Le CES 2018 ouvre ses portes et on parle de quoi ? D’un PDA ! Le Gemini est un appareil Android aux airs de Psion ou Nokia Communicator. La tendance de l’année ? Certainement pas. Mais on peut tout de même se demander pourquoi les vieilles idées finissent toujours par resurgir.


Le Psion qui venait du passé

L’an dernier, Nokia ressortait son 3310, ce qui aurait pu être une bonne idée si cela avait vraiment été un Nokia 3310 et non une pâle copie surfant sur la nostalgie. En septembre, les joueurs se ruaient sur les précommandes d’une réplique miniature de la Super NES, alors que les ventes de vinyle sont au beau fixe depuis une dizaine d’années. Mieux encore : les cassettes audio sont en plein revival. Il ne manquerait vraiment plus qu’on nous ressorte un PDA.

Et là, un projet Indiegogo voit le jour : le Gemini, croisement improbable entre un smartphone Android moderne et un Psion. Car il ne s’agit pas d’un pseudo BlackBerry ou d’un Palm Treo, non. Le Gemini est un retour au format du mini ordinateur, suffisamment petit pour tenir dans une grosse poche (une très grosse poche, même), mais assez grand pour intégrer un vrai clavier d’ordinateur. Sans pavé numérique, évidemment, mais de vraies touches d’ordinateur portable. En démo au CES 2018, le projet suscite évidemment la curiosité ou au moins les sourires accompagnés de photos de Nokia Communicator.

On peut y voir une envie de surfer sur la nostalgie pour faire parler de soi. Et c’est réussi : tous les médias high-tech, et j’en suis l’exemple même alors que vous lisez ces lignes, ont parlé de ce petit appareil. En creusant un peu, on trouve malgré tout des raisons plus profondes qui expliquent le retour récurrent de ce type de produit.

Un monde pas tout à fait post PC

Certaines idées ont la vie dure. On voulait, à la fin des années 2000, que ces dispositifs primitifs que sont le clavier, la souris ou le stylet appartiennent au passé. « Si on voit un stylet, c’est qu’ils se sont trompés », « les hybrides sont des frigos grille-pains », « il faut se limer les doigts pour utiliser un BlackBerry », et j’en passe… Il est assez ironique de constater, par exemple, que l’on nous vend en 2017 l’usage d’un clavier et d’un stylet sur un iPad comme une évolution. Ou que le Galaxy Note, dont on se gaussait en 2011, est toujours là. Et sur quel appareil tactile et post PC écris-je ces lignes ? Sur un PC sous Windows 10, qui ressemble beaucoup plus au « vieux » Windows que l’évolution tentée avec Windows 8, quand Microsoft pensait que cacher le bureau et la barre des tâches sous le tapis était l’avenir.

Derrière la légère absurdité du Gemini, dont les compromis semblent trop nombreux pour le rendre vraiment confortable, il y a une question. Pourquoi certaines technologies et certaines idées refusent de mourir ? Peut-être à cause du cycle de la nostalgie, mais aussi, sans doute, parce que l’évolution n’est pas linéaire, et que toutes les idées disparues « au nom du progrès » ne sont pas si mauvaises que ça.

Le clavier physique fait de la résistance

Si on a du mal à comprendre qui s’embarrasserait d’un mini appareil comme celui-là, le besoin de poser ses doigts sur un vrai clavier pour des gens dont le travail principal consiste à écrire est, lui, facile à envisager. Surtout dans certains milieux professionnels, ou pour des tranches d’âge qui ne se sont jamais habituées aux claviers tactiles. Et ce n’est pas pour rien qu’aujourd’hui, tous les constructeurs de tablettes tentent de se raccrocher au succès d’appareils hybrides comme Microsoft Surface.

À 400 dollars, il nous est permis de douter franchement du succès du Gemini, ou d’un retour du Communicator comme tendance 2018. Il est toutefois intéressant de constater que dix ans après, la productivité mobile n’a pas évolué totalement comme certains l’envisageaient, et il serait amusant de voir certains constructeurs surfer sur cette micro mode. Après tout, TCL, associé à BlackBerry, dispose de la marque Palm