L’arrivée de Netflix sur les terminaux mobiles et ordinateurs hexagonaux a fait couler beaucoup d’encre. Catalogue critiquable, chronologie des médias, craintes émises par les FAI et les chaînes de TV : le service américain n’a pas été épargné. Nous avions testé la VOD par abonnement il y a quelques semaines en nous procurant un abonnement américain. Son homologue hexagonal est-il si honteux que cela ?

Netflix

Netflix se positionne face à des services français de type Canal Play Infinity ou Joox. Et autant se le dire tout de suite : s’il n’est pas parfait, il ne l’est pas moins que des services concurrents. Sa faiblesse tient essentiellement à la chronologie des médias propre à la France. Un film, quel qu’il soit, devra patienter 36 mois avant d’apparaître dans le catalogue de Netflix ou des autres services de SVOD, et c’est un handicap notoire à l’heure où les box Internet hexagonales et le déploiement de la fibre simplifient la tâche à ceux qui souhaitent télécharger ou visionner en streaming des productions encore indisponibles. Et à ce titre, Netflix pourra motiver l’arrêt du téléchargement illégal, mais pas pour tous les contenus. Pensons au cas HBO.

La question des séries

House of Cards, figure de proue aux USA... et grand absent en France.

House of Cards, figure de proue aux USA… et grand absent en France.

  • Pas plus qu’aux USA Netflix France ne propose les contenus HBO

C’est terrible, mais c’est ainsi : HBO fait partie de ces chaînes qui privilégient l’abonnement à leur propre service plutôt que des accords avec des intervenants externes. Il faut donc se réjouir que l’américain ait signé avec Orange Cinema Series un partenariat permettant au Français de diffuser les épisodes de Game of Thrones 24 heures après leur passage à l’antenne de HBO. Et aux USA comme en France, Netflix n’a pas pu trouver d’accord avec la chaîne : adieu à la saga de George R.R. Martin, mais aussi à l’excellent The Wire, à True Blood (ne faites pas semblant de ne pas connaître), ou même aux plus anciens Sex & The City ou Entourage. Il faudra voir ailleurs pour trouver son bonheur.

  • Le cas House of Cards

L’une des séries phares du Netflix américain, c’est sa production maison, House of Cards. Ce programme emporté par Kevin Spacey rencontre un beau succès outre-Atlantique, mais dans l’Hexagone, il faut avouer que son cas est déroutant. Netflix, qui produit cette série, a conclu un partenariat avec Canal+ qui se charge de la diffuser sur sa chaîne. Concurrence oblige, Netflix France doit s’en passer… Pour compenser, il proposera d’ici quelques mois une série cocorico baptisée Marseille, centrée autour d’histoires de corruptions mafieuses dans la cité phocéenne. On aurait envie de dire qu’il aurait pu se trouver pitch plus original, mais nous garderons nos réserves pour nous. Et que l’on se console en constatant que l’intégralité d’Orange is the new black, l’autre série à succès de Netflix, est bien incluse au catalogue français.

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  • Le suspense est de mise

Et pour cause, la fin des séries est souvent absente du catalogue Netflix ! On constatera que seules huit saisons sur neuf de How I met your Mother sont disponibles, laissant ceux qui veulent connaître l’identité de la mère sur leur faim – s’ils sont parvenus à échapper à la vague de spoil qui a suivi sa diffusion au printemps.

  • Des séries françaises… en petit nombre

Les Américains ne risquent pas d’être frustrés par un catalogue Netflix peu adapté à leur pays. En France, la donne est différence, du moins en matière de séries. Grosso modo, on retrouve des séries France Télévision telles que Fais pas ci, fais pas ça, Un Village français ou Les Hommes de l’ombre et pas grand-chose d’autre. Les séries TF1 (Joséphine Ange Gardien), pour ceux qui aiment, sont évidemment exclues de ce catalogue. Quant aux très inventives séries Canal+ (Maison close, Kaboul Kitchen ou Hard), il n’en est pas question. Ô rage.

