Samsung, Apple et Huawei créent leurs propres processeurs, une tendance qui s’accentue chez d’autres fabricants de matériel et/ou de logiciels comme Google. Indépendance vis-à-vis de fournisseurs, optimisation des performances et de l’autonomie améliorées, les avantages sont nombreux.


Créer son propre hardware

Il est une phrase que l’on aime répéter, c’est la maxime de l’informaticien américain Alan Kay : « les gens qui prennent le logiciel au sérieux devraient créer leur propre matériel ». Souvent citée par les fans d’Apple, et en réalité par Steve Jobs lui-même,  elle ne date pas d’hier, puisqu’elle a été prononcée en 1982. Et il est intéressant de constater qu’elle n’a jamais été aussi vraie qu’en 2017, à une époque où Google investit lourdement dans sa division matérielle et où les trois plus gros vendeurs de smartphones au monde, Samsung, Apple et Huawei, utilisent tous leurs propres processeurs à travers leur gamme.

Des trois, Apple est évidemment celui qui pousse la réflexion le plus loin. D’année en année, l’iPhone gagne en indépendance. Apple a intégré depuis longtemps la conception de ses propres puces : en 2010, le SoC A4 animait le premier iPad et l’iPhone 4. À travers une série d’acquisitions intégrant notamment le fabricant de capteurs d’empreintes digitales Authentec ou PrimeSense, créateur de la technologie du Kinect de Microsoft, la firme de Tim Cook a coupé certains liens vis-à-vis de fournisseurs externes, phénomène qui continue à s’accroître. L’an dernier, Apple a mis fin à sa collaboration avec Imagination Technologies pour le GPU de ses appareils iOS. On lui prête désormais l’intention de se débarrasser de Dialog, qui fournit ses puces de gestion de l’énergie.

Huawei et Samsung sont dans une situation différente, par le simple fait qu’ils ne maîtrisent pas totalement la partie logicielle. Ils peuvent malgré tout être indépendants d’un Qualcomm et contrôler leur propre processeur, et donc leurs propres pilotes.

Indépendance et optimisation

Car quel est l’intérêt pour un fabricant de développer ses composants ? Il y a déjà une question de liberté d’action. Dépendre de la feuille de route d’un fournisseur, c’est lier la réussite de ses produits à la capacité d’innovation de ce dernier, ou à ses déboires. Si Apple en est arrivé à la décision d’internaliser le design des SoC pour l’iPhone et l’iPad, la fin catastrophique de l’expérience PowerPC sur le Mac n’y est sans doute pas pour rien.

Mais pour nous, les utilisateurs, il y a surtout un bénéfice certain en optimisation. Plus le constructeur maîtrise d’éléments de la chaîne, mieux il peut les faire fonctionner en harmonie. Cela ouvre des opportunités de gains en performance comme en autonomie, et peut aussi être la clé d’une meilleure prise en charge matérielle au fil des ans. Combien de smartphones ont vu leurs mises à jour s’arrêter prématurément à cause d’un pilote qui n’était plus maintenu par le fournisseur du composant ?

Google lui-même semble intéressé par cette possibilité et a même commencé à la mettre en œuvre, en tous cas à placer une première pièce du puzzle. Même si elle n’est pas encore utilisée, une puce maison, le Pixel Visual Core, est cachée dans les entrailles des Google Pixel 2 et Pixel 2 XL. Avec Android 8.1, elle sera mise à contribution pour accélérer notamment le mode HDR+ des smartphones, et quand on sait à quel point Google recourt au « machine learning » pour les traitements logiciels de ses images (pour émuler l’effet bokeh sans double capteur, par exemple), ce Pixel Visual Core pourrait être un atout sérieux pour ce qui est un des meilleurs appareils photo sous Android. Un avantage potentiellement décisif, là encore, pour l’utilisateur : qui ne veut pas de meilleures photos ? Huawei semble également s’investir plus généralement dans les opérations de machine learning avec la puce Kirin 970 et son unité dédiée à l’intelligence artificielle, déjà présent dans le Huawei Mate 10 Pro.


Qualcomm et Sony : les prochains sur la sellette ?

À terme, le risque existe surtout pour les fournisseurs tels que Qualcomm ou Sony. La firme japonaise a sans doute encore de la marge. On ne voit notamment pas Apple développer de sitôt ses propres capteurs photo. Qualcomm, en revanche, est peut-être plus exposé. Le créateur des puces Snapdragon semble néanmoins garder un œil sur la porte de sortie, et voit des débouchés pour ses SoC dans les premiers ordinateurs portables exécutant Windows 10 ARM. Et c’est Intel, du coup, qui peut se faire du souci et s’accrocher à sa chaise.