Facebook a payé cher, très cher son acquisition d’Oculus VR, une compagnie spécialisée dans la réalité virtuelle qui est célèbre pour la conception du casque Oculus Rift. Au tribunal, Mark Zuckerberg a révélé que le réseau social a dépensé 2 milliards de dollars pour la firme, plus 1 milliard pour éviter une fuite des talents.

Facebook a dépensé sans compter lorsqu’il a fallu s’offrir Oculus VR, la société fondée par Palmer Luckey et spécialisée dans la réalité virtuelle. C’est ce qu’a révélé Mark Zuckerberg lors de son passage au tribunal dans le cadre du procès opposant Oculus VR et ZeniMax, une entreprise qui estime que ses droits de propriété industrielle ont été enfreints par sa rivale.

Le réseau social fondé par Mark Zuckerberg a non seulement dépensé deux milliards de dollars pour s’offrir l’entreprise qui a donné naissance au casque de réalité virtuelle Oculus Rift, mais en plus il a dépensé plusieurs centaines de millions de dollars pour inciter certains employés-clés à rester dans l’aventure.

Rapportant les informations-clés de l’audition, le journaliste du New York Times Mike Isaac rapporte que le site communautaire avait mobilisé un milliard de dollars de plus pour la transaction : 700 millions de dollars pour conserver les employés ayant un rôle décisif dans la conception du casque de réalité virtuelle et 300 millions de plus qui étaient prévus si certains objectifs étaient atteints.

C’est la première fois que de nouveaux indicateurs financiers sur la transaction entre Facebook et Oculus VR apparaissent. Ils révèlent un peu plus l’importance stratégique que Facebook accorde à la réalité virtuelle, au point de dépenser des sommes proprement astronomiques pour une technologie qui est pour l’instant essentiellement perçue comme une curiosité de la part du grand public.

Devant la justice, Mark Zuckerberg a également contesté les informations selon lesquelles sa société aurait été au courant d’un problème d’accord entre Oculus VR et ZeniMax. Selon l’entreprise plaignante, Oculus VR aurait violé un accord de non-divulgation lorsqu’elle a présenté un prototype d’Oculus Rift lors de l’édition 2012 de l’E3. Toujours selon elle, Facebook l’aurait su et aurait malgré tout procédé à l’acquisition d’Oculus VR en 2012.

Soupçons sur la réalité virtuelle

Dans cette affaire qui mêle trois entreprises différentes, un homme est au cœur des soupçons : il s’agit de John Carmack, fondateur du studio id Software, racheté en 2009 par ZeniMax. Très tôt, John Carmack a manifesté de l’intérêt pour la réalité virtuelle, à la différence de son nouvel employeur. C’est donc assez naturellement et non sans un certain enthousiasme que John Carmack a suivi avec intérêt l’aventure d’Oculus VR.

Motivé par ce que veut faire Oculus VR, John Carmack finira par quitter ZeniMax pour rejoindre l’aventure de Palmer Luckey. Or, c’est aussi au cours de cette période, un peu avant l’E3 2012, qu’un accord de non-divulgation est signé entre ZeniMax, qui a un savoir-faire dans la réalité virtuelle, et Oculus VR, afin d’encadrer le travail de John Carmack, qui avait alors une double casquette : avant son départ définitif, il travaillait en effet pour les deux entreprises.

Mark Zuckerberg et l’Oculus Rift.

On le comprend : toute la question est de savoir s’il y a eu un transfert illicite de technologies ayant trait à la réalité virtuelle pendant cette période, soit lorsque John Carmack a définitivement mis les voiles, soit lorsqu’il travaillait pour les deux firmes à la fois. Également entendu par le tribunal, John Carmack a admis avoir copié des informations depuis les serveurs de ZeniMax avant de partir, mais il a démenti que du code appartenant à ZeniMax ait été utilisé lors de la démonstration à l’E3.

Ce n’est toutefois qu’au moment de l’annonce de l’acquisition d’Oculus VR par Facebook pour 2 milliards de dollars que ZeniMax a décidé d’agir en justice. D’aucuns diront que l’entreprise agit pour des considérations financières, il n’empêche : au-delà des histoires de gros sous, il y a l’enjeu de la propriété industrielle de ZeniMax : a-t-elle été dérobée par John Carmack ? Et Facebook était-il au courant de ces magouilles ?

Une chronologie troublante

La chronologie des faits demeure troublante : trois semaines après l’E3 2012, Oculus VR enclenche un financement participatif sur Kickstarter. Il s’achève le 1er septembre de la même année avec une récolte supérieure à 2,4 millions de dollars. Les précommandes arrivent au cours de l’automne et, un an plus tard, John Carmack décidé de rejoindre Oculus VR en tant que directeur technique ; mais ce n’est que le 22 novembre qu’il quittera définitivement id Software.

Quelques mois s’écoulent avant que le volet judiciaire n’apparaisse. Quelques jours après l’annonce par Facebook de son acquisition, le 25 mars, ZeniMax se manifeste le 1er mai en affirmant que son ancien partenaire a enfreint l’accord de non-divulgation, ce que contestera immédiatement John Carmack sur Twitter. Un démenti qui n’a pas suffi : le 21 mai, ZeniMax a porté plainte contre Oculus VR.

À lire sur Numerama : Quatre questions sur l’affaire opposant ZeniMax, Oculus VR et Facebook