Le suivi des mises à jour est un sujet sensible sur Android. Alors que près de trois quarts des iPhone sont mis à jour seulement un mois en moyenne après le déploiement d’une nouvelle version d’iOS, il faut souvent près de huit à dix mois avant qu’une nouvelle mouture d’Android, comme c’est le cas pour Marshmallow, soit disponible sur seulement 10 % des terminaux en circulation. Qui sont les bons et les mauvais élèves, chez Samsung, HTC, LG ou encore Huawei ? À quels constructeurs peut-on se fier ? Nous avons regardé tout cela de plus près.

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Depuis plusieurs années, Google tente de trouver un moyen de forcer les constructeurs tiers à mettre à jour leurs terminaux lorsqu’une nouvelle version d’Android est disponible. Après la mise en place en 2011 de l’Android Alliance, obligeant les signataires à suivre les MAJ durant les 18 mois qui suivent la sortie d’un téléphone, Google envisage d’afficher publiquement le nom des moins rapides. Une croisade légitime au vu du temps de déploiement de ces mises à jour par les différentes marques.

 

Pourquoi les mises à jour sont-elles importantes ?

Avant tout, il est important d’expliquer en quoi ces mises à jour sont importantes. Après tout, beaucoup de consommateurs n’ont certainement jamais mis leur téléphone à jour et ne s’en portent plus mal, alors pourquoi est-ce un sujet aussi épineux ?

La sécurité

L’un des principaux arguments en faveur des mises à jour régulières concerne la sécurité. Chaque système possède ses failles plus ou moins critiques et Android n’échappe pas à la règle. Si Google arrive à imposer un certain rythme avec ses mises à jour mensuelles de sécurité suivies avec plus ou moins d’assiduité par les marques, c’est une tout autre paire de manches lorsqu’il s’agit de mises à jour majeures, qui intègrent parfois des patchs plus conséquents ou de nouveaux mécanismes de sécurité.

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Fonctionnalités et services

Avec ses mises à jour, Google déploie également de nouveaux services qui servent de tête d’affiche au géant de la recherche. Bien conscient qu’il est préférable de les déployer à part, Google les intègre désormais essentiellement à ses applications Search et Google Experience Launcher lorsque c’est possible comme pour Google Now. Pour d’autres, comme le mode Doze de Marshmallow par exemple, il est impossible de faire autrement que de passer par la MAJ du système lui-même.

Uniformisation des API pour les développeurs

À chaque mise à jour majeure d’Android correspond un niveau d’API pour les développeurs, permettant d’exploiter plus ou moins de fonctionnalités liées au système. Avec le temps de mise à jour des terminaux, les développeurs sont obligés de penser également aux anciennes API, ce qui ajoute des contraintes, réduit les possibilités de certaines applications sur les vieux terminaux et multiplie les possibles bugs, voire les empêche de fonctionner.

 

Pourquoi ces retards ?

Prendre les constructeurs à partie sans tenter de comprendre la raison de ces retards de mise à jour ne serait pas honnête de notre part. Il est donc essentiel d’isoler les différents facteurs qui repoussent encore et toujours ces mises à jour système.

Le partenaire fainéant

Lorsqu’arrive une mise à jour, le code source principal est mis à disposition de tous par Google, mais il doit encore être adapté à chaque appareil au cas par cas afin de fonctionner correctement avec la partie matérielle. C’est là que certains problèmes peuvent commencer puisque les constructeurs n’ont pas toujours la possibilité technique de mettre à jour facilement leur code.

Certains éléments, notamment le processeur, rouage central s’il en est dans cette machinerie complexe qu’est un smartphone, ne sont pas conçus directement par la marque et leur intégration au sein d’un écosystème demande un travail consciencieux. Malheureusement, le code source lié à ces éléments n’est pas toujours Open Source, contrairement à Android, et les constructeurs sont donc liés au bon désir de leurs fournisseurs. On peut ainsi citer plusieurs exemples de mises à jour retardées ou n’ayant jamais eu lieu à cause de ce point, comme les premiers Wiko, bloqués par leurs puces MediaTek, ou certains appareils d’Asus et leur SoC Intel.

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Le problème technique

Les mises à jour s’alignent en partie sur les performances des nouveaux téléphones, et il n’est pas rare qu’une ROM plus récente nécessite davantage de ressources matérielles. Si le déploiement de cette mise à jour ralentit le téléphone au détriment de l’expérience utilisateur, les constructeurs prennent parfois des décisions unilatérales. Et tant pis pour ceux qui voudraient tout de même tenter leur chance.

