un avantage sur le fait que les passagers paieront leurs trajets via notre plateforme .

Nos utilisateurs savent que l’essence n’est pas gratuite et qu’il est normal de rémunérer les conducteurs. Il nous sera donc possible de prélever une commission sur ces transactions. Il est également possible que nous puissions profiter de quelques financements publics, la réduction des gaz à effet de serre étant dans l’air du temps.


Et le mot de la fin ?


Sébastien
: Google, envoyez nous les sous!!! Je vous laisse deviner les paperasseries administratives que nous avons dû traverser … J’aimerais en profiter pour lancer un appel d’offre. Nous avons besoin d’un graphiste spécialisé dans les icônes et/ou le design d’interfaces pour retravailler notre application (environ 30 icônes pour fin juillet, info@piggyback.fr). Les nouvelles règles du jeu pour l’adc2 insistent sur le besoin de fournir un produit quasi-prêt pour fin juillet. Donc pour conclure, la morale de ce concours, c’est que nous avons besoin de temps plus que d’argent pour finaliser notre application.

Christophe
: Le passage d’un prototype à une application déployable en moins de 2 mois est un vrai challenge. Surtout dans un contexte professionnel agité. Si on rajoute les mises à jour de frameworks, la difficulté à monter et coordoner une équipe (nous attendons les résultats du concours pour sauter le pas et créer notre entreprise avec des ressources dédiées).

Enfin, les obstacles sont encore nombreux. De nombreuses personnes s’intéressent a ce sujet avec des moyens incomparables aux notres (Nokia, Bouygues Télécom, …). Des brevets sont déposés régulièrement sur le sujet (tout récemment, le 9 mai dernier, un brevet de l’INPI attribué a Bouygues Télécom décrivant parfaitement notre système)

La bataille est loin d’être gagnée mais nous sommes déjà fiers d’être arrivés à ce niveau de la compétition.