Un smartphone peut-il vraiment correspondre à tous les usages ? Les nouveautés présentées au CES 2018 nous prouvent enfin que c’est tout à fait possible en 2018.

Depuis que le smartphone est smartphone, de nombreuses marques et de nombreux utilisateurs rêvent que cet appareil devienne le centre névralgique de nos opérations. Toutefois, nous en sommes encore très loin.

Depuis l’année dernière, certains modèles cherchent toujours à agripper ce rêve. Samsung a présenté la station DeX pour ses Galaxy S8 et Note 8, tandis que le Huawei Mate 10 Pro dispose d’un mode ordinateur.

C’est un premier pas, mais il manque encore bien des choses. Toutefois, quelques jours seulement après l’ouverture du CES 2018, le salon nous a déjà apporté la réponse à cette grande question : oui, un simple smartphone peut désormais régner sur la Tech entière.

Les attentes des utilisateurs

Qu’attend-on pour qu’un smartphone puisse véritablement prendre la place de tous les appareils de nos vies ? La première réponse qui nous vient est finalement assez simple : il suffit de regarder les divers usages d’un ordinateur de bureau puissant.

Trois catégories d’utilisation se forment alors rapidement : la bureautique, la production audio/vidéo/graphique et le divertissement. Dans divertissement, on peut noter deux sous-catégories bien distinctes : la détente et le jeu. Maintenant que ces catégories sont établies, il faut pouvoir en déterminer les besoins technologiques.

Pour la bureautique, le besoin est assez faible : cette catégorie est surtout dépendante du logiciel. Pour la production, la puissance est primordiale et le logiciel tout aussi important. Les créateurs ont leurs habitudes sur les diverses suites logicielles disponibles et changent rarement d’outils, tandis que leur appareil se doit de suivre leur rythme de travail.

Vient ensuite le divertissement, une catégorie assez complexe de par l’existence des deux sous-catégories. Lorsque l’on parle divertissement, on peut parler de consulter des vidéos et les réseaux sociaux. Ces deux activités sont loin d’être complexes à exécuter, qu’importe la machine.

C’est toutefois loin d’être le cas pour les jeux. Si les jeux mobiles ne sont pas si gourmands, les jeux plus approfondis disponibles sur PC et consoles ont, eux, besoin d’une machine à la puissance brute importante.

Pour qu’un smartphone puisse devenir un appareil au centre de tout, il faut qu’il puisse répondre efficacement aux attentes de ces trois catégories d’utilisateurs, idéalement en même temps. Or, c’est pour le moment loin d’être le cas.

L’importance du format

Vous souvenez-vous de la présentation de l’iPad premier du nom ? Nombreux ont été les détracteurs d’Apple à souligner le fait qu’il ne s’agissait que d’un iPhone étendu et qui n’en voyaient donc pas l’intérêt.

Pourtant, il s’agit de l’un des appareils illustrant parfaitement une autre problématique : l’importance du format. Les smartphones ont par exemple toujours eu pour force de rentrer aisément dans nos poches, tenir dans nos mains, nous accompagner toute la journée et être constamment connectés en étant très faciles d’utilisation.

Si les tablettes ont réussi à conquérir le marché, c’est bien parce qu’elles ont su répondre à une attente en additionnant la facilité d’utilisation d’un smartphone avec une taille permettant de profiter plus facilement de ses contenus. Et ce en sacrifiant certains points devenus secondaires de l’appareil d’origine dont elles s’inspiraient pour l’expérience qu’elles voulaient offrir.

Si la majeure partie de ces appareils n’a pas réussi à devenir des outils de productivité efficaces pour autant, elles auront lancé Microsoft sur la bonne voie. Avec sa gamme Surface, le constructeur américain a su s’inspirer de ce mouvement pour créer des machines hybrides aujourd’hui très populaires.

Il a aussi appris à quel point assurer une convergence des formats était compliqué. Avec le Surface Book, il aura su créer une véritable fusion entre ordinateur portable et tablette. Mais le smartphone n’a jamais su vraiment faire partie de cette boucle à cause d’un autre problème.

Une expérience logicielle adaptative

Et ce problème n’est autre que le logiciel. Qu’on se le dise : si le Surface Book est un excellent ordinateur portable, il reste une tablette assez limitée. Et si les tablettes Android sont très bonnes, elles ne font pas de bons ordinateurs. Le problème ne vient pas là du format, mais bien du logiciel.

La mentalité d’un utilisateur n’est pas la même entre ses deux formats. Si la facilité d’utilisation fait le contrepoids aux limitations des applications sur une tablette, un ordinateur portable n’accepte aucune limitation. Le logiciel est ce qu’il est, dans toute sa grandeur, et tomber sur une application frustrante n’appelle qu’à changer d’outil.

C’est pourquoi Windows ne s’adapte pas bien aux tablettes : son principe d’utilisation est intimement lié aux formats des ordinateurs. Quant aux tablettes Android, leurs limitations les rendent souvent frustrantes pour les utilisateurs de PC.

Aussi, quand Microsoft a lancé sa solution Continuum qui permettait de connecter un smartphone Windows pour le transformer en ordinateur de bureau, la sauce n’a pas pris. Même sanction pour Samsung DeX ou Huawei, et ce pour une idée simple : il manque toujours un petit quelque chose pour que tout soit parfaitement viable. Étirer une expérience mobile pour en faire un ordinateur ne fait que souligner les limitations de cet univers applicatif particulier, tandis que réduire l’OS de Windows pointe du doigt à quel point son utilisation peut être tarabiscotée.