Des ajouts plus ou moins importants

Chaque constructeur adapte plus ou moins à sa sauce l’interface d’Android pour se démarquer de ses concurrents. Si certains préfèrent s’en tenir au strict minimum et offrir une expérience « pure » ou presque comme c’est le cas pour Motorola, d’autres n’hésitent pas à transformer bien plus en profondeur l’apparence du système. Samsung (TouchWiz), LG (LG UX) et HTC (Sense) par exemple sont réputés pour transformer l’interface et ajouter de nombreuses fonctionnalités parfois utiles, parfois discutables.

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De gauche à droite : Touchwiz, LG UX et Sense

Le développement de ces interfaces et des fonctionnalités associées prennent du temps. D’aucuns n’hésiteront pas à dire que c’est du temps perdu, mais il s’agit là d’une véritable valeur ajoutée qui apporte une diversité plus que bienvenue à Android. « Be together, not the same », comme le dit si bien Google.

L’enjeu financier

Ce temps de développement, il a un coût. Les personnes travaillant sur ce portage et sur le développement éventuel de nouvelles options doivent être payées, et les marques réfléchissent donc très certainement en terme de bénéfices. Est-il rentable de privilégier son image de marque « à jour » sur tous les téléphones ? Sûrement pas…

Le cas des opérateurs

En dehors des problèmes liés aux constructeurs, les smartphones achetés chez les opérateurs souffrent également d’une latence supplémentaire. Tous comme les constructeurs, ces derniers doivent gérer leurs propres ajouts et leurs propres priorités financières, retardant parfois de plusieurs mois les mises à jour de nos smartphones. Nous n’évoquerons pas ici cependant le problème des opérateurs, les données à leur sujet étant beaucoup plus difficiles à recueillir.

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Selon leur statut en entrée ou haut de gamme, des statuts inégaux pour les mobiles

En fonction des marques et des gammes de téléphones, on a donc plus ou moins de chances de profiter d’un suivi des mises à jour. Opter pour un Nexus est bien sûr la solution la plus simple pour ceux qui ne veulent rater aucune version d’Android, mais voici le fruit de nos recherches en ce qui concerne les autres constructeurs ! Précisons que dans un souci de lisibilité, nous avons décidé de nous concentrer sur les principaux constructeurs présents en Occident.

Les flagships

Sans grande surprise, l’accent est mis avant tout sur les « flagships » respectifs des constructeurs, premiers à recevoir leur mise à jour. Ainsi, si l’on regarde d’un peu plus près, la majorité des principales marques ont mis à jour leurs principaux modèles de ces deux dernières années, vers Lollipop dans un premier temps, puis vers Marshmallow dans un second temps.

On notera que les appareils les moins chers du haut de gamme, peinent un peu plus que les appareils les plus réputés. L’Asus Zenfone 2 ZE551ML par exemple n’a toujours rien reçu et sa mise à jour se contente d’être annoncée. De son côté, le OnePlus 2 vient tout juste d’être mis à jour vers Marshmallow, deux mois après la mise à jour du OnePlus One.

Pour ce qui est de Samsung, Sony, LG, HTC, Motorola et Huawei/Honor, les modèles les plus importants sortis depuis 2014 ont été mis à jour entre 30 et 330 jours après l’arrivée de Lollipop ou Marshmallow sur les Nexus.

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Lollipop

Sur les deux générations précédant le lancement de Lollipop, les plus rapides à avoir mis à jour leurs smartphones sont respectivement HTC et LG, suivis par OnePlus qui n’avait alors qu’un seul téléphone en circulation (le OnePlus One), Samsung et Motorola. Sony et Huawei/Honor sont loin derrière avec un délai moyen dépassant respectivement les 200 et 300 jours.

À lire : La liste des terminaux mis à jour vers Lollipop

Marshmallow

Pour Marshmallow, les constructeurs se sont globalement montrés plus réactifs, à l’exception de Samsung et OnePlus qui voient leur moyenne évoluer dans le mauvais sens (la faute notamment aux Galaxy S5 et OnePlus 2, qui ont tardé à être mis à jour). On retrouve donc une nouvelle fois HTC en tête de liste, talonné de près par Motorola et LG. Arrivent ensuite Huawei/Honor, Sony et donc Samsung et OnePlus.

L’ensemble est néanmoins bien moins étalé puisque tous les smartphones haut de gamme ont reçu Marshmallow entre 76 et 190 jours après son lancement. La quasi totalité des appareils, toutes marques confondues, ont d’ailleurs été mis à jour au moment de la rédaction de ces lignes, à l’exception des Ascend P7 et Mate S de Huawei. On peut néanmoins remarquer certains mauvais élèves tels qu’Asus et Acer, chez qui les mises à jour ne sont toujours pas disponibles.

