Par le biais d’un communiqué officiel, Vivendi vient d’annoncer être entré au capital d’Ubisoft et de Gameloft. A priori anodin, cet investissement aurait néanmoins de quoi inquiéter les frères Yves et Michel Guillemot, les PDG respectifs des deux entreprises.

Crédit image : BFM Business

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Vivendi SA, la société détenue par Vincent Bolloré, a indiqué avoir investi très largement au sein de « deux sociétés françaises au savoir-faire mondialement reconnu dans les jeux vidéo », à savoir Ubisoft (Far Cry, Assassin’s Creed, Rainbow Six, Les Lapins Crétins, Rayman…) et Gameloft (Modern Combat, Asphalt…). Avec respectivement 140 millions et 19,7 millions d’euros déboursés, Vivendi possède donc désormais 6,6 % d’Ubisoft et 6,2 % de Gameloft. Cette simple « opération financière » visant à placer la trésorerie inactive du groupe « dans un secteur très porteur de l’industrie des contenus » a néanmoins de quoi inquiéter les frères Guillemot.

Comme le rappelle Libération, Vincent Bolloré est redouté dans le monde de la finance pour ses coups d’éclat. En 2012, il ne possédait que 2,5 % des parts de Vivendi avant de se faire nommer PDG en juin 2014. Il possède aujourd’hui plus de 14 % de la société qui a récemment revendu SFR à Altice (Numéricable) et qui multiplie les investissements dans le domaine du numérique et du divertissement, et a notamment racheté DailyMotion pour 217 millions d’euros en début d’année. Aujourd’hui, les deux frères bretons détiennent moins de 10 % d’Ubisoft, ce qui laisse peu de marge de manœuvre avant que Vivendi ne passe actionnaire majoritaire, d’autant que certains fonds d’investissement seraient certainement prêts à léguer leurs parts au plus offrant.

Un pied dans le jeu vidéo

En misant ses billes sur Ubisoft et Gameloft, Vivendi revient en force dans le monde du jeu vidéo, quitté en 2013 lors de la cession complète de ses parts dans le groupe Activision-Blizzard (Call of Duty, World of Warcraft, Hearthstone…) pour 10 milliards de dollars. Bien que françaises, les entreprises Ubisoft et Gameloft ont un rayonnement international. La première se classe parmi les trois plus grands éditeurs au monde (avec Activision et Electronic Arts), tandis que le second est le leader mondial du jeu mobile et un acteur important de la publicité sur mobiles.

Une intrusion pacifique

Pour le moment tout du moins, Bolloré ne compte pas reprendre la direction d’Ubisoft ni de Gameloft, et a affirmé ne pas compter demander de siège au conseil d’administration. Selon des sources concordantes, il ne s’agirait là que d’une opération financière visant à investir une partie des 9 milliards d’euros de trésorerie du groupe. De leur côté, les deux entreprises françaises ont communiqué sur le sujet en précisant que cette prise de participation n’a pas été sollicitée et que les deux sociétés souhaitent rester indépendantes. Mais avec Vincent Bolloré, « on ne peut pas préjuger de l’avenir », précise un de ses proches cité par Libération. « Quand il entre dans la place, Vincent est comme un lion caché dans les hautes herbes, on le croit endormi, mais il ne dort que d’un œil ».

L’investissement semble en tout cas vu d’un bon œil par les autres propriétaires des deux sociétés. Depuis cette nuit, le cours des actions de Gameloft comme celui d’Ubisoft a grimpé d’environ 12 %.