La firme chinoise Oppo n’est pas une inconnue, mais il est difficile de se procurer ses terminaux. Ils sont pourtant bons, et originaux, à l’image du Oppo N1, pour seul exemple, et de son capteur photo rotatif. Cette année, on a pu découvrir les Find 7a et Find 7 qui possèdent des fiches techniques équivalentes à celles des flagships des constructeurs plus connus. Oppo n’accélère pas pour autant la cadence, et tente plutôt de fédérer des communautés de fans autour de sa marque.

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« Oppo est toujours considéré comme une jeune entreprise hors de l’Asie »

Joint par notre rédaction pour une interview, Adam Mosolygo, le community manager d’Oppo a répondu à nos questions et nous a livré des informations sur la stratégie actuelle de la firme, ses objectifs, et sa manière d’envisager la conquête internationale. Et en effet, Oppo a installé une stratégie assez fédératrice, mais lente, pour s’implanter internationalement. La firme a notamment recruté des ambassadeurs dans de nombreux pays, pour qu’ils s’occupent de faire le lien entre le siège et les consommateurs à travers le monde.

Comment communiquez-vous autour de vos produits ?

Internationalement, nous communiquons surtout par le biais de nos réseaux sociaux, ce qui inclut notamment Facebook, Google +, Twitter et Instagram, juste pour en nommer quelques-uns. Puisque nous ne sommes pas officiellement entrés dans des pays en Europe jusqu’ici, nous avons rarement des annonces dans d’autres médias, comme des magazines, des journaux ou à la TV. OPPO a une stratégie différente pour des marchés internationaux, qui consiste surtout à proposer des produits haut de gamme et novateurs, disponibles à l’achat.

OPPO jouit déjà d’une bonne réputation en Chine, on suppose donc que vous n’avez pas fort à faire pour promouvoir de nouveaux produits, n’est-ce pas ?

Nous avons développé une bonne réputation parmi les « Ofans » internationalement, ce qui n’était pas notre plus grand défi, puisque la qualité de nos appareils parle pour eux. Nous apprécions aussi le recueil des retours d’utilisation, qu’ils soient positifs ou négatifs, de nos fans, qu’il s’agisse de suggestions de fonctionnalités ou de rapports de bogues. Nous prenons régulièrement note de ces commentaires sur le Forum OPPO notamment.

En tant que Community Manager, que faites-vous pour rester en contact avec vos communautés de fans ?

Nous continuons à communiquer par le biais de nos réseaux sociaux, ou organisons régulièrement des cadeaux publicitaires, où quelqu’un dans le monde peut gagner un smartphone OPPO.

Quel est le rôle des ambassadeurs dans tout cela ?

Nos ambassadeurs ont installé les pages fans qu’ils couvrent dans leurs propres langues, pour pouvoir parler à nos « Ofans » dans leur langue maternelle. Ils postent des nouvelles intéressantes de l’industrie mobile, d’OPPO, et partagent aussi quelques posts de notre compte officiel.

Dans quel pays avez-vous des communautés de fans ? Avez-vous des marchés prioritaires ?

C’est seulement cette année nous avons commencé à organiser des événements en Europe et notre tout premier arrêt a eu lieu à Lyon. Nous avons pour projet de continuer à faire ce genre d’événements cette année, mais tout de suite je ne peux pas vous dire quand et où se déroulera le prochain. Nous travaillons ensemble avec nos ambassadeurs, et ils nous aident beaucoup pour trouver un emplacement, inviter les fans, et organiser ces événements.

Actuellement, nous avons environ 20 ambassadeurs dans le monde entier, ce qui inclut la France, l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne, la Turquie, le Moyen-Orient, Hong-Kong, Taïwan et le Japon pour n’en nommer que quelques-uns. Et il y a beaucoup de destinations possibles pour l’avenir.

Le développement de communautés de fan vous aide à conquérir de nouveaux marchés ?

