Huawei s’apprête à dévoiler le Mate 10, et articule sa communication sur le fait qu’il ne s’agit pas d’un smartphone. Discours marketing délirant ? Une vérité se cache peut-être derrière…

Ceci n’est (apparemment) pas un smartphone

Les smartphones, c’est les autres

« Ceci n’est pas un smartphone ». Ce n’est pas du Magritte, c’est du Huawei, et c’est en ces termes que le constructeur chinois décrit son futur Mate 10, qui sera dévoilé le 16 octobre. On peut trouver la formule et le procédé un peu éculés. Je me souviens par exemple des premiers Blu-Ray qui portaient l’indication « Au-delà de la haute définition ». Ils étaient déjà en UHD alors ? Non, c’est juste que ça marche toujours, de définir un produit en le positionnant à part. Les smartphones, c’est les autres.

Néanmoins, à bien y réfléchir, il y a du vrai dans l’affirmation de Huawei. Pas concernant le Mate 10 lui-même. Mais au-delà du discours marketing, on peut tirer une question : qu’est-ce qui nous pousse encore à appeler les produits que l’on manipule aujourd’hui des « smartphones » ?

Du smartphone au superphone…

Le terme n’a pas changé depuis le début des années 2000. Mais l’appareil, lui, a complètement été réinventé, à plusieurs reprises, et n’a pour ainsi dire plus grand-chose à voir avec ce qu’était un smartphone en 2003, c’est-à-dire un téléphone portable, même pas forcément tactile, et doté de fonctions intelligentes : agenda, navigateur web, client mail… Mon premier smartphone était un Orange SPV E200, construit par HTC. La navigation passait encore intégralement par les touches physiques et, aussi évoluées soient-elles, les applications semblaient avoir été conçues autour de l’usage de téléphonie « classique ».

Ceci était (si, si!) un smartphone

Depuis l’iPhone et les premiers Android, l’équation s’est renversée. Ce que l’on appelle aujourd’hui « smartphone » est en réalité un ordinateur de poche, dont une des applications s’intitule « téléphone ». Et la volonté de se distancier du terme n’est pas nouvelle. Google s’y est déjà essayé à la sortie du Nexus One (toujours signé HTC). À l’époque, la firme de Mountain View souhaitait que l’on parle du premier Nexus comme d’un « superphone » en vantant l’interconnexion du smartphone et des services web et ses caractéristiques techniques évoluées, et oui, en 2010, on avançait l’intégration d’un écran AMOLED de 3,7 pouces comme tel !

Ceci était un Superphone. Rien que ça.

Il y aura évidemment des gens pour répondre que oui, ils se servent principalement de leur smartphone pour téléphoner et que s’ils pouvaient encore démarrer leur Nokia 3310, ils le feraient. À tel point que HMD, qui exploite la marque Nokia, a ressorti un 3310. Moi je vous parle de mon petit et humble avis : cela fait des années que je n’achète plus de smartphone pour téléphoner.

Ceci est un smartphone. Ou une phablette.

Ce changement a même fini par influencer mes choix de terminal de manière assez radicale. Les modèles que je trouvais énormes il y a 5 ans sont devenus mon minimum acceptable. Pourquoi ? Parce que je me suis débarrassé de l’idée que le critère principal de choix était qu’il puisse être utilisé à une main pour passer des appels. Qu’est ce que je fais aujourd’hui avec mon ordinateur de poche ? Je navigue, je lis, je regarde des vidéos, je prends des photos, énormément de photos, et je joue. Je communique presque exclusivement par écrit. Je téléphone de temps en temps et, vu le peu d’importance qu’a cet usage, tenir une planche de surf à l’oreille ne me dérange pas plus que ça. D’autant plus qu’à l’exception de l’iPhone, les smartphones de 5,5 pouces ne ressemblent plus à des planches de surf.

Ou du téléphone intelligent à l’intelligence qui téléphone

La multitude d’usages, de services connectés, de fonctionnalités rendues possibles par ce (plus ou moins) petit rectangle rend aujourd’hui l’usage de téléphonie de plus en plus marginal. L’importance grandissante de l’intelligence artificielle, couplée à des puces dédiées comme celle de Huawei ou du futur iPhone X, les API facilitant l’usage de la réalité augmentée, tout cela contribue à couper progressivement le lien de filiation avec le téléphone, dont le seul témoin sera bientôt l’icône en forme de combiné.

Alors, pourquoi continuer à utiliser ce terme de « smartphone » ? Eh bien tout simplement parce qu’à vrai dire, on a sans doute mieux à faire que de trouver un autre mot. En attendant d’avoir un éclair de génie, on continuera donc vraisemblablement à appeler « smartphone » ces petits appareils mobiles que l’on utilise occasionnellement pour téléphoner. Même le Huawei Mate 10.