Flappy Bird, c’est le petit phénomène gaming du moment sur les plateformes mobiles. Épiphénomène ou pas, tout le monde en parle. On joue dans l’espoir de battre ses propres records, manipulant un petit oiseau en pixels entre des tuyaux verts. Que se cache-t-il derrière ce jeu ?

Flappy Bird

Laissons un temps Candy Crush Saga et son éditeur King.com, dont le succès ne cesse depuis 2013, à coups de puzzles sucrés bardés d’achats in-app. L’autre réussite du moment, c’est Flappy Bird, un petit jeu sans prétention faisant appel au ressort le plus vieux du monde : le goût du record. Il s’agit donc, dans un petit jeu ultra-léger (moins de 1 Mo nécessaire sur la mémoire de votre smartphone ou tablette), de faire passer un oiseau pixélisé entre des tuyaux verts. Pour le maintenir en vol, le joueur doit cliquer, cliquer et re-cliquer… en évitant de percuter lesdits tuyaux. Réaliser le meilleur score possible, voilà qui devrait finir par créer quelques tendinites dans les menottes des plus acharnés. Pour les autres, dépasser la dizaine de tuyaux n’est pas une mince affaire… même si bon nombre de nos lecteurs ont dépassé la quarantaine. Bravo à eux !

Une mécanique de jeu simple et addictive, un modèle économique sans problème – le titre est gratuit et on se contente de publicité assez discrète dans le jeu, sans achat in-app – que demande le peuple ? C’en est presque trop beau. Et de fait, Flappy Bird n’est pas épargné par la critique. À tort ou à raison, là est la question.  

 

Un succès éclair, oui, mais comment ?

Flappy Bird n’est pas réellement nouveau, bien que sa sortie sur le Play Store ne date que du 22 janvier dernier. Son éditeur, .GEARS Studios, l’a lancé en mai 2013 sur le portail d’Apple, avec un succès initialement modeste. Depuis, la donne a changé, l’heureux propriétaire de l’oiseau comptabilisant entre deux et trois millions de téléchargements par jour, toutes plateformes confondues.

Play Store

Et le propriétaire en question n’habite pas la porte d’à côté : le développeur de Flappy Bird, un Vietnamien de 29 ans répondant au nom de Dong Nguyen. Interviewé par nos confrères de TechCrunch, ce dernier a assuré travailler seul à la création de son jeu, et l’avoir sorti en moins de trois jours. Au regard du gameplay, la performance n’est pas si impressionnante, mais d’un certain point de vue, le jackpot est d’autant plus grand : la manne financière représentée par de millions de téléchargements quotidiens annoncés par Nguyen n’en est proportionnellement que plus impressionnante. Le développeur n’utilise pas de moyens marketing et, à vrai dire, un système publicitaire discret. On ne peut que s’interroger : que s’est-il passé pour que .GEARS Studios parvienne à remporter un succès aussi retentissant que fulgurant ? Le principal intéressé ne parle que de « chance« … et regrette d’être un peu trop sollicité par la presse.  


Certains, à l’instar d’Elaine Heney, de Chocolate Lab Apps, relève un mécanisme de promotion viral sur la toile. Le jeu reposant sur un mécanisme simpliste, avec des parties extrêmement courtes misant sur la frustration du joueur, les critiques se sont multipliées, se muant en une forme de concours. Qui parviendra à rédiger l’article le plus drôle au sujet de Flappy Bird ? Un moyen comme un autre, pour le jeu, de se faire connaître auprès du grand public.

D’autres semblent un peu moins convaincus de l’honnêteté de Dong Nguyen. De fait, son jeu date de mai 2013, et a subi quelques mises à jour, dont la dernière, pour iOS 6, date de septembre dernier. Or son succès réel est beaucoup plus récent, avec une explosion au mois de janvier 2014, quand le titre a fait son entrée sur le Play Store d’Android. C’est du moins l’hypothèse de Carter Thomas qui, sur BlyeCloudSolutions, constate : « En regardant certaines des top apps sur le store [App Store Apple] de Dong Nguyen, je déteste avoir à dire cela, mais cela ressemble beaucoup à l’activité de bots« . À l’appui, des courbes graphiques montrant l’évolution des téléchargements du jeu et ses pointes, lesquelles montrent une véritable blitzkrieg menée sur le portail d’Apple, six mois après le lancement du jeu en question. Toujours selon l’analyste, certains termes un peu trop fréquemment employés dans les avis d’internautes suggèrent une automatisation des commentaires.

 

Quelques plumes volent sur la toile

Les clés du succès restent incertaines, tout autant que celles du design. Si Flappy Bird plaît autant, c’est pour sa simplicité ludique et visuelle. Avec son style rétro surfant sur la tendance du pixel art, Dong Nguyen a mis toutes les chances de son côté pour faire mouche. Néanmoins, sauf à avoir passé les trente dernières années dans une grotte, tout mobinaute connaît de près ou de loin l’univers de Mario, le plombier moustachu de Nintendo. Les tuyaux verts que vous devez éviter dans Flappy Bird ne vous rappellent-ils rien ? On s’interroge encore sur l’impassibilité du géant du jeu sur le terrain de la propriété intellectuelle.

La mécanique du jeu, du moins à l’échelle française, fait également son petit buzz sur la toile :

Kek, l’éditeur d’un titre flash baptisé Piou Piou contre les cactus, sorti en 2011 sur navigateur, iOS ou Android,  et en 2009 sur Facebook, ne cherche pas querelle à Flappy Bird, mais soulève des similarités troublantes. « Je n’ai rien contre le principe de Flappy Bird, vu que je n’ai pas inventé le principe de Piou Piou, mais c’est juste qu’au niveau des graphismes, c’est quand même assez proche. Un oiseau à grosses lèvres, ce n’est pas courant« , nous a-t-il confié.

Une mécanique de succès résolument floue, des inspirations graphiques tout aussi nébuleuses et un gameplay qui, aux dires de certains joueurs, est capable de détruire des vies sociales entières : de quoi en irriter plus d’un, non ?

Et pour ceux qui préfèreraient tenter de vaincre des cactus :