Google s’apprête apparemment à lancer une nouvelle offre de streaming audio YouTube Remix, fusionnant YouTube avec Google Play Music. À moins que, fidèle à ses habitudes, la firme de Mountain View ajoute encore à la confusion de ses nombreux services…


La stratégie du spaghetti

La stratégie de Google en matière de services a souvent été décrite par la « méthode des spaghettis ». On lance un spaghetti au mur, et on regarde si ça colle. Faut-il rappeler les douloureux efforts de la firme de Mountain View en matière de réseaux sociaux, de Google Buzz à Google+ ?

Plus récemment, la situation on ne peut plus confuse en matière de messagerie nous rappelle à quel point Google aime lancer des applications en l’air au mépris de celles qui existent déjà, et qui pourraient très bien faire le job. Hangouts, pour la visioconférence, ça marche. Messenger, son client SMS, pourrait très bien accueillir une partie propriétaire entre utilisateurs Google, comme Apple a su faire évoluer son app vers iMessage.

Mais comme il est toujours plus glamour de lancer de nouvelles applications, Google a préféré marquer le coup avec deux nouvelles apps, incompatibles avec l’existant, Google Allo et Google Duo, l’un pour la partie « messagerie intelligente », avec intégration de Google Assistant, l’autre pour la visioconférence, à deux mais pas plus. Une app pour envoyer des SMS, une app pour envoyer des messages « smart » et des stickers, une app pour faire des appels vidéo à deux, et une app pour les visioconférences à plus de deux ! Logique, non ?

YouTube : l’industrie ne lui dit pas merci (enfin pas tout le temps)

La firme de Mountain View serait-elle en train de reproduire cette stratégie pas forcément gagnante à son offre de streaming audio ? Là aussi, Google n’a jamais trop su sur quel pied danser. Son problème dans ce domaine, vient peut-être d’une confusion à la base. Demandez à n’importe quelle personne quel service de Google sert à écouter n’importe quelle chanson à n’importe quel moment, et il vous répondra « YouTube ». Ce n’est pas forcément légal, mais c’est ancré dans l’esprit des gens.

Encore aujourd’hui, YouTube est un des rares services à permettre un vrai partage de la musique qu’on aime sur des espaces publics. Spotify, Apple Music, même Google Play Musique sont des silos, des petites plateformes fermées sur leur base d’abonnés. Ce sont les vidéos YouTube que l’on retrouve sur Facebook, sur Twitter, pour illustrer les actus musicales sur n’importe quel site web.

Mais l’industrie du disque, et des médias en général déteste YouTube. Quand les professionnels de la télévision lui décernent un Emmy Award, c’est pour ses algorithmes de détection du contenu sous copyright. Des algorithmes très efficaces si on en juge de l’appauvrissement considérable de l’offre musicale « borderline » de YouTube ces dernières années.

À l’inverse, Google Play Music, pour la peine, est une plateforme en totale conformité avec les ayants droit : toutes les maisons de disque ont signé, comme pour ses concurrents, et avec un service de streaming audio offrant des fonctionnalités semblables aux autres services du genre.

Seulement voilà, Google Play Music, ça ne marche visiblement pas tant que ça. Si c’était le cas, on aurait des chiffres fièrement annoncés comme ceux d’Apple Music ou Spotify qui, à eux seuls, représentent déjà 80 millions d’abonnés payants, sans compter les gratuits de Spotify, qui totalise 140 millions d’utilisateurs au total. Sachant qu’il n’y a pas grand intérêt de payer pour deux services concurrents, on peut imaginer qu’ils ne se recoupent que très peu.


Un remix, ou un nouveau Groove ?

D’où l’intérêt de bénéficier de la puissance de YouTube, mais au prix d’une confusion potentielle de plus. Google propose déjà une formule YouTube RED aux États Unis, permettant de bénéficier d’un YouTube sans pubs, et de la possibilité de sauvegarder les vidéos en cache ou d’écouter l’audio en arrière-plan. YouTube Red inclut l’abonnement à Google Play Music.

Une nouvelle offre au nom de code YouTube Remix verrait le jour en mars 2018, combinant officiellement les deux. Mais on s’est tellement habitué, avec Google, à voir les spaghettis se multiplier sur le mur qu’on ne serait pas étonné de voir Google Play Music continuer à exister. Alors que Microsoft a récemment jeté l’éponge avec son Groove, et qu’on prête l’intention à Apple d’abandonner à terme les téléchargements payants, le paysage de l’audio dématérialisé n’a pas fini de bouger. D’ici là, Google aura peut-être trouvé son rythme.