Dans le monde des smartphones, on connait très souvent un produit bien avant qu’il ne soit officiellement dévoilé. Cela est dû au travail des leakers qui publient de nombreuses informations sur la Toile. Le Français OnLeaks est l’un des plus célèbres d’entre eux. Nous l’avons interviewé pour en savoir plus sur son activité.

« C’est autant du business que du fun. Pour moi, c’est un hobby rémunéré ». Ce sont les mots que choisit OnLeaks pour résumer brièvement ce qu’il ressent quand il exerce son activité principale.

Comme son pseudonyme l’indique, OnLeaks est un leaker. Un métier très particulier, mais qui a pris une importance de premier ordre dans le secteur de la téléphonie mobile.

Si vous suivez l’actualité de la Tech, vous avez forcément déjà croisé le terme « leak » un bon nombre de fois. Ce mot, que l’on traduit par « fuite » dans la langue de Molière, désigne une information diffusée sur Internet bien avant l’officialisation d’un produit.

Serial-leaker

Dans ce domaine, deux hommes se sont construit une très sérieuse réputation : l’Américain Evan Blass, plus connu sous le nom d’evleaks et le Français Steve Hemmerstoffer, alias OnLeaks. L’un comme l’autre ont diffusé un très grand nombre d’informations sur des smartphones bien avant leur présentation. C’est pourquoi ils sont considérés comme des « serial-leakers ». Ils sont d’ailleurs régulièrement cités dans nos articles, sur FrAndroid.

Qu’est-ce qu’un leaker ? Quels sont les coulisses de cette activité ? Nous avons eu l’occasion de discuter avec OnLeaks pour répondre à nos questions, alors que le MWC 2018 et l’annonce du Samsung Galaxy S9 approchent à grands pas.

C’est quoi, un bon leaker ?

« Beaucoup de gens se disent leakers alors qu’en réalité ils vont juste chercher des informations sur Weibo et les autres réseaux sociaux chinois ». Pour Steve Hemmerstoffer, la définition d’un vrai leaker est aussi simple que précise : il s’agit d’une personne disposant de ses propres sources d’informations non accessibles aux autres.

« Ce sont des gens avec qui je communique constamment sur Skype ou WeChat », raconte-t-il. Ce sont ces contacts au sein des sous-traitants de grandes marques et d’accessoiristes qui lui livrent tout un tas d’informations. « Je puise mes infos à la source, quand le smartphone est encore aux toutes premières étapes de sa conception ».

Il précise que c’est grâce à cela qu’il est capable de « reconstituer le téléphone » et de publier des rendus 3D en vidéo des smartphones, un à deux mois avant leur présentation officielle. Ça a été le cas du Samsung Galaxy S9 (et de presque tous les smartphones de la marque sud-coréenne des dernières années) mais aussi du Huawei P20, pour ne citer qu’eux.

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Ainsi, OnLeaks souligne bien le fait qu’il ne se contente pas d’aller chercher des informations sur le web. « Nombreux sont les fouineurs doués pour dénicher des informations accessibles publiquement sur Internet. Bien plus rares sont les initiés qui, comme moi, obtiennent leurs informations directement auprès de sources impliquées dans la chaine de production ».

10 ans de travail

OnLeaks ne s’est pas constitué un réseau du jour au lendemain, « ça fait dix ans que je fais ça ». En 2007, il lance le site NowhereElse qui traite de l’actualité technologique et de la pop culture. Assez rapidement, il se rend compte que les internautes manifestent beaucoup d’intérêt pour les leaks.

C’est ce qui le motive à s’y intéresser de plus près. « Au début, comme tout le monde, j’ai commencé à chercher des informations sur Weibo. Petit à petit, je suis entré en contact avec les personnes qui me paraissaient fiables et de fil en aiguille j’ai créé mon réseau », explique-t-il.

D’après lui, en 2008, il était déjà considéré comme une source assez fiable et sa réputation a continué de grimper avec les années. Il faut attendre 2015 pour que Steve Hemmerstoffer devienne vraiment OnLeaks. Il se rend vite compte qu’en adoptant la langue anglaise et qu’en étant actif sur Twitter, sa popularité grimpe en flèche et les partages sont très nombreux.

