Google a racheté une partie des équipes de HTC pour muscler sa division matérielle. L’histoire se répète-t-elle ? Revenons sur l’aventure mouvementée de Google et de Motorola !

À chaque fois que l’on évoque le rachat de HTC, qui n’est donc plus une acquisition intégrale, ou de tout autre fabricant de matériel, par Google, la même réponse revient : « oui, mais regardez ce qui est arrivé avec Motorola ». Eh bien regardons, justement, ce qui s’est passé entre 2011 et 2014, et au-delà, entre Google et le pionnier de la mobilité.

Pour une (grosse) poignée de brevets

Le 15 août 2011, Google annonce le rachat de Motorola Mobility, pour 12,5 milliards de dollars. Motorola Mobility est la moitié du géant américain scindé en deux au début de l’année, et réunit toutes les activités grand public de Motorola : la production de téléphones portables, mais aussi de décodeurs, de modems pour le câble, et d’accessoires tels que des oreillettes Bluetooth. Mais surtout, Motorola Mobility, c’est un important portefeuille de brevets, à une époque où Google a grand besoin de renforcer sa propriété intellectuelle. Rappelons que l’on est encore à l’époque de la « guerre thermonucléaire » engagée par Apple contre Android, et notamment contre Samsung.

Motorola

Google, à l’époque, ne produit aucun appareil. La firme de Mountain View a déjà commercialisé le Nexus 1, conçu par HTC, le Nexus S, made in Samsung, et s’apprête à lancer le Galaxy Nexus, également construit par le coréen. Samsung, malgré ses déboires avec Apple, commence à s’imposer comme le géant d’Android, après le succès des Galaxy S, puis du S II (eh oui, à l’époque c’est Samsung qui aimait les chiffres romains).

Moto X : gamme simplifiée et made in USA

Contrairement à ce qu’on aurait pu penser, Google ne « digère » pas Motorola dans ses activités, et n’intègre pas non plus le constructeur à son programme Nexus qui va continuer avec ses partenaires d’alors : Samsung, Asus, et LG. En fait, il faudra même attendre la revente de Motorola à Lenovo pour qu’un Nexus signé Moto voie le jour, mais ne sautons pas les étapes.

En fait, Google laisse Motorola opérer de manière relativement indépendante, et n’imprime vraiment sa marque qu’à partir de 2013, et la sortie du Moto X, qui suit une volonté, de la part de Larry Page, d’innover sur le long terme, et de privilégier la qualité à la quantité. Le Moto X est la première pierre d’une gamme resserrée, dont il est le haut de gamme. Fabriqué aux États-Unis et entièrement personnalisable à l’achat, le Moto X intègre en exclusivité une fonctionnalité de commande vocale, disponible même quand le téléphone est en veille. Deux smartphones d’entrée de gamme suivent : le Moto G, et le Moto E, chacun fidèle à la promesse du constructeur : proposer un Android dénué de personnalisations et des mises à jour système rapides.

La stratégie ambitieuse, notamment en matière de production locale, n’est pas entièrement couronnée de succès : le Moto X coûte cher, et l’usine est fermée en mai 2014, quelques semaines après que Google ait annoncé la revente de Motorola Mobility à Lenovo. Malgré les ventes décevantes du Moto X, le Moto G, abordable et pas inintéressant pour son prix, est un succès dans les marchés émergeants. Avant de passer la main au géant chinois, Motorola et Google collaborent également sur la fameuse Moto 360, figure de proue de l’OS Android Wear.

Une revente planifiée de longue date ?

Alors pourquoi Google se sépare-t-il de Motorola Mobility ? Une théorie, exposée notamment par Forbes, explique que c’était son intention dès le départ, et que la montée en puissance de Google avec le Moto X était une sorte d’arme de dissuasion envers Samsung, qui commençait à devenir trop important, et prendre trop de libertés avec Android, imposant ses propres applications, et flirtant même avec l’idée de sortir des smartphones sous Tizen, son propre système d’exploitation.

A y regarder de plus près, Google n’a cessé d’émietter petit à petit son achat. L’activité décodeurs et modems a été soldée en 2012, et 4 000 emplois ont été supprimés, principalement à l’étranger. Selon Forbes, Google négociait simultanément avec Lenovo, tandis qu’il s’arrangeait avec Samsung, obtenant du coréen une plus grande fidélité aux apps et services Google. Leur restait au final des brevets, un laboratoire de R&D (ATAP), et du cash, alors que Lenovo s’était engagé à reprendre une partie des dettes de Motorola lors de l’acquisition.

Epilogue : l’histoire se répète… Ou pas !

Si telle était la stratégie de Google, il est difficile de faire le parallèle avec ce qui motive la firme de Mountain View à acquérir une partie des équipes de HTC aujourd’hui. Il y a visiblement de la part de Google une vraie ambition de construire une ligne de produits « Made by Google », qui n’existait pas au moment du rachat de Motorola. Et finalement, le Motorola qu’a façonné Google perdure tant bien que mal chez Lenovo. La gamme s’est certes diluée avec de nombreux modèles par catégorie, et les promesses de mises à jour Android ont pris un peu de plomb dans l’aile, mais on peut dire que Motorola reste assez fidèle à son positionnement.

La boucle, d’ailleurs, est bouclée quelque part : Rick Osterloh, directeur de Motorola Mobility sous l’ère Google, est rentré au bercail pour diriger la division matérielle déjà responsable des Pixel, et Lenovo vient d’annoncer une version Android One de son Moto X4, qui rejoindra même l’offre Project Fi, l’opérateur virtuel du grand G.