L’écran d’accueil est-il arrivé au bout de ses possibilités ? La sortie récente de l’iPhone X et des contorsions nécessaires pour afficher certains écrans repose la question.


Des gestes de moins en moins accessibles

Combien de panneaux et d’écrans modaux peut-on afficher avec des gestes depuis les bords de l’écran peut-on ajouter avant que cela devienne indigeste ? Il semble que iOS soit arrivé à la limite avec l’iPhone X. Dépourvu d’un bouton de retour à l’accueil, il nécessite un balayage depuis le bas de l’écran pour revenir sur le « springboard », ou un geste vertical suivi d’une légère pause pour afficher les vignettes du multitâche. Problème : le bas de l’écran est déjà occupé, sur iOS, par un geste, celui qui affiche le centre de contrôle qui rassemble les raccourcis de désactivation du Wi-Fi, Bluetooth etc (enfin de « désactivation » depuis iOS 11), et les contrôles de luminosité ou de lecture audio.

Du coup, ce centre de contrôle se voit relégué à un emplacement complètement absurde, que même les plus fervents défenseurs de l’iPhone X peinent à justifier : un balayage depuis le coin supérieur droit de l’écran. Soit depuis un emplacement devenu difficilement accessible à une main depuis l’arrivée des écrans sans bord.

Il est intéressant de voir toutes les propositions alternatives qui émergent sur les réseaux sociaux, et qui témoignent surtout d’un malaise général : on aura beau essayer de réorganiser tous ces écrans dans un casse-tête de gestes, on s’aperçoit surtout que l’on est arrivé au bout du modèle et qu’une refonte plus en profondeur va être nécessaire. Elle est urgente pour iOS, et déjà partiellement entreprise par Android.

Dans un cas comme dans l’autre, on reste aujourd’hui sur des évolutions de systèmes qui ont vu le jour il y au moins 8 ans. Même si les interfaces ont pas mal bougé visuellement, leur principe de fonctionnement reste similaire. Il y a une autre chose qui a bougé entretemps, justement : les tailles d’écran, et maintenant leur ratio.

Les bords de l’écran ont longtemps été la solution de facilité. Plus de place sur l’écran d’accueil et trop compliqué de réinventer ce dernier ? Ajoutons des écrans accessibles depuis les bords. Ou, pour peu que le smartphone intègre un bouton physique, les doubles clics ou appuis prolongés, ou comment transformer l’interface d’un smartphone en Konami code.

Repenser l’écran d’accueil

On voit bien, néanmoins, à quel point cela devient compliqué aujourd’hui. Et plutôt que d’ajouter des panneaux coulissants ou des écrans cachés derrière des gestes, pourquoi ne repenserait-on pas plutôt directement l’écran d’accueil, pour en faire autre chose qu’un lanceur d’applications ? C’est évidemment une question que les utilisateurs d’Android ne se posent qu’à moitié : les widgets ont toujours fait partie du système, et les écrans d’accueil, indépendants du tiroir regroupant toutes les apps, sont beaucoup plus personnalisables. On est, cependant, en 2017, et il y a peut-être mieux à faire que le patchwork hétérogène des widgets pour arriver à un écran plus productif.

Microsoft avait ouvert une brêche avec les tuiles dynamiques faisant à la fois office d’icône de lancement et de widget pouvant afficher des informations. L’approche originale n’a pas suffi à faire de Windows Phone un succès mais elle est toujours utilisée au sein du menu Démarrer de Windows 10 et franchement, il m’arrive toujours d’y jeter un œil et d’y trouver une information utile.

Le designer Jay Machalani avait imaginé un prototype similaire pour iOS 8 ou n’importe quelle application pouvait se transformer en widget prenant la place de 4 icônes, permettant une bien meilleure personnalisation, tout en gardant le côté « clean » et homogène de l’interface.

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C’était une excellente idée, permettant même de placer des contrôles sur les vignettes, comme les boutons de lecture dans l’app Musique. Trois ans après, c’est un prototype toujours intéressant à visionner, dont on aimerait que les constructeurs s’inspirent un peu plus, d’autant plus que les technologies d’écran sensible à la pression permettent désormais de se passer du geste de pincement décrit dans la vidéo.

Les éléments importants à portée de pouce

L’autre défi est peut-être de revoir la disposition des éléments, tout simplement, pour tenir compte de l’évolution des tailles et ratios d’écran. Google l’a déjà compris, et place de plus en plus d’éléments au bas de l’écran plutôt qu’au sommet. C’était déjà le cas des boutons de Material Design.

Sur la dernière version de son Pixel Launcher sur les Pixel 2 et Pixel 2 XL, le champ de recherche a également été abaissé pour le rendre immédiatement accessible. Tous les modèles d’interface ne sont pas obsolètes. Si on utilise encore aujourd’hui un clavier et une souris, il y a une raison. Néanmoins, rajouter des rustines par-dessus des interactions pensées pour des écrans statiques et de beaucoup plus petite taille n’a plus de sens.

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