« OnLeaks, c’est au moins 80 % de mes revenus aujourd’hui  », avance le leaker qui continue aussi d’officier sur NowhereElse.

C’est toujours sympa de voir son nom cité un peu partout à travers la planète

Et justement, puisqu’il évoque l’argent, quel est le modèle économique d’un leaker ? « J’ai cinq ou six clients réguliers », explique OnLeaks. Ce sont des sites qui le paient pour obtenir des exclusivités sur tel ou tel futur smartphone.

Avec sa notoriété actuelle, OnLeaks n’a d’ailleurs plus besoin de chercher des clients : « ce sont eux qui m’approchent ».

OnLeaks estime que le revenu qu’il dégage est un des principaux attraits de son activité, mais il assure aussi que c’est une passion. Et puis, « c’est toujours sympa ce côté popularité, de devenir une petite personnalité dans le milieu, d’être reconnu par ses pairs et de voir son nom cité un peu partout à travers la planète ».

Être le premier à leaker

Le métier de leaker est parfois un casse-tête. Pour publier ses fuites sur les Huawei P20, P20 Plus et P20 Pro par exemple, OnLeaks raconte qu’il a dû discuter avec un très grand nombre de personnes avant de pouvoir obtenir des résultats concrets. « Ça faisait un mois et demi que je travaillais dessus ».

Or OnLeaks aime être le premier sur une information. « Quand je travaille sur un leak, j’ai parfois peur que quelqu’un d’autre me devance », confie-t-il même s’il a l’air assez sûr de lui dans l’ensemble et n’a pas l’air de craindre la concurrence. « Je suis en général le premier à leaker un design ».

Entre evleaks et moi, c’est tendu

Le Français ne cache toutefois pas ses mauvaises relations avec son homologue américain, Evan Blass. « Entre evleaks et moi, c’est tendu », affirme-t-il sans détour. « Il s’est senti plagié quand je suis arrivé sur le secteur ».

OnLeaks se défend et avance qu’ils sont complémentaires. « Ma spécialité, c’est les rendus 3D un ou deux mois avant l’annonce, lui c’est les rendus presse et les caractéristiques techniques quelques semaines avant ». Il estime ainsi qu’un féru de smartphones a tout intérêt à les suivre tous les deux.

Les pressions

OnLeaks a déjà reçu des appels d’avocats le menaçant d’entamer des procédures judiciaires à cause des informations qu’il divulgue. Il évoque notamment le cas d’Apple quand il avait révélé les premières images du nouveau port Lightning sur les iPhone.

À noter que Steve Hemmerstoffer préfère ne pas indiquer s’il rémunère ou non ses sources pour éviter d’être soumis à une quelconque forme de pression à ce sujet-là.

« L’avocat du sous-traitant où j’ai obtenu mon information m’a appelé. C’était pour mettre un coup de pression, mais finalement je n’ai jamais eu de souci ».

Il précise aussi qu’aucune grande marque n’organise les fuites sur ses smartphones. En revanche, il lui est déjà arrivé d’être approché par de petits fabricants cherchant à se faire connaître en créant eux-mêmes des leaks à diffuser. OnLeaks affirme qu’il refuse systématiquement.

Quid du MWC 2018 ?

Pour un journaliste, les grands salons de la Tech — comme le MWC 2018 qui aura lieu très bientôt — sont des événements incontournables pour pouvoir prendre des produits en main juste après leur présentation, mais pour un leaker, on pourrait imaginer qu’il s’agit au contraire d’une période plus calme.

« Pas vraiment », répond OnLeaks. « Quand vous [les journalistes] prendrez en main le Galaxy S9 et que vous ferez vos tests, je serai en train de travailler sur le prochain modèle », dit-il avec le sourire.

Rendez-vous donc pour le Galaxy Note 9 (et sans doute plein d’autres smartphones).