Intel lance des processeurs réalisés en collaboration avec AMD. La fin d’une époque ? Surtout la preuve que des concurrents peuvent trouver des intérêts communs.


La fin de l’époque Wintel ?

Deux actualités en fin d’année 2017 témoignaient de changements significatifs, mine de rien, dans le monde informatique. La première était la sortie de PC Windows équipés d’un processeur Qualcomm Snapdragon 835. Bien entendu, ce n’était pas la première tentative pour Microsoft d’ouvrir Windows aux processeurs ARM. Mais la précédente, Windows RT, était néanmoins beaucoup plus bridée, et fut un échec retentissant.

La seconde nouvelle, qui aurait fait l’effet d’une bombe il y a encore quelques années, était l’annonce de processeurs Intel équipés d’une partie graphique signée… AMD. Les deux concurrents historiques réunis pour la même cause. Cette annonce est concrétisée au CES 2018 avec les détails de la 8e génération de processeurs Intel Core. On ne reviendra pas ici sur les détails techniques de cette annonce, mais plutôt sur ce qu’elle signifie.

Une alliance Intel/AMD, c’est, tout autant que des PC sous processeur Qualcomm, un signe que l’on a changé d’époque. Dix ans après la révolution du smartphone et le « post PC » (pas si « post » que ça à vrai dire), les cartes ont été redistribuées. Les trois prétendants au titre de leader du marché des smartphones conçoivent leurs propres puces ARM. Même Qualcomm se voit forcé de trouver des débouchés, du côté des PC hybrides ou des écouteurs et enceintes sans fil. Les puces mobiles commencent sérieusement à taquiner les processeurs « traditionnels » sur certaines tâches. Même si cette alliance était passagère, ce serait tout de même un mouvement de rapprochement plutôt pertinent.

Concurrents et partenaires…

C’est surtout un rappel, s’il en fallait un, que les concurrents peuvent très bien s’associer s’ils y voient des intérêts communs. C’est quelque chose qui peut nous échapper lorsque l’on regarde l’actualité uniquement via le prisme de la guerre des entreprises. Intel et AMD, finalement, ce n’est pas bien différent de Samsung et Apple qui se livrent une guerre acharnée, sans pour autant briser leur relation de fournisseurs de composants.

Mais concurrents quand même !

Or, là, il y a des intérêts communs. Intel a besoin de circuits graphiques performants pour ses processeurs, un domaine où le fondeur a toujours été en retrait. Et c’est une très bonne nouvelle pour l’utilisateur d’ailleurs : c’est la garantie de meilleures performances graphiques pour les ordinateurs portables, même dépourvus de puce dédiée. Du côté d’AMD, c’est à terme une omniprésence de ses technologies sur de nombreux PC, sur tous les Mac, qu’ils soient équipés d’un processeur maison ou non, sans parler des appareils où ils sont déjà présents, comme les consoles de salon Xbox One et PS4. Rien que pour cette dernière, Sony a annoncé 5,9 millions de consoles vendues sur la période des fêtes et plus de 73 millions depuis sa sortie. Certes, le chiffre est en légère baisse par rapport à l’an dernier (6,2 millions), mais reste impressionnant.

Et bien entendu, comme des concurrents peuvent rester partenaires quand les intérêts se présentent, ils n’en restent pas moins concurrents. Et le CES 2018 est aussi l’occasion pour AMD d’annoncer ses nouveaux processeurs Ryzen, domaine où, en revanche, l’entreprise est toujours malmenée par Intel.