Les sous-titres

Comme chez Netflix US, et peut-être plus que des concurrents français, Netflix France fait la part belle aux sous-titres. Comprenez qu’ils sont systématiquement présents, bien lisibles (et personnalisables), passant en haut de l’écran au besoin pour ne pas gêner la lisibilité de l’image. Ils ne sont pas décalés : bref, c’est du sans-faute. Il restera aux fins anglicistes un soupçon de frustration, dans la mesure où les sous-titres ne sont jamais proposés dans la langue de Shakespeare. C’est soit rien, soit du français, ce qui ne manquera pas de contrarier ceux qui voient dans la combinaison son anglais + sous-titres anglais le moyen de parfaire leur connaissance de la langue. Ce point est d’autant plus important que la très large majorité du catalogue est anglophone. Mais aux États-Unis, la question ne se pose pas puisque les contenus sont en majorité anglophones.

Netflix sous-titres

Cinéma & chronologie des médias, le point faible

En sortant son service Wuaki.tv dix jours après Netflix, Rakuten rappelle un point essentiel : Netflix n’est pas un service réellement destiné aux cinéphiles, ou du moins pas aux plus pressés d’entre eux. Car en France, il faut aux services de sVOD respecter un délai de 36 mois entre la sortie d’un film en salle et sa disponibilité en streaming. C’est la fameuse chronologie des médias qui n’est pas aussi drastique à l’étranger, et qui contribue à accroître la faiblesse du catalogue Netflix en matière de 7e art. On ne trouvera que très peu de films français, soit méconnus, soit anciens (ce qui n’est pas un mal, ceci dit), dont on fera rapidement le tour. À la décharge de Netflix, cette offre s’enrichit quotidiennement, et l’on peut espérer voir arriver des titres nombreux dans les mois à venir. Mais quand on voit qu’un film tel qu’Intouchables était déjà disponible (et peut-être depuis longtemps) sur le Netflix américain en janvier 2014 alors qu’il n’a pas encore atteint ses 36 mois en France, il faut avouer que cela reste rageant.

En cinéma français, du bon, du beaucoup moins bon... et pire encore.

En cinéma français, du bon, du beaucoup moins bon… et pire encore.

Roulez jeunesse

La section jeunesse de Netflix fait partie des plus riches du service, mais non sans frustration. Comme les fournisseurs de sVOD concurrents, elle comporte de nombreux titres, mais ne pioche dans aucun catalogue avec exhaustivité. Vous retrouverez donc des Disney-Pixar sympathiques (Toy Story, Toy Story 2… mais pas le troisième opus ; Cars et quelques autres) et des Disney dont le choix laisse parfois pantois. Point de Petite Sirène, d’Aladdin, de Roi Lion, mais Bambi 1 et 2 (?!) sont de la partie, tout comme La Belle et le Clochard et le méconnu des plus jeunes Oliver et Compagnie. Tant pis pour les plus gros succès du studio américain, mais les enfants comme leurs parents trouveront de quoi s’occuper. Notez aussi la présence d’une section animation japonaise intéressante, mais relativement maigre, surtout en comparaison des spécialistes du genre déjà présents en France… mais à un tarif nettement plus élevé (Wakanim, notamment).

Netflix jeunesse

L’occasion de re(re-re-re)voir quelques vieux Disney qui n’ont pratiquement pas vieilli…

Tout cela étant dit, le catalogue Netflix français est plein d’imperfections, de manques, et se destine non pas à ceux qui souhaitent visionner des films ou séries en particulier, mais à ceux qui auparavant maniaient la zappette à la TV, et souhaitent se faire surprendre par des contenus à même de leur plaire. Cette curation de contenus, aussi efficace en France qu’aux États-Unis, vient s’ajouter à un catalogue montrant tous les jours qu’il est capable de s’étendre rapidement. Le bilan sera donc certainement à refaire d’ici 6 mois !