Un journal allemand a dévoilé des documents révélant la politique menée par Facebook pour lutter contre les discours racistes. Celle-ci souffre de beaucoup de lacunes dans la protection des migrants contre les insultes xénophobes.

Mark-Zuckerberg-Facebook

La lutte contre l’apologie de la haine — racisme, misogynie, homophobie et autres discriminations — est toujours une question sensible. Abordez ce genre de sujet avec votre entourage et votre discussion aura des chances de se transformer en débat houleux. Quand elles touchent les grandes entreprises du web — et par conséquent des centaines de millions d’utilisateurs –, ces problématiques deviennent encore plus épineuses.

Le journal allemand Süddeutsche Zeitung (SZ) nous en apporte une nouvelle preuve. Le quotidien a réalisé une longue enquête sur les coulisses de Facebook. Le but était notamment d’obtenir des témoignages parmi les 600 employés berlinois de la firme, notamment sur la pression et le stress au travail.

Mais le journal a aussi révélé des documents très intéressants concernant la politique de lutte contre la parole raciste menée par Facebook. D’après SZ, ces derniers sont des sortes de modes d’emploi que les employés chargés de la modération sur le réseau social sont tenus de suivre.

« Catégories protégées »

Ces documents en fuite indiquent ainsi que Facebook interdit formellement d’attaquer une personne sur des critères bien précis tels que l’ethnie, la religion ou l’orientation sexuelle. Ces caractéristiques sont considérées comme des « catégories protégées ». En outre, d’autres groupes bien définis comme les jeunes ou les seniors bénéficient d’une protection encore plus poussée. Une centaine d’exemples différents a été fournie afin de s’adapter à un large éventail de contexte.

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Racisme contre les migrants

Néanmoins, et c’est là que le bât blesse, les migrants ne jouissent pas de la même protection, car, en tant que migrants, ils n’entrent dans aucune des fameuses catégories protégées. Süddeutsche Zeitung écrit ainsi la chose suivante :

Par exemple, dire « putains de musulmans » n’est pas autorisé, puisque l’affiliation religieuse est une catégorie protégée. Cependant, la phrase « putains de migrants » est autorisée, puisque les migrants ne sont qu’une « catégorie quasi protégée » — une mention spécialement créée après que des plaintes ont eu lieu en Allemagne. Cette règle déclare que l’apologie de la haine contre les migrants est autorisée sous certaines conditions : des déclarations telles que « les migrants sont sales » sont autorisées, tandis que « les migrants sont des saletés » est interdit.

Contexte tendu

Ces révélations interviennent dans un contexte politique et social de plus en plus tendu en Allemagne et en Europe où un mouvement xénophobe accuse les migrants — venus entre autres de Syrie et de Libye — de mille maux. Facebook n’a toujours pas réagi à ces révélations.

D’après les témoignages recueillis par SZ, certains employés doivent passer en revue 2 000 posts par jours afin de les modérer tandis que d’autres disposent de huit secondes pour déterminer si une vidéo doit être retirée ou non.