Le Huawei Mate 10 Pro serait compatible avec un stylet optionnel, suivant les traces du Samsung Galaxy Note 8. Pourquoi si tard, et pourquoi tout court ? Six ans après la sortie du premier Galaxy Note, la question de l’utilité de ce petit accessoire sur un smartphone se pose toujours.

 

Personne ne veut d’un stylet

« Si vous voyez un stylet, ils se sont plantés ». On connaît évidemment la petite phrase prononcée par Steve Jobs. Il faut en rappeler le contexte que l’on vient à oublier et confondre avec le lancement du premier iPhone : une session de Q&A après la présentation de iOS 4, au printemps 2010, en présence de Scott Forstall et Jobs. Elle faisait partie d’une réponse qui concernait en fait la gestion du multitâche dans iOS.

Q : Comment fait-on pour fermer une application en faisant du multitâche ?
Scott Forstall : Vous n’avez pas à le faire. L’utilisateur effectue des tâches et n’a jamais à se soucier de ce problème.
Steve Jobs : Comme on l’a dit à propos de l’iPad, si vous voyez un stylet, ils se sont plantés. Là c’est pareil : si vous voyez un gestionnaire de tâches, ils se sont plantés. Les utilisateurs ne devraient pas avoir à penser à ça.

5 ans plus tard, en 2015, Apple lançait un iPad Pro équipé d’un stylet. Optionnel, certes. Que la firme de Cupertino préférait appeler « crayon », certes ; c’est plus artistique, dans un pot minimaliste au bord de la table de design. Jobs se serait-il retourné dans sa tombe ? On ne saura jamais. Et ne me demandez pas de vous parler du système de rechargement de l’Apple Pencil. On est vendredi, mais quand même.

« Qui veut d’un stylet ? Il faut le sortir, le ranger, vous risquez de le perdre… BEURK ! Personne ne veut d’un stylet ! » (Steve Jobs, 2007)

Galaxy Note : les gens voulaient d’un stylet… ou pas

Un fameux concurrent d’Apple, lui, avait misé beaucoup plus tôt sur le stylet, et on ne peut pas franchement dire qu’il s’était planté. En 2011, Samsung commercialisait le premier Galaxy Note, un smartphone qui tranchait assez nettement avec le reste du marché pour deux raisons : son écran gigantesque pour 2011 (pensez donc, 5,3 pouces !) et la présence d’un stylet. Le stylet que l’on extrait du téléphone. Comme sur les Pocket PC. Comme sur les Palm. Comme sur la Nintendo DS. Même les claviers physiques rétractables, en 2011, étaient encore plus tendance qu’un stylet.

Il est indéniable aujourd’hui que le Galaxy Note a été un franc succès, et qu’il a influencé tout un changement de l’industrie de la mobilité vers des écrans de plus en plus grands, ce qu’on appelait « phablettes » à l’époque. Il n’y a qu’une chose, en fait, qu’il n’a pas généralisée. L’usage d’un stylet sur un smartphone.

Je sais que le sujet est délicat, que des dizaines d’utilisateurs vont me dire « mais si, moi je l’utilise tout le temps ». Je ne dis pas le contraire : on peut tout à fait avoir l’usage du stylet sur un Galaxy Note, pour… prendre des notes, pour dessiner, pour griffonner des maquettes ou des plans. Simplement, est-ce vraiment la raison de son succès ? Même Samsung en doutait quand ils décidaient de ne pas lancer le Galaxy Note 5 en Europe, citant comme justification l’existence du Galaxy S6 Edge+ et des statistiques de recours au S Pen trop basses sur ce territoire.

Finalement, la gamme « très grande taille » a été unifiée à nouveau avec le Galaxy Note 7, et malgré… « cet incident », un Note 8 a même vu le jour. Il n’empêche que presque aucun constructeur n’a suivi le mouvement, même souvent ceux qui appellent également leur smartphone grande taille « Note ».

LG a bien tenté avec ses Stylus et Stylus 2, dont on ne garde pas un souvenir impérissable. On prête désormais cette intention à Huawei pour son Mate 10 Pro, et après tout, le MateBook proposait bien sa version du Surface Pen. De là à fournir un stylet dont l’usage sera de toute façon plus limité que sous Windows 10… Possible, là encore. Souhaitable ? Franchement, le Mate 10 Pro semble avoir de nombreux arguments, notamment sa batterie généreuse, en sa faveur sans avoir besoin de ça.

 

Occasionnellement utile ou simplement encombrant ?

Reste que la citation de Jobs, si elle s’appliquait à l’iPad, était peut-être justement erronée sur ce point précis. Sur une tablette, un ordinateur hybride comme Surface Pro ou le récent Pixelbook, ou un PC destiné aux créatifs comme le Surface Studio, le stylet, ou plutôt le stylo, a un sens. Les Surface Pen, Apple Pencil et autres Pixelbook Pen offrent de vraies possibilités pour les illustrateurs, sur un écran dont la taille bénéficie à cet accessoire, surtout sous Windows où on peut les utiliser avec des applications telles que Adobe Illustrator. Les avancées technologiques sur la précision et la réactivité de ces stylos numériques sont spectaculaires : gestion de l’inclinaison, possibilité de réaliser des crayonnés réalistes…

Sur l’écran d’un smartphone, il semble en revanche difficile de le faire évoluer au-delà de ce qui est déjà permis, avec les contraintes ergonomiques que cela entraîne. Les usages, en dehors du dessin, sont certes originaux parfois (affichage d’infos au survol, menus contextuels…), mais jamais indispensables, puisqu’Android reste, à la base, un OS conçu pour l’interaction au doigt. Le stylet reste donc au mieux un bonus sympathique dont pourra avoir occasionnellement l’usage, notamment quand on aime dessiner, au pire une pièce mouvante qui reste dans son logement, occupant un espace qui aurait pu accueillir d’autres composants. Qui veut d’un stylet ? Peut-être juste assez de gens pour que Samsung ait un intérêt à en glisser un dans son Note.