Le journal Le Monde a réussi à obtenir des informations sur les dysfonctionnements de l’application SAIP lors de l’attaque survenue à Nice le 14 juillet dernier. Des dysfonctionnements qui se partagent entre malchance et négligence.

SAIP

Le 14 juillet au soir, alors que l’horreur traversait la promenade des Anglais à Nice, l’application alerte attentat du gouvernement, connue sous l’acronyme SAIP, se faisait remarquer par son absence. Censée prévenir en cas d’attaque terroriste ou d’incident majeur, l’application n’a envoyé sa notification d’alerte qu’à 1h34 du matin, soit plus de deux heures après les évènements, alors que le moteur du camion était déjà froid. Par « chance », et puisqu’on ne peut pas reprocher à l’application d’être tout à fait synchronisée en temps réel (délai de 15 minutes promis), cette attaque n’a pas été suivie d’autres évènements où cette fameuse notification aurait pu être vitale.

Les bons conseils distillés par l’app auraient néanmoins pu permettre de soulager un peu des réseaux téléphoniques surchargés, par exemple, même si l’on reste convaincu qu’un SMS envoyé sur tous les terminaux environnants et passant par le réseau cellulaire aurait été bien plus utile qu’une notification d’une application installée sur quelques dizaines de milliers de smartphones seulement (entre 100 et 500 000 téléchargements sur le Play Store).

Des comptes à rendre

Il faut savoir que la diffusion cellulaire est déjà adoptée dans certaines villes, ou dans certains pays, et permet de toucher en un temps très court tous les mobiles d’une zone géographie déterminée, sans risque de surcharge du réseau. On peut jeter la pierre à la fois à l’État et aux opérateurs français, puisque cette diffusion cellulaire est l’objet d’un débat sans fin, depuis 5 ou 6 ans, entre ces acteurs concernant sa mise en place (voir l’article de Next Inpact à ce sujet). Les opérateurs pinaillent sur le fait qu’il faut des « accords » avec toutes les préfectures alors qu’ils souhaitent un « accord » à l’échelle nationale, et le gouvernement s’est finalement décidé dans la hâte à utiliser une autre méthode.  Mais c’est un autre débat.

Cet échec a en tout cas mis en rogne le Ministère de l’Intérieur, qui a convoqué Deveryware, le prestataire de SAIP, à Paris dès le lendemain. Et si le brouhaha insoutenable de nos politiciens ne cesse de résonner depuis le 15 juillet, les responsables de Deveryware sont quant à eux restés silencieux concernant le contenu de cette réunion, malgré les sollicitations de certains de nos confrères. Un silence finalement rompu par le journal Le Monde, qui explique tenir des détails sur les dysfonctionnements de l’application.

Malchance et négligence

Et il faut remonter un peu avant l’Euro 2016 de football pour comprendre la genèse de l’échec. La compétition de football ayant fait déplacer 2,5 millions de fans jusque dans l’Hexagone, le Ministère de l’Intérieur s’est empressé de pondre ses nouvelles mesures de lutte contre le terrorisme, parmi lesquelles se trouve donc le lancement de SAIP, concoctée par une équipe de quinze ingénieurs en l’espace de deux mois. Un délai court qui a contraint Deveryware a s’épargner la mise en place d’une solution de redondance, qui pour faire court, aurait permis de faire fonctionner l’application sur un second ou un troisième serveur en cas de panne du premier.

Comble de malchance, c’est justement le 13 juillet que le serveur a fait face à sa première panne après la section accidentelle d’un câble de fibre optique de l’hébergeur (Numergy). Une cellule est dépêchée le lendemain pour réparer le problème chez l’hébergeur, mais une erreur d’affichage chez Deveryware indique que l’application SAIP est à nouveau en service. Sauf que ce n’est pas le cas, et que c’est au moment de l’envoi de la notification que le besoin d’un nouveau redémarrage du serveur est notifié. Voilà pourquoi les téléphones n’ont sonné qu’à 1h34, quand le gouvernement promettait une marge de manœuvre de 15 minutes.

Depuis, une solution de redondance a été mise en place sur les serveurs. La prochaine fois, il ne faudra pas confondre vitesse et précipitation.