À lire : La liste des terminaux mis à jour ver Marshmallow

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En y regardant de plus près, certains préjugés sont donc écartés. HTC par exemple, malgré son interface très différente, se positionne donc en tête de classe, devant Motorola et son look très proche d’AOSP. LG, qui apporte beaucoup de plus-values logicielles, se montre également très rapide en la matière.

Enfin, notons que certains ont appris de leurs erreurs ou changé leur façon de procéder. Huawei a donc grandement accéléré son déploiement d’une année sur l’autre, tandis que Sony a retravaillé en profondeur son interface pour éliminer le surplus et la rendre plus légère, et donc potentiellement plus simple à développer. Quoi qu’il en soit, et quelle que soit la marque, n’espérez pas plus de deux ans de mise à jour sur votre téléphone.

Les autres smartphones, en entrée et milieu de gamme

Dès lors que l’on regarde du côté des smartphones moins bien mis en avant de chacun des constructeurs, les mises à jour commencent généralement à devenir plus erratiques. Beaucoup plus erratiques même, voire totalement absentes. On peut tout de même constater des tendances très nettes, creusant l’écart entre les différentes marques.

Lollipop

Le constat ici est bien moins glorieux que pour les flagships et de nombreux appareils ne reçoivent même pas une mise à jour majeure au cours de leur existence. Seuls Motorola et Honor peuvent se targuer d’avoir mis à jour l’ensemble de leur catalogue – ou tout du moins les plus récents modèles sortis en France – vers Lollipop. Samsung s’en sort assez bien également avec environ 80 % de ses smartphones sous Android 5.0 ou 5.1. Pour les autres (LG, Sony, Huawei et HTC), la moyenne tombe rapidement autour de 50, voire 40 %.

Il est évident aussi que ces appareils moins coûteux ne sont pas la priorité des marques, et ils ne reçoivent donc leur mise à jour qu’une fois celle-ci déployée sur les flagships. Le temps d’attente peut ainsi s’étirer, de 192 jours en moyenne pour le plus rapide (Motorola) à 430 pour le plus lent (Huawei).

Ici, les bons élèves de l’année 2015 ont donc été Motorola, LG et Sony, suivis de peu par HTC et Samsung. Honor et Huawei se sont montrés beaucoup plus lents.

Marshmallow

Pour Marshmallow, le recul n’est malheureusement pas suffisant pour juger sachant que pour la plupart des constructeurs, 250 jours après le déploiement d’Android 6.0 sur les Nexus, n’ont pas encore mis UN SEUL de leurs smartphones d’entrée et de milieu de gamme.

Assez remarquable pour être cité, Honor se positionne comme le meilleur en la matière et a déjà mis à jour la quasi totalité de son catalogue. Seule exception, le Honor 5X, encore assez jeune, n’a pas eu droit à sa part de guimauve. Le firmware est néanmoins en bêta et « bien avancé ».

Motorola, Huawei et HTC ont également commencé à déployer Marshmallow sur certains de leurs terminaux, mais dans des proportions beaucoup plus restreintes. Même l’ex-Américain qui a pris un très bon départ en mettant à jour ses Moto G de 2e et 3e génération très rapidement s’est arrêté là pour le moment.

Globalement, il aura donc fallu entre 4 et 8 mois environ aux constructeurs pour mettre à jour aux alentours de 20 % de leur catalogue en dehors de leurs flagships. Un résultat très peu glorieux.

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Conclusion

Il existe bel et bien une différence notable entre les constructeurs Android lorsqu’il s’agit des mises à jour du système, mais cet écart se creuse essentiellement sur le milieu et l’entrée de gamme. Ainsi, HTC et LG par exemple, qui sont très bons pour déployer des mises à jour dans le temps sur leurs flagships, peinent à tenir à jour correctement l’ensemble de leur catalogue respectif. À l’inverse, il ne faut pas négliger les efforts de certaines marques comme Huawei qui a appris de ses erreurs et se dépêche de proposer Marshmallow pour éviter le courroux de sa communauté qui a (très) longtemps attendu Lollipop.

Quoi qu’il en soit, Motorola avec son interface très proche d’Android stock reste une valeur sûre lorsqu’il s’agit des mises à jour et se présente sans surprise comme l’un des meilleurs élèves. On ne peut pas en dire autant de Sony, Samsung ou encore OnePlus, qui traînent sur tous les segments.

Enfin, au rang des très mauvais élèves, on pourrait également citer Acer, dont les données de mises à jour sont si peu nombreuses que nous avons choisi de ne pas les faire apparaître dans nos comparatifs. Il n’est pas trop tard néanmoins pour redresser la barre sur les futures générations, et le passage à des puces Qualcomm dans les nouveaux Zenfone 3 devrait d’ailleurs grandement aider une marque telle qu’Asus à se montrer plus efficace lors du passage à Android N.

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