Pour le OnePlus 2, le constructeur chinois a prévu d’intégrer un Snapdragon 810. Un SoC Qualcomm haut de gamme qui est au centre de toutes les attentions depuis la fin de l’année dernière. En cause, les mauvaises performances du Snapdragon 810 qui ont fortement déçu. Mais OnePlus promet d’avoir pris toutes les précautions pour maîtriser la bête pour délivrer une puce bien plus puissante que le Snapdragon 801 du OnePlus One. OnePlus se serait-il transformé en magicien pour sauver le Snapdragon 810 (et donc Qualcomm) de sa mauvaise réputation ?

Snapdragon 810

Le premier semestre 2015 est un mauvais semestre pour Qualcomm du point de vue médiatique. Le Snapdragon 810 est disponible depuis le début de l’année dans le LG G Flex 2. Mais dès le mois de décembre, des rumeurs annonçaient un bug qui conduisait à une chauffe excessive du SoC dans certains cas. Les constructeurs et Qualcomm ont nié tour à tour ces rumeurs. On se souvient notamment de LG qui a démenti le problème avant de revenir sur ses propos quelques jours plus tard. Mais en prenant un peu de recul, on se rend compte que le Snapdragon 810 connaît bel et bien des soucis de performances. On a pu le voir à de nombreuses reprises, lors des tests du LG G Flex 2 et du HTC One M9. Toutefois, les constructeurs (à part LG avec son G4 en Snapdragon 808) continuent d’utiliser ce SoC ; on pense notamment à Sony avec son Xperia Z3+ ou encore Xiaomi avec le Mi Note Pro.

Pour ce dernier, le constructeur chinois assure que les performances seront excellentes grâce à un refroidissement adapté, empêchant la surchauffe et permettant de conserver de bonnes performances. Mais Xiaomi n’a pas parlé de performances, uniquement de chauffe. Il est possible qu’un téléphone réduise sa chauffe, au détriment des performances. Pour le successeur du One, OnePlus va plus loin puisque le constructeur annonce des « performances largement supérieures au Snapdragon 801 ». Un pari difficile, lorsque l’on sait que Sony, qui utilise la dernière version du Snapdragon 810 (v2.1) rencontre des soucis de chauffe et conseille à ses utilisateurs d’éteindre le téléphone… OnePlus aurait-il réussi l’impossible ?

Xiaomi Snapdragon 810 heating

 

La difficile tâche du successeur

Avec le OnePlus 2, la filiale d’Oppo joue gros. Le OnePlus One est un smartphone très prisé des power users, grâce à un positionnement tarifaire agressif et des composants qui font de lui un terminal haut de gamme. Les performances sont également excellentes. Le OnePlus 2 doit donc suivre ce chemin, même si l’on sait déjà que le prix sera supérieur à son prédecesseur, puisqu’on parle d’au moins 322 dollars contre moins de 300 dollars pour le OnePlus One. Mais pour les performances, faut-il vraiment s’attendre à un terminal largement plus réactif que celui qu’il remplace ? On peut avoir des doutes puisque pour le moment, aucun smartphone équipé d’un Snapdragon 810 ne parvient à délivrer de bonnes performances. Dans un test du Mi Note Pro qu’on peut trouver sur YouTube, le testeur n’a pas mesuré les performances, mais a monitoré le comportement du Snapdragon 810 dans les jeux et dans les applications gourmandes. La plupart du temps, seuls deux Cortex-A57 étaient actifs et la fréquence du GPU avait du mal à se stabiliser à 600 MHz et jouait au yoyo jusqu’à 300 MHz. Le syndrome d’une puce qui a chaud et qui réduit les tensions donc les fréquences, ce qui conduit à une baisse des performances. Si l’on en croit OnePlus, le souci serait réglé grâce à l’utilisation de gel thermique et de pad graphite pour refroidir la puce ainsi qu’une fréquence de fonctionnement revue à la baisse, passant de 2 GHz à 1,8 GHz.

 

OnePlus en sauveur de Qualcomm

OnePlus, petit poucet des constructeurs chinois, parviendra-t-il à aider Qualcomm, géant américain des SoC mobiles ? L’idée n’est pas si saugrenue que cela, puisque l’on peut imaginer que les deux entreprises travaillent main dans la main afin de donner le meilleur au Snapdragon 810. Mais des entreprises comme Sony ou LG ont largement plus de moyens que OnePlus et on voit mal leur armée d’ingénieurs rester les bras croisés face aux soucis du Snapdragon 810. Il semble donc très peu probable que OnePlus ait réussi à trouver la recette magique que les autres constructeurs n’auraient pas trouvée.

OnePlus n’est pas un spécialiste des puces mobiles et ne dispose pas d’une expertise interne dans ce domaine, comme on peut trouver chez Samsung avec ses puces Exynos ou LG avec les puces Nuclun. La surprise aurait pu venir d’une nouvelle révision du Snapdragon 810, mais comme l’indique clairement OnePlus, c’est la version 2.1 de la puce qui sera utilisée. On aurait aussi pu penser à une réduction de la finesse de gravure afin de faire baisser la consommation. Mais cela n’est pas prévu pour ce SoC. La légère réduction des fréquences et l’utilisation d’un système de refroidissement plus ou moins conventionnel (le gel thermique et les pads graphites ne sont pas une nouveauté dans le secteur) semblent constituer des modifications un peu trop légères pour permettre au Snapdragon 810 de s’exprimer pleinement. L’intégration d’un système de watercooling (comme la solution de Fujitsu) aurait pu, quant à lui, faire la différence.

 

Snapdragon 810, le pari de OnePlus

Le OnePlus 2 semble donc parti pour être un smartphone moins performant que le OnePlus One dans certains cas, et notamment lors de sessions de jeux gourmands un peu longues, supérieures à 5 minutes. On aurait préféré que OnePlus opte pour un Snapdragon 805, bien plus performant que le Snapdragon 810 lorsqu’il est correctement piloté par le governor sous Android. Mais au niveau marketing, la fiche technique aurait été moins alléchante et il aurait été difficile pour Qualcomm d’expliquer le choix réalisé par OnePlus. Toutefois, lorsque la sortie d’un produit frôle le raté industriel, le consommateur préfère le repli vers une technologie éprouvée et performante qu’une nouvelle technologie en demi-teinte. Par-dessus tout, il préfère la transparence aux mensonges et à la langue de bois. Malheureusement, à trop vouloir sauver son Snapdragon 810, Qualcomm n’a pas renvoyé une bonne image auprès des consommateurs.

Il semble maintenant difficile pour OnePlus de faire oublier cet épisode et la jeune marque sera attendue au tournant avec son OnePlus 2. Si celui-ci ne place pas la barre plus haut que son successeur, c’est la viabilité même de l’entreprise qui risque de s’effriter. En revanche, si OnePlus arrive à faire oublier un premier semestre délicat pour le Snapdragon 810, son image en sortira renforcée. Un pari hautement risqué.