À l’appel de deux intersyndicales, rassemblant 19 syndicats et associations de taxis, les chauffeurs de taxi sont invités à manifester demain contre les voitures de tourisme avec chauffeurs (VTC). Une nouvelle journée de grogne qui fait peur aux différentes entreprises de cette industrie, alors que le gouvernement pourrait durcir l’accès à la profession de chauffeur.

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AFP – Thomas Samson

Nouvelle grève des taxis

Demain, mardi 26 janvier, s’annonce être une journée compliquée en Île de France. Outre les manifestations prévues des enseignants et agents de la fonction publique, ainsi que des contrôleurs aériens, les chauffeurs de taxi sont également prêts à manifester avec des blocages prévus aux abords des aéroports d’Orly et de Roissy dès 6 heures du matin.

Le 26 juin dernier, il y a donc sept mois jour pour jour, une importante manifestation des chauffeurs de taxi avait paralysé la capitale, avec à la clé des incidents et violences envers les VTC et leurs clients. Une tension qui n’était d’ailleurs retombée que quelques semaines plus tard.

Si les taxis peuvent souffler un peu avec la disparition d’uberPOP, le combat contre les VTC continue. Le 15 janvier dernier, le Conseil Constitutionnel a rendu son verdict concernant une QPC (Question Prioritaire de Constitutionnalité) posée en octobre : oui, un chauffeur de taxi peut effectuer une activité de VTC en parallèle de celle de taxi s’il le souhaite. Une décision qui a déclenché l’ire des compagnies de taxis et des syndicats, qui se regrouperont pourtant sur fond de protestation contre la concurrence déloyale des VTC.

En effet, les syndicats déplorent « une baisse de 20 % sur les plateformes de réservation et de 30 % dans la rue » qui, selon eux, serait essentiellement due à la concurrence opposée par les compagnies de VTC.

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Les VTC + Uber

Depuis ces derniers mouvements sociaux, Uber France semble s’être fait des amis. Plusieurs compagnies de VTC se sont réunies pour dénoncer cette manifestation et alerter leurs utilisateurs sur d’éventuels retards à prévoir, ainsi que des pénuries de chauffeurs, voire des situations d’insécurité. Un email a donc été transmis aux utilisateurs des applications Allocab, Chauffeur-Privé, Cinq-S, Marcel, SnapCar et Uber, et intitulé « Manifestations des taxis : la fin des applis ? ».

Pour elles, « l’objectif de cette manifestation des taxis est simple : faire pression sur le gouvernement pour rendre encore plus difficile l’accès à la profession de chauffeur VTC afin de limiter la concurrence, alors que le secteur est en plein essor ».

A lire : Le Conseil Constitutionnel confirme l'interdiction d'uberPOP

D’ordinaire, les compagnies de VTC préfèrent éviter d’être associées à Uber, mais le géant américain est cette fois le bienvenu, d’autant que les mails envoyés à toute la base clients contiennent un lien vers une lettre à l’attention du Président de la République, que chacun est évidemment invité à signer. Ce rapprochement entre les six entreprises pourrait bien durer puisque les taxis ont décidé de s’en prendre à toutes les compagnies de VTC.

 

Heetch fait cavalier seul

Alors que les VTC se sont contentés d’un mail, Heetch a carrément organisé une conférence de presse pour clarifier sa position dans cette bataille des transports. Pour l’entreprise, qui définit son activité comme du « ride-sharing », avec une communication fortement basée sur l’entraide, Heetch n’a rien à voir avec un Uber ou un uberPOP, et n’effectue pas un service de VTC.

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Rappelons que Heetch, moins médiatisé qu’Uber, ne fonctionne que la nuit (de 20h à 6h), et n’impose pas de tarification sur ses courses de particuliers transportés par des particuliers, mais seulement un prix indicatif. Les « clients » donnent ce qu’ils souhaitent à la fin de la course, mais s’exposent tout de même à la réception d’une note négative en cas de radinerie excessive. Pour rester dans son cadre, les revenus qu’un « driver » peut obtenir sur Heetch ne peuvent dépasser 6000 euros par an. Néanmoins, le service reste la cible des chauffeurs de taxi, qui associent Heetch à uberPOP. Lors de leur conférence de presse, les responsables de Heetch ont donc fait quatre propositions visant surtout à apaiser les taxis.

4 propositions

  • Permettre aux taxis d’accéder à cette nouvelle clientèle numérique que les VTC ont su séduire
  • Garantir deux avantages aux taxis : l’exclusivité de la maraude physique et l’utilisation des voies de bus et taxis
  • Créer une taxe de transition numérique applicable à toutes les plateformes de réservation pour compenser le changement numérique que subissent les taxis
  • Permettre l’innovation sans déséquilibrer le secteur

 

Mais rien de bien nouveau

Pour faire simple, l’accès à la clientèle numérique, c’est évidemment permettre aux taxis d’utiliser les mêmes armes que les VTC (application de réservation et de géolocalisation) afin de s’adapter à une clientèle qui cherche toujours à s’emparer d’outils de plus en plus pratiques. Quant à la création d’une taxe de transition numérique, l’idée mûrit depuis plusieurs mois maintenant chez les acteurs de cette industrie, mais sa mise en place par le gouvernement parait bien compliquée, toutes les entreprises menacées par des modèles économiques modernes étant susceptibles d’un jour la réclamer.

Bref, un discours d’apaisement et des idées pour concilier VTC, taxis et autorités à la veille d’un mouvement social qui s’annonce très dure. Mais un discours qui ne devrait pas trouver une oreille attentive dans le feu de l’action.