C’est important pour les gens de reconnaître et d’avoir une idée de ce qu’est OPPO, avant même que nous ne mettions officiellement le pied sur un marché. Ces communautés de fans aident certainement à nous faire un peu plus connaitre à l’international. OPPO est toujours considéré comme une jeune entreprise hors de l’Asie et la construction de notre image de marque est, grâce aux communautés, juste une des premières étape vers l’apprentissage de ce que veulent nos clients potentiels quant à l’expérience utilisateur et leurs préférences matérielles.

oppo find 7

Les ambassadeurs à la barre

Lionel Sanchez a entendu parler de Oppo il n’y a pas si longtemps, mais il s’est rapidement passionné pour cette firme, au point d’en devenir l’ambassadeur français. C’est un tweet posté sur le compte twitter officiel d’Oppo qui a déclenché le processus pour Lionel. Les 140 caractères « indiquaient que la firme cherchait des ambassadeurs à travers le monde » explique-t-il. Ni une, ni deux, il envoie un curriculum vitae et une lettre de motivation, et malgré sa jeune histoire dans le monde d’Oppo, c’est lui qui est choisi pour représenter la marque dans l’Hexagone.

A partir de ce moment, l’ambassadeur doit remplir des missions comme « essayer de développer l’image de la marque en France » ou « faire le lien grâce aux forums ou aux pages francophones sur les réseaux sociaux ». A sa petite échelle, Lionel Sanchez fait du community management, et fait aussi office de premier secours pour les utilisateurs qui rencontrent des problèmes. Lionel raconte aussi qu’il « traduit en français l’interface Color OS » de la firme, et expose d’ailleurs certaines « difficultés de traduction résultant des tailles de texte imposées ». On a donc une personne, parfois aidée, pour traduire tout un logiciel du chinois au français, et avec des contraintes imposées. Voilà qui explique mieux les réserves que nous avions émises envers ce logiciel lors de notre précédent test.

Il y a quelques semaines, Lionel Sanchez organisait un événement à Lyon réunissant des fans d’Oppo, ou de simples curieux. Certaines personnalités de la firme ont même fait le déplacement pour y assister, séduit par l’idée. Ils ont ainsi pu échanger avec le public, et présenter leurs produits en toute simplicité. Lionel a lui aussi été séduit par la convivialité de la réunion, où quelques dizaines de personnes se sont rendues pour y découvrir des produits et échanger. « C’était la première initiative de ce type en Europe » se targue-t-il d’ailleurs, et « l’expérience devrait être réitérée l’année prochaine ».

Petits moyens, petite visibilité

Si Oppo a déterminé une stratégie pour s’attaquer pleinement à l’international, la firme et ses représentants se sont bien gardés de nous en parler. On ne peut alors se baser que sur des constatations ou quelques confidences, et il semblerait bien qu’Oppo soit encore frileux à l’idée d’accélérer la cadence.

Mais est-ce que ce genre d’événement, tel que celui organisé à Lyon, peut donner envie à Oppo de passer la deuxième vitesse sur le marché occidental ? Pas forcément explique Lionel à demi-mots : « Oppo semble vouloir conquérir des marchés émergents comme l’Afrique du Nord, plutôt que de fournir beaucoup d’efforts pour grignoter un marché déjà saturé ». Pas question pour autant d’abandonner les marchés européens ou américains. Le rôle des ambassadeurs est justement là, avec l’installation de l’image de marque d’Oppo, et l’implantation pas à pas sur les marchés européens.

Est-ce à dire qu’il n’y a pas de stratégie particulière chez la firme chinoise ? C’est en tout cas la prudence qui est de mise, comme le précise Adam lorsqu’il conclut en nous disant : « Nous préférons y aller lentement et nous assurer que toutes les roues dentées sont dans leur bon logement et fonctionnent bien ensemble ».

Cette prudence a deux visages. On peut la voir comme un manque d’ambition, ou comme une précaution supplémentaire. Un manque d’ambition parce qu’on se souvient de Meizu, qui était arrivé sur le marché en convoquant la presse et en embauchant une agence de communication pour organiser l’évènement, alors qu’Oppo se contente de rendez-vous informels en petit comité (une petite trentaine de personnes). Une précaution, à l’instar d’un autre constructeur chinois, Xiaomi, qui prend également son temps avant de se lancer, ayant pour but de conquérir pays par pays. Il faudra faire les comptes dans quelques années pour voir si l’adage « Prudence est mère de sûreté » se confirme une nouvelle fois. C’est en tout cas une option qui peut s’avérer payante puisqu’on a vu il y a quelques semaines que les ambitions trop hâtives de OnePlus, un jeune premier avec plus d’audace que de capacités, sont finalement sa plus grande faiblesse.