Le MP3 n’est pas encore mort… Certes, son concepteur a mis fin à son programme de licences, mais c’est parce que le codec est désormais libre de droit. Ce qui pourrait au contraire l’ancrer encore un peu plus.

Le logo officiel du MP3

« Le MP3 est mort, vive l’AAC ! » C’est ce que titrent plusieurs médias ces jours-ci. Ils rebondissent sur la publication le 11 mai d’une interview succédant elle-même à un communiqué paru le 3 mai.

Le réseau NPR, équivalent américain de Radio France, a effectivement publié la semaine dernière des déclarations d’un des concepteurs du MP3. Mais à aucun moment ce dernier ne déclare la mort du MP3, ce n’est que l’interprétation de l’auteur de l’article.

L’AAC, successeur du MP3

Bernhard Grill, directeur de la division de Fraunhofer à laquelle on doit le développement du MP3, s’est effectivement contenté de dire que l’AAC — auquel son organisation a également contribué — était désormais « le standard de fait pour le téléchargement de musique et la vidéo sur téléphones mobiles ».

Fraunhofer promeut l’AAC, « plus efficient que le MP3 et offrant bien plus de fonctionnalités », au lendemain de la parution d’un communiqué dans lequel l’organisation annonce qu’elle a mis fin le 27 avril 2017 au programme de licences portant sur certains brevets liés au MP3.

iTunes intègre un encodeur MP3

Le MP3 désormais libre de droits

On peut y voir un abandon, mais on peut aussi et surtout y voir une libération. L’expiration des derniers brevets protégeant le MP3 signifie effectivement que le MP3 est désormais intégralement libre de droits. Le décodage l’était déjà dans le monde entier. L’encodage l’était aussi en Europe, puisque les logiciels n’y sont pas brevetables, mais il ne l’était pas dans certaines régions comme aux États-Unis.

Cette législation permettait ainsi à des logiciels comme VLC d’inclure un encodeur MP3 sans verser de redevance. Elle l’excluait néanmoins de certains App Stores régis par la législation américaine. Quelques grandes entreprises telles qu’Apple payaient par sécurité. Aux dernières nouvelles, Fraunhofer récoltait ainsi 100 millions d’euros en 2005. L’organisation était par ailleurs tolérante avec les petites entreprises.

La distribution Linux Fedora intégrera désormais la prise en charge du MP3

Quelles répercussions ?

Concrètement, les répercussions de la libération du MP3 seront limitées pour les consommateurs, mais non nulles. Certains éditeurs de logiciels à cheval sur les brevets pourront ainsi inclure un encodeur MP3. C’est par exemple le cas de la distribution Linux Fedora, sur laquelle il fallait jusqu’alors procéder à une installation manuelle.

Enfin, contrairement à ce qu’affirme le représentant de Fraunhofer, si l’AAC est bien la référence des codecs lossy, il n’est pas encore le standard. Le standard demeure le MP3, et maintenant qu’il est libre de droits, il risque de ralentir la démocratisation de l’AAC. Excepté Apple Music (AAC) et Spotify (OGG), qui sont certes deux des principaux, la majorité des services de musique en ligne recourent encore au MP3, pour le streaming comme pour le téléchargement (Deezer, Google Play Musique, Amazon Music, Qobuz…). Et contrairement à ce qu’on peut lire, ces services ne vont pas cesser de distribuer de la musique au format MP3 !

Et désormais libre de droits, le MP3 a probablement encore de beaux jours devant lui…

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