Nous avons parlé il y a plusieurs semaines de l’actualité Tunisienne, non pas d’un point de vue politique ou économique, comme le font de nombreux journaux spécialisés, mais d’un point du vue « Androïdesque ». FrAndroid s’adresse à la communauté francophone, qu’elle se trouve en France ou ailleurs dans le monde.

Après l’article Une autre vision du monde Android, nous avons souhaité donner la parole à Taher Mestiri, l’un des personnages les plus importants dans la communauté Android et Google en Tunisie. Vous verrez que la Tunisie est un terrain très fertile pour la création et la communauté Android.

Bonne lecture ! 

Bonjour Taher. Peux-tu te présenter en quelques mots ?
Je suis chef d’entreprise, développeur et passionné du domaine de l’IT.
Tu es responsable du site Tunandroid.com, peux tu nous présenter la vocation du site, ses acteurs ?
Tunandroid.com a été créé pour informer nos lecteurs sur les nouveautés relatives à Android en Tunisie et dans le monde, nous partageons des ressources relatives au développement, des sélections d’applications et les annonces d’événements à venir. Actuellement, Tunandroid.com est géré par moi-même et d’autres membres de la communauté qui participent, quand c’est possible, à titre de volontariat, généralement, à enrichir le site. Aujourd’hui, nous n’avons pas d’intérêt économique à gérer ce site et nous puisons dans nos ressources pour le faire tourner.
La communauté Android semble être en pleine croissance en Tunisie. Peux tu confirmer ? As tu des chiffres, des témoignages ?
Oui je confirme. Depuis plus d’un an, l’engouement pour Android ne cesse de grandir et les compétences ne cessent de fleurir jour après jour. Nous avons pu observer l’évolution du niveau des compétences en développement à travers une communauté qui s’est constituée autour de Tunandroid et qui nous a surpris par tout le potentiel dont elle dispose. Aujourd’hui, nous avons plus de 900 inscrits, plus de 200 membres actifs sur notre mailing list, 12 clubs affiliés et un grand nombre de fans et de followers sur les réseaux sociaux. En comptant sur tout ce petit monde, nous avons décidé de mieux se structurer lors de notre premier meeting des membres, qui a eu lieu il y a un mois, et de s’organiser autour de projets de développement.
La communauté Tunandroid a fait l’objet de plusieurs articles dans la presse écrite et électronique. Elle a fait son apparition à maintes reprises, sur les radios et télés privées et nationales.
Nous travaillons actuellement en étroite collaboration avec les opérateurs Tunisiana et Orange et tous les constructeurs implantés en Tunisie.

Je sais que tu as de nombreux projets, notamment avec Tunandroid, souhaites tu nous les présenter ?
Comme je disais, après avoir atteint un grand nombre de membres actifs, nous avons décidé de nous organiser autour de projets concrets. Nous travaillons en ce moment sur pas moins de quatre projets en partenariat avec plusieurs instituts et associations. Je cite notamment, un projet de Jeu 3D avec l’ISAMM (Institut supérieur d’arts et métiers Manouba), un projet de robotique utilisant Android comme système embarqué avec ESPRIT, un projet d’eAccessibility avec l’Union Nationale des Aveugles de Tunisie (UNAT) et probablement un projet d’ajout de support de la langue arabe à une ROM officielle (projet en cours d’étude). Les résultats de tous ces projets, open source, seront publiés sur Tunandroid. Notre objectif est de faciliter l’accès aux technologies de ces différents domaines pour aller toujours plus loin dans le développement.

Dans un autre volet, je suis aussi organisateur de Tunis GTUG qui est aussi doté d’un ensemble de 5 projets qui ont pour objectif la démystification de certaines technologies de Google dans un cadre pratique, telles que Python, Html5, GWT, Google Map Maker ou encore Google Adwords.

Récemment une personne de chez Google est venue faire une conférence dans le cadre du Tunis GTUG dont tu t’occupes. As-tu pu prôné la bonne parole pour que Google s’intéresse aux pays du Magreb et à l’Afrique d’une manière plus générale ?
Nous avons eu le plaisir d’accueillir deux personnalités de Google en trois mois. Pour la première fois en Tunisie, nous avons accueilli en Juin 2011 M. William Kanaan, New Business Development Manager pour la zone MENA à l’occasion du premier anniversaire de Tunandroid. Puis M. Chris DiBona, Open Source and Public Sector Programs Manager, à l’occasion de la journée des logiciels libres que nous avons organisé en partenariat avec IEEE ENIS SB. Nous avons remarqué leur grand intérêt pour la Tunisie d’aujourd’hui qui, grâce à la révolution, a aboli la censure absurde qui a régné sur le web en Tunisie pendant bien des années. Cette censure a fait que notre pays était totalement inconnu par Google et ses responsables. A leur arrivée, M. Kanaan, puis M. DiBona, ont été très surpris de découvrir un pays de technophiles qui regorge de compétences et de potentiels. Nous avons pu organiser plusieurs rencontres de haut niveau qui construiront pour plus d’actions avec Google en Tunisie et dans le grand Maghreb. C’est un long processus mais qui est déjà entamé. Plusieurs projets sont en discussion et qui verront le jour petit à petit. Je ne voudrais pas parler au nom de Google mais je suis sûr qu’un message a été passé au sein du géant de Mountain View sur ce que c’est que la Tunisie d’aujourd’hui.

