Le Razer Phone se présente comme un smartphone pour les gamers. Mais l’est-il plus que n’importe quel autre haut de gamme sous Android ? En fait, c’est plutôt les utilisateurs exigeants en général qu’il pourrait séduire au final…

Smartphones pour gamers : un simple gadget marketing ?

Le smartphone ou la tablette Android destiné(e) à flatter les gamers, ça n’est pas la première fois qu’on nous fait le coup. En fait en parcourant l’histoire de l’OS de Google, on trouve de multiples tentatives en la matière, plus ou moins abouties, et plus ou moins réussies. Certains ont carrément tenté la fusion du mobile et de la console. Le Sony Xperia Play revient évidemment en mémoire. Son design à gamepad coulissant, inspiré de la PSP Go aurait pu être le chainon manquant entre la Playstation et l’activité mobile de Sony Ericsson, avant même que ce dernier ne disparaisse complètement.

Le Razer Phone ne se situe pas du tout dans cette lignée, à laquelle on pourrait également rapprocher des choses plus hasardeuses telles que la tablette Archos Gamepad ou la Nvidia Shield. Là, il s’agit d’un smartphone haut de gamme visant le public des joueurs exigeants, mais ne proposant rien de particulier, pas même un accessoire tel que le Moto Gamepad. Et en dehors d’une fiche technique et de l’argument marketing d’un écran 120 Hz dans la lignée des derniers iPad Pro, il n’a vraiment rien de plus « gamer » que n’importe quel flagship Android équipé d’un processeur Qualcomm Snapdragon 835 comme le OnePlus 5.

Android n’est pas la plateforme de jeu idéale

Mais finalement, est-ce un mal ? Car malgré toute la bonne volonté des initiatives précitées, elles se sont toujours heurtées à une réalité implacable : Android n’est pas une plateforme pour les « gamers ». Ce n’est même pas l’OS mobile le plus prisé par les développeurs de jeux : iOS reste encore assez souvent prioritaire pour les éditeurs soucieux de gagner de l’argent. Super Mario Run, Monument Valley 1 et 2 ou Alto’s Adventure ont tous vu le jour sur iOS avant d’être portés sur Android.

Il n’est pas rare pour un studio de devoir passer un jeu en version gratuite avec de la publicité sur Android, faute de marché pour vendre des jeux payants. Loin de moi l’idée de dire qu’il n’y a pas de bons jeux sur Android : il y en a de très nombreux. Néanmoins, le meilleur argument en faveur de la gamme Shield, pour les joueurs « traditionnels » reste encore le streaming de jeux PC.

Shield : comment NVIDIA a séduit au delà des joueurs

En revanche, Razer ou Nvidia ont la bonne idée de penser que les gamers sont avant tout des utilisateurs exigeants, qui aiment les produits bien faits, performants, et qui ne se mettent pas dans leur chemin. Les différentes incarnations de la Shield Tablet de Nvidia figuraient ainsi parmi les meilleures tablettes Android pour qui souhaite un OS épuré et des mises à jour réactives (même si, malheureusement, la gamme est aujourd’hui éteinte). La Shield TV reste à ce jour LA box Android TV au-delà du public des joueurs PC souhaitant streamer leurs jeux dans leur salon, et on peut même désormais acheter une version sans manette.

La Nvidia Shield TV est désormais proposée sans manette de jeu, pour ceux qui ne jouent pas

Le Razer Phone se situe dans la même lignée. Issu du rachat de Nextbit, c’est visiblement un modèle de sobriété, un soulagement quand on pense aux horreurs au look d’accessoire de film de science-fiction que l’évocation des mots « smartphone » et « gamer » pourraient évoquer. Souvenez-vous, avec effroi, de la tablette Acer Predator 8. Rien de tout ça ici heureusement.

Rien que de l’épure à la Sony, de belles performances et une expérience Android « stock » même si elle n’est pas à jour. C’est d’ailleurs sur ce point qu’on attendra Razer : si son suivi s’approche de celui de Nvidia pour ses tablettes, ça pourrait être un critère de choix supplémentaire. L’intégration de Nova Launcher Prime est un pas dans la bonne direction. Si le Razer Phone ne déçoit pas sur la durée, il pourrait bien être l’équivalent des portables Razer Blade de la marque : un modèle capable d’attirer les utilisateurs exigeants et gamer, sans faire fuir ceux qui ne jouent pas.