L’industrie des télécommunications veut garder une forte mainmise sur un marché loin d’être « libre ». Saviez-vous qu’il était aussi cher d’envoyer un SMS à votre voisin que d’envoyer le même message entre Mars et la Terre ? C’est le moment d’enquêter…

Mars Global Surveyor

Le blogueur Falkvinge a écrit des dossiers sur les Telcos très intéressants. Il met en avant les différentes problèmatiques et essaye d’expliquer comment nous avons mis en place un marché qui n’a rien de « libre ». Dans un marché libre et parfait (dit en concurrence pure et parfaite), 5 conditions doivent être réunies : atomicité (plusieurs acteurs), homogénéité des produits (les produits doivent à peu près se rassembler), transparence (libre circulation de l’information, tout le monde doit avoir le même accès au prix) et enfin libre entrée et libre sortie (concurrence, ressources financières, etc.). La concurrence doit permettre aux prix d’être le plus près possible des coûts réels. Croyez-moi, mettre en place des infrastructures de télécommunication n’est pas si couteux que ça. Dès lors, comment en est-on arrivé à payer autant pour communiquer ?

Nous pourrions commencer à nous intéresser au SMS. Le SMS est un message texte qui pèse environ 140 octets (160 caractères). Les coûts de lancement de la sonde Mars Global Surveyor étaient d’environ 200 millions de dollars et 20 millions de dollars de fonctionnement par an. Cette sonde a fonctionné pendant 9 ans et a envoyé des données à 42 Mbps (soit une connexion double-carrier). Si on imagine que l’échange de données a eu lieu 24/7, cela donne 1410 gigaoctets de données, soit 284 000 dollars (250 000 euros environ) par gigaoctet.

Aux US, le coût d’un SMS est de 5 centimes de dollars. En France, les utilisateurs continuent de payer autour de 10 centimes d’euros. Sachant qu’un gigaoctet de données permet d’envoyer 7 670 000 SMS. Cela donne environ, 383 500 dollars (360 000 euros environ) aux US et 767 000 euros en France.

Bref, vous aurez compris : envoyer des données entre Mars et la Terre est plus intéressant qu’envoyer un SMS à son voisin. Même si les frais de lancements et de personnels de la NASA sont comptés. En général, les marges réalisées par les entreprises sont de 5% à 10% en fonction du secteur et de leur positionnement. Des calculs simples de comparaison du coût réel d’un SMS (environ quelques nano centimes), les marges théoriques de l’industrie des télécommunications seraient d’environ quelques milliers de %. Bien sûr, il faut être conscient que gérer un réseau entraîne tout de même des frais énormes : électricité, ressources humaines… Néanmoins cela n’explique pas du tout cette différence gargantuesque.

Comment expliquer que nous avons échoué à mettre en place un vrai marché libre pour l’industrie des télécommunications ?

L’Etat a contrôlé une grande partie de ce marché. Saviez-vous que le spectre électromagnétique était limité ? Les fréquences sont une ressource rare, complètement contrôlée par l’Etat. Une grande partie est réservée aux militaires, tandis que l’Etat a fractionné le reste : radio, télévision, GSM, 2G, 3G, 4G… C’est donc l’Etat qui contrôle l’attribution des fréquences sous forme de licences. Sans ces licences, vous n’avez pas le droit d’utiliser les fréquences. Des fréquences qui coûtent des milliards aux opérateurs.

Enfin, c’est loin d’être la seule raison qui explique cet échec. Il y a également l’inertie du marché. Le plus grand ennemi de la « perfection » est « assez bon ». Tout le monde a un téléphone portable, la moitié sont des smartphones. Nous sommes d’accords que les prix sont ridiculement élevés par rapport aux coûts réels, néanmoins ils sont tout de même asez bas pour que la plupart des consommateurs ne se soucient pas de pouvoir économiser 1 ou 2 centimes de plus par mois. De ce fait, les Telcos n’ont pas besoin de faire des efforts pour diminuer les prix.

Heureusement, de nombreux acteurs se sont lancés à l’assaut de ce marché avec des business rentables : Google, Skype, Apple et même des startups comme WhatsApp. Dès lors, pas étonnant que les opérateurs et fournisseurs d’accès bataillent pour imposer leur technologie. C’est le cas par exemple du Rich Communication Services (RCS), une norme développée par les acteurs de l’industrie des télécommunications. Mais c’est également flagrant sur de nombreux services, comme votre launcher Android aux couleurs de certains opérateurs.

Ce dont on ne se rend pas compte, c’est que cette mainmise a des conséquences énormes sur le fonctionnement du marché – je parle bien sûr de la croissance. Ces Telcos ne sont pas les seuls à blâmer, il y a également les différents gouvernements. C’est en grande partie, eux, qui créent les marchés monopolistiques (et oligopolistiques).

Aujourd’hui comment doit-on réagir ? Nous devons être conscients que nous sommes de véritable vaches à lait pour les opérateurs et le gouvernement. C’est donc à nous de dicter et d’imposer nos besoins et souhaits : qualité de réseau, baisse de prix, services… et d’encourager des initiatives comme celle d’Iliad (Free) et bien d’autres.

J’espère que vous vous rendez compte que les opérateurs ont la possibilité de vraiment diminuer les prix tout en améliorant la qualité du réseau. Proposer de la 4G à des forfaits à deux chiffres… devient rapidement ridicule.

Je suis même persuadé que les opérateurs pourraient proposer des forfaits à 0 euro et gagner de l’argent avec (Skype propose de la possibilité de discuter gratuitement avec d’autres utilisateur Skype, Facebook vous permet même d’envoyer des messages, etc.). La communication est un droit qui devrait être accessible et gratuit. Mais, ça c’est un autre débat…