Sur FrAndroid nous avons publié un article sur la situation pour la communauté Tunisienne qui souhaite s’investir dans Android. Confirmes tu que la situation n’est pas des plus favorables au développement d’Android dans votre pays ?
Je ne suis pas d’accord avec certains points dans votre article dans le sens où oui il y a des difficultés, mais il y a une grande volonté de les surpasser. Aujourd’hui, il y a beaucoup d’intérêt autour d’Android. Beaucoup de sociétés travaillent depuis pas mal de temps sur cette technologie et il nous est impossible de suivre le grand nombre de projets de fin d’année ou de fin d’études, à ce sujet, dans les universités.
Le développement des compétences est très important pour rendre la Tunisie une vraie destination pour le développement mobile et nous connaissons beaucoup de références, confidentielles pour certaines, de sociétés qui travaillent déjà depuis deux ans ou plus, en Tunisie, sur des produits actuellement vendus en Europe ou aux États-unis.
Côté gouvernement, le soutien du secrétariat de l’état à la technologie (SET) ou de l’unité des logiciels libres est incontestable, il faut l’avouer. Depuis, même avant la révolution, j’ai été invité par Mme Syrine Tlili, chargée de l’unité des logiciels libres au SET, pour intervenir et présenter Android et la communauté Tunandroid dans un panel de la 6ème conférence nationale des logiciels libres le 15 décembre 2010 alors que nous n’avions que 5 mois d’existence. Après la révolution, le nouveau secrétaire d’état à la technologie, M. Adel Gaaloul, était à l’ouverture officielle de la journée du 04 Juin, premier anniversaire de Tunandroid et tous les responsables au SET que nous avons rencontré ont été à l’écoute et au soutien de nos activités. Reste que le problème majeur en Tunisie est les restrictions financières que nous nous imposons dans l’attente de l’ouverture du Dinar Tunisien à la convertibilité. Ces restrictions nous ont protégé : la crise financière mondiale a eu des effets minimes sur notre économie, mais elles restent énormément bloquantes pour le développeur Tunisien.
Nous avons eu l’occasion de présenter les soucis du développeur Tunisien dans des réunions au sein de la SET et nous avons proposé un certain nombre de solutions qui verront peut être le jour après les élections du 23 Octobre.

Nous savons que l’iPhone représente une faible part de marché des smartphones en Tunisie notamment par rapport à son coût. Si le coût n’était pas si élevé, Android aurait-il eu le succès qu’il connait aujourd’hui ?
Nous ne pouvons répondre mieux que par les statistiques de croissance d’Android à l’échelle mondiale, connues de tous. La Tunisie n’est pas un cas à part mais reste que certains constructeurs, notamment HTC et Motorola, ne s’intéressent pas encore à notre pays considéré comme petit marché. Il faut noter que des androphones à 500 € et plus, trouvent beaucoup d’acheteurs en Tunisie. La preuve est visible dans les campagnes de lancement de produits que certains constructeurs et opérateurs organisent.

Et les opérateurs en Tunisie, ça donne quoi ? Leurs services ? Leur panel de smartphone ?
Qui dit smartphone dit nécessairement connectivité. La 3G est disponible en Tunisie depuis un peu plus d’un an à travers Orange et Tunisie Telecom vient tout juste de lancer à son tour la 3G++. Actuellement le plus grand des opérateurs, Tunisiana, n’a toujours pas sa licence 3G/4G, ce qui fait que la concurrence n’a pas encore commencé, mais commencera peut être fin 2011. Entre autre, la subvention des smartphones par les opérateurs est actuellement interdite en Tunisie, ce qui ne laisse pas beaucoup de place aux campagnes marketings aggressives et aux prix volontairement baissés. Ceci dit, Orange a tout de même réussit à lancer un des androphones les moins chers en Tunisie, à savoir l’Orange Gaga au prix d’environ 100 €.

Nous notons aussi que Tunisiana et Orange ont joué un rôle important quand à la promotion du développement sous Android que ce soit en soutenant Tunandroid ou plus généralement les étudiants et ingénieurs tunisiens.

La Tunisie pourrait-elle devenir demain la plateforme offshore pour le développement mobile d’une manière générale ?
Oui je l’espère et c’est le projet qu’on s’est fixé depuis notre présence à la conférence Banque Mondiale-Tunisie-Corée du Sud organisée le 01 Décembre 2010, où M. Corroso de la Banque Mondiale a été très claire sur l’évolution du marché des applications et services mobiles dans le monde. L’opportunité est là et c’est à nous de la saisir. En Tunisie, la majorité des ingénieurs et développeurs parlent couramment au moins deux langues, le Français et l’Anglais, en plus de la langue Arabe. Le nombre d’ingénieurs et techniciens supérieurs qui sortent chaque année des universités tunisiennes témoigne du potentiel dont dispose la Tunisie et nos références ne font pas de doutes sur nos ambitions et nos capacités.

Comme à notre habitude, le mot de la fin t’appartient !
En Tunisie, au sein des communautés, que j’organise du moins, nous avons décidé d’arrêter d’être de simples consommateurs de technologies et de commencer à générer de la valeur. La révolution nous a ouvert sur le monde et nous a permis de voir qu’il y a une place pour nous et nous comptons bien la prendre.