À la base de la controverse, ce tweet d’un consultant en nouvelles technologies. Ce dernier affirme, graphique à l’appui, que l’application de messagerie WhatsApp continue d’envoyer toujours plus de messages à travers le monde, à tel point que l’application aurait débordé nos traditionnels SMS. Comme toujours, il n’y a pas de réponse simple.

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L’histoire de WhatsApp a tout d’une success story. A la base du projet, Brian Anton et Jan Koom, deux anciens employés de Yahoo. Soutenus à hauteur de 8 millions de dollars par Sequoia Capital, une des holdings d’investisseurs la plus en vogue de la Silicon Valley, les deux compères fondent WhatsApp en 2009 et rencontrent le succès. Aujourd’hui, WhatsApp revendique 400 millions d’utilisateurs mensuels actifs. Un succès tel qu’en avril 2013, Google envisageait de débourser un milliard de dollars pour racheter l’application, ce qui a finalement été démenti. Le principe de WhatsApp ? Remplacer les SMS par des petits messages au sein d’une application éponyme. Ces messages sont appelés messages “OTT” (over-the-top content : des messages multimédias passant par Internet, sans arrêt chez l’opérateur téléphonique). Si certains voient le “sexting” des utilisateurs ados comme cause de succès de WhatsApp, l’application a su effectivement exploiter le désir des usagers de se libérer de leur forfait téléphonique.

Malgré une forte concurrence (iMessage, LINE, BB, Viber), WhatsApp reste aujourd’hui bien ancré à sa place de leader du marché des applications de messagerie.

 

WhatsApp, SMS-buster ou pas ?

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Penchons nous sur les chiffres. Si l’on en croit ce graphique (dont les chiffres proviennent de WhatsApp), 18 milliards de messages OTT seraient envoyés chaque jour au début de l’année 2014. Certains cabinets d’analyse, comme Informa, retiennent le chiffre de 19,1 milliards de message OTT envoyés en moyenne chaque jour au cours de l’année 2012. Un chiffre à opposer avec les 17,6 milliards de SMS envoyés en moyenne chaque jour sur la même année. Selon les données de Informa, les messages OTT ont bel et bien supplanté les SMS à la fin de l’année 2012. Le cabinet a même prédit un doublement des messages OTT à la fin de l’année 2013 à 41 milliards de messages envoyés chaque jour.

Malgré tout, la situation reste encore très paradoxale. Si le nombre de messages OTT est plus élevé que celui de nos vieux SMS, cela ne signifie pas qu’il y a plus d’usagers d’applications de messagerie que d’utilisateurs de SMS. Pamela Clark-Dickson du cabinet Informa clarifie la situation.

Il y a beaucoup plus d’usagers de SMS (3,5 milliards) que d’utilisateurs d’application de messagerie (586,3 millions d’usagers OTT). Un usager OTT en moyenne envoie 32,6 messages par jour contre 5 SMS journalier pour les autres, ce qui signifie que les utilisateurs OTT envoient plus de 6 fois plus de messages que les utilisateurs des SMS.”

Le SMS et ses enjeux financiers

Les SMS rapportent des sous aux opérateurs téléphoniques. Et ils en rapportent même beaucoup. “Dans le monde entier, les SMS ont généré 15,3 milliards de dollars chaque heure de l’année 2013” relève le consultant Karl Whitfield. En comparaison sur la même année, les messages des applications n’ont été générés qu’à hauteur de 2,6 milliards par heure. La raison ? Celle du nombre d’utilisateur des messages OTT, moins élevé que les aficionados du SMS. Si le bilan financier n’est pas comparable entre les deux modes de messagerie, la crainte des opérateurs est là. Brian Anton avait dû les rassurer en affirmant que là où WhatsApp empruntait effectivement des revenus au SMS, les opérateurs retrouveraient vite le sourire avec l’augmentation du trafic data.

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Si les applications de messagerie ont de l’avenir sur les terminaux, les SMS ont effectivement du souci à se faire. Mais gardons à l’esprit que le développement des messageries OTT reste fondamentalement lié aux infrastructures. Ainsi, dans un rapport, le cabinet McKinsey fait l’inventaire des facteurs qui favorisent l’implantation de ces messageries : la disponibilité de l’Internet mobile, forte pénétration des smartphones sur le marché national, une certaine proportion de jeunes utilisateurs… C’est ainsi que les messageries OTT ont su trouver leur chemin aux Pays-Bas et en Corée du Sud.