Facebook et Google ont réagi, Microsoft également, Apple, Uber et Amazon aussi. Il faut dire que la Silicon Valley est une nation d’immigrants, alors quand Trump choisit de fermer l’immigration aux migrants musulmans de plusieurs pays, cela dérange. Beaucoup. Plus de la moitié des startups technologiques américaines d’une valeur de 1 milliard de dollars ou plus ont au moins un fondateur immigrant, selon une analyse publiée l’année dernière. Les acteurs de la Silicon Valley ont raison de réagir — quitter à dépolitiser le débat politique.

Le père biologique de Steve Jobs, Abdulfattah « John » Jandali, est syrien

Personne ne s’y attendait, et personne n’a été préparé pour, et pourtant, Donald J. Trump est maintenant le quarante cinquième président des États-Unis. Bien qu’il puisse sembler que nous, qui ne vivons pas aux États-Unis, n’ayons rien à craindre de Trump, les choses ne sont pas si simples. Trump est désormais le président de la nation la plus puissante au monde, et tout le monde devrait le craindre, y compris les amateurs de nouvelles technologies (comme nous).

« Apple n’existerait pas sans l’immigration »

Tim Cook vient d’envoyer un courrier à ses équipes, dans lequel il insiste sur l’importance que revêt l’immigration à ses yeux, pour Apple comme pour l’Amérique. Il ne revient pas sur les origines syriennes de Steve Jobs, mais comme pour Google, plusieurs employés d’Apple sont concernés par ce décret. Ces derniers ne peuvent plus rentrer aux Etats-Unis, ni en sortir. Vous pourrez trouver la totalité de la lettre de Tim Cook en anglais sur MacG et elle se termine par une citation de Martin Luther King : « Nous sommes peut-être arrivés sur des navires différents, mais nous sommes désormais réunis sur le même ». Après des manifestations à l’aéroport JFK de New-York City aux Etats-Unis, des milliers de personnes ne peuvent plus embarquer vers le pays. Air France, parmi d’autres compagnies qui appliquent le décret, affiche les noms des ressortissants des pays qui figurent sur la liste noire de Trump sur les écrans aux portes d’embarquement.

Sans l’immigration, la Silicon Valley n’existerait pas

Selon Bloomberg, près de deux tiers des salariés en informatique et mathématiques en Silicon Valley sont des immigrants. 61 % des ingénieurs. Il semble évident que sans l’immigration, la Silicon Valley n’existerait pas. C’est ce qui a poussé la Silicon Valley à soutenir et étendre le programme de visa H-1B – un programme qui permet aux travailleurs immigrants de rester aux États-Unis pour obtenir une green card.  C’est simple, les Etats-Unis ont besoin de plus de 30 000 ingénieurs par an, mais seulement 9 000 ingénieurs sortent des écoles et universités américaines.

Reed Hasting, le fondateur de Netflix, est de son côté prêt à s’opposer fermement à Donald Trump : « Il est temps de se serrer les coudes pour protéger les valeurs américaines de liberté et d’opportunités ». Comme la majorité des patrons, à l’image d’Elon Musk, Satya Nadella, Sundar Pichai, Sergei Brin ou encore Mark Zuckerberg, qui sont tous des immigrants ou fils d’immigrants.

La Californie est le laboratoire de « l’Amérique de demain »

3 des 5 plus grandes entreprises au monde sont des entreprises de la Silicon Valley. Plus globalement, si la Californie était un pays, elle disposerait à elle seule de la sixième économie mondiale. La Californie n’est pas un État banal. La Californie est un mythe. Aboutissement de la conquête du continent et de la ruée vers l’Ouest, la Californie est aujourd’hui une porte ouverte de l’immigration en provenance d’Asie et d’Amérique latine, de l’Europe et de l’Afrique.

C’est un État tourné vers l’innovation technologique et vers les utopies de tous ordres, creuset de la liberté d’expression et de la contestation du modèle américain, sorte de lieu refuge pour celles et ceux dont les modes de vie se situent volontiers en-dehors de la mainstream America. C’est en quelques sortes le laboratoire de l’Amérique de demain. Un État à l’origine de nombreuses transformations du monde, en matière de mode, d’innovation esthétique, culturelle, artistique et sociétale. A l’image de la technologie appliquée à la vie quotidienne, comme le sont les smartphones d’aujourd’hui et l’intelligence artificielle de demain.

Se laisser entraîner dans le courant numérique

Le débat politique n’est plus réservé aux politiciens : tous les géants du numérique n’hésitent plus à aborder publiquement des problématiques politiques. C’est désormais une question vitale. Des millions de personnes vivent dans la peur de ce qui arrivera ces prochains mois. À une époque où le racisme, le sectarisme et les difficultés économiques conduisent notre politique, les dirigeants du secteur de la technologie prennent position. Que ce soit au niveau de leur idéologie, de leurs militants-salariés, de leurs utilisateurs-sympathisants, nous pouvons nous interroger face aux capacités de ces géants de s’emparer d’une cause qui concerne l’ensemble des citoyens de la planète. Et pourquoi pas, “evolving the way the world moves”, se laisser entraîner dans le courant numérique formé par ces nouveaux acteurs.

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