À Taiwan, il existe un centre commercial, le Guang Hua Digital Plaza, qui regorge de petits magasins vendant des appareils électroniques récents et anciens où les derniers smartphones et ordinateurs côtoient les talkies walkies et les raquettes antimoustiques. Si le lieu n’est pas forcément très beau objectivement parlant, il ne manque pas de charme aux yeux des amoureux de la technologie. C’est cet endroit atypique que je vous invite à découvrir.

Depuis l’avènement d’Amazon et du e-commerce dans sa globalité, on s’est tous rendu compte que l’on pouvait tout acheter sur le web. Et cela concerne évidemment tous les produits technologiques. Du coup, il n’est pas étonnant de voir de plus en plus de personnes passer par des services dématérialisés qui sont, sur le papier, plus pratiques et efficaces que les magasins physiques.

Mais à Taipei, à Taiwan, j’ai pu observer une autre logique de consommation, où la domination de l’e-commerce n’est pas encore aussi assise qu’en Europe. Dans les rues de cette immense cité asiatique, les petits commerçants de smartphones, ordinateurs et autres objets du même acabit sont légion. Et ces magasins sont tellement populaires qu’ils ont carrément droit à leur propre centre commercial : le Guang Hua Digital Plaza, créé en 1973.

Le Guang Hua Digital Plaza, à Taipei (image : Ellery / Wikimedia Commons).

Il s’agit d’un bâtiment de six étages dans lequel s’entassent de petites boutiques aux rayons chargés d’un trop-plein de produits technologiques. La bonne centaine de commerçants que l’on y trouve vendent absolument tous les types d’appareils électroniques. À l’inverse, les magasins de vêtements, de bien-être, de déco et autres n’y ont pas leur place.

C’est dans ce dédale alambiqué que je vous invite à faire un tour.

 

Un lieu calme

À l’occasion de l’officialisation du HTC U11, je me suis rendu à Taiwan, terre natale de HTC pour couvrir l’évènement. Profitant d’un moment de temps libre après l’annonce du fabricant, je flâne quelques heures dans les allées du Guang Hua Digital Plaza. Le calme qui règne dans le lieu est la première chose qui me frappe. Je ne le qualifierais pas de silence religieux, mais alors que je m’attendais à une ambiance bien plus survoltée — typique des centres commerciaux — je suis accueilli par une atmosphère très tranquille.

Il n’y a pas foule dans les allées.

Sans être désert, le centre commercial ne grouille pas de monde — je m’y suis rendu en début de soirée pendant un jour de semaine et je suppose que l’affluence est plus forte le weekend. Contrairement aux endroits similaires en France, je n’ai pas à jouer des coudes pour me frayer un chemin. Par ailleurs, les commerçants n’alpaguent pas les passants et attendent sagement qu’un client entre dans leurs boutiques avant de lui adresser la parole — ils ne perturbent ainsi pas le calme ambiant.

Le centre commercial est empli de ce genre de petites boutiques bizarrement achalandées.

Objets en tout genre

Je croise — forcément — des smartphones (et de nombreuses coques). Les marques les plus représentées sont, sans surprise, Samsung, Apple et HTC (qui joue à domicile). Je vois également beaucoup d’ordinateurs de dernière génération, ainsi que des consoles et leurs jeux vidéo ou encore des casques audio et des calculatrices. D’ailleurs, l’une des grandes particularités du Digital Plaza — et c’est la deuxième chose qui marque en visitant ce lieu — c’est la grande diversité d’objets que l’on peut y trouver.

Claviers, souris, multiprises de toutes tailles, réveils, adaptateur, batterie externe… Je découvre aussi des boutiques relativement incongrues qui proposent talkies walkies, raquettes antimoustiques, magnétoscopes. Un magasin vend même des oscilloscopes.

Intrigué, je tente de demander au gérant de la boutique si celle-ci rencontre du succès et s’il arrive à être rentable. Malheureusement, il ne parle pas anglais et mon niveau de chinois Mandarin se résume à la maîtrise de deux mots : « bonjour » et « merci ». Coincés dans une tour de Babel, mon interlocuteur et moi n’arrivons pas à nous comprendre et ma question reste donc sans réponse.

Heureusement qu’il y a des magasins qui vendent des oscilloscopes, sinon on serait dans le pétrin.

Destination touristique ? Non, pas du tout

D’ailleurs, cette barrière linguistique s’érige avec tous les commerçants que j’ai abordés. Dans le meilleur des cas, ils ont un vocabulaire suffisamment étoffé en anglais pour essayer de me vendre un produit — pour un tarif, au passage, similaire aux prix européens —, mais pas assez abouti pour tenir une conversation plus soutenue. Dans le pire des cas, mon « Hello » franc et joyeux ne reçoit qu’un regard sans émotion en réponse.

Et cela s’explique essentiellement par le fait que contrairement à tous les autres centres commerciaux de la ville, le Guang Hua Digital Plaza n’essaie pas de plaire aux touristes. Cet endroit est relativement brut de décoffrage et c’est au visiteur de prendre le temps de s’y perdre pour le découvrir.

Résistance

Ce n’est clairement pas le plus bel endroit de la ville, mais pour un amoureux des technologies, anciennes et récentes, c’est un petit plaisir de s’y balader — du moins, tant que les néons parfois très lumineux ne vous donnent pas le tournis — et de voir autant de petits magasins survivre malgré tout. Néanmoins, un autre centre commercial, plus récent et plus grand, construit juste à côté du Guang Hua, accueille plus de visiteurs. Ces derniers sont en effet attirés par les grandes enseignes qui y ont élu domicile. Pragmatique, je crains malheureusement que les commerçants les plus modestes ne subsistent pas bien longtemps face à cette concurrence.

Et c’est peut-être parce qu’il s’agit d’une cause perdue que je me suis pris d’affection pour cet endroit. C’est pourquoi, si vous avez l’occasion de visiter Taipei, je vous invite vivement à y faire un tour.