Fusionner ces trois points est désormais possible

Ce que nous a montré le CES 2018 cette année n’est pas vraiment une révolution sur n’importe lequel de ces aspects, loin de là. Ce que l’on remarque, c’est avant tout une convergence d’outils et de services rendant enfin la fusion de ces trois points possibles.

Comment ? C’est le Projet Linda, présenté par Razer lors du CES 2018, qui nous aiguille sur ce chemin. Voyez plutôt la démonstration qu’en ont fait Omar et Ulrich, présents sur l’événement :

Doom, un jeu très gourmand développé par Id Software et sorti en 2016, est en train de tourner sur un téléphone Android. Mais plus encore : l’expérience n’est pas frustrante pour autant.

Comment est-ce possible ? Tout simplement grâce à une fusion efficace des trois points cités ci-dessus. En se clipsant au projet Linda, le Razer Phone prend l’aspect d’un PC portable Blade Stealth dont la qualité de l’écran et du clavier a été saluée chez les amateurs d’ordinateurs.

Vient ensuite l’expérience logicielle. Android étant nativement compatible avec un grand nombre d’accessoires, il est tout à fait possible de retrouver ses périphériques préférés (comme son combo clavier/souris) pour naviguer dans l’interface. Ouvert, il permet également facilement d’accéder à n’importe quel service.

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Et c’est cette ouverture qui permet de répondre au dernier point. Le service de cloud computing Shadow rentre ici en jeu et fournit l’accès à une machine distante puissante permettant de lancer aisément ce fameux Doom sur la machine. Mieux encore, elle le fait dans des conditions loin d’être optimale : Linda est branché sur le Wi-Fi déjà chargé du salon à Las Vegas et accède à des serveurs basés à des milliers de kilomètres de là, en France.

Cette solution arrive donc à répondre aux attentes des joueurs exigeants, l’un des profils de consommateurs les plus difficiles à satisfaire. Et ce à partir uniquement, d’un point de vue purement technologique, d’un smartphone sous Snapdragon 835 accompagné d’accessoires et de services.

Le respect au centre de tout

Ce n’est pas la première fois que l’on entend parler de toutes ces technologies, loin de là. Mais pourquoi tout cela fonctionne tout à coup ? Car pour la première fois, lors du CES 2018, tous ces appareils font attention à respecter les spécificités de chacun d’entre eux et travaillent de concert.

Le Razer Phone est un smartphone puissant équipé du Snapdragon 835 et de 8 Go de RAM, mais aussi d’un large écran tactile 6 pouces IGZO. Le projet Linda arrive alors pour lui demander une chose simple : « et si on faisait un échange ? Je prends ta puissance, ton écran tactile et ta connexion permanente, et tu auras accès à mon grand écran 1080p, un véritable clavier, une batterie supplémentaire ».

De là est né un ordinateur portable sous Android, ce qui est très pratique pour les petites tâches, mais loin d’être idéal pour la productivité. Vient alors dans l’équation le service Shadow qui, très simplement, demande : « hey Android, je trouve qu’il te manque de la puissance. Je te propose une chose : je prends ta connexion internet, et en échange je te donne ma puissance ? » Et l’OS de Google de répondre : « pourquoi pas ? Je suis déjà compatible avec les accessoires que Windows aime aussi après tout, autant s’entraider ».

Une discussion calme qui lance simplement l’échange des meilleurs points de chaque appareil afin de faire grandir le tout. C’est exactement ce que nous a apporté le CES 2018 cette année : la vision d’une convergence des appareils et du logiciel, permettant à un smartphone de devenir le véritable centre névralgique de l’expérience Tech. Et ce, surtout, en respectant les habitudes des utilisateurs finaux plutôt que de tenter de leur apprendre de nouveaux réflexes.

La concurrence est déjà là et s’organise

On pourrait alors lire ceci et se dire qu’il ne s’agit que d’un exemple, basé sur des technologies très spécifiques travaillant entre elles. Auquel cas, il s’agit moins d’une vision globale de l’industrie que d’un cas pratique.

Et il serait totalement incorrect de le penser. Là encore, c’est le CES 2018 qui nous apporte cette réponse. Après tout, aux côtés du Linda de Razer se trouvaient les Lyonnais de Miraxess qui nous présentaient une nouvelle fois le Mirabook, désormais compatible avec DeX et l’EMUI Desktop de Huawei. Il promet lui aussi de transformer un smartphone en ordinateur portable.

Mais pourquoi deux acteurs déjà sur ce marché ? Tout simplement car cette transformation fait appel à des technologies libres d’utilisation : le DisplayPort et l’OTG, tous les deux disponibles grâce à l’USB type-C. Le premier permet d’étendre l’affichage de l’appareil à un autre écran, pour le dupliquer ou même l’agrandir, quand l’autre permet de brancher des accessoires. De par le fait que ces deux technologies soient libres, elles peuvent parfaitement être utilisées par n’importe quel constructeur pour créer son propre concept.

Android n’est pas vraiment un OS optimal pour une utilisation au format bureau. Mais les efforts de Huawei et Samsung en ce sens montrent qu’une optimisation est possible et ces développeurs seront très vite rejoints par d’autres. Qui sait, le fameux OS Fuchsia de Google pourrait jouer un rôle en ce sens.

Quant au cloud gaming, il ne fait qu’évoluer : Nvidia a lancé la bêta PC de son service GeForce Now à l’occasion du salon, tandis que HP Omen tente de l’émuler en proposant aux utilisateurs de convertir l’un de leurs ordinateurs. Sony a également lancé son service PlayStation Now sur PC et Mac en France fin 2017. Si Shadow est pour le moment le seul à proposer une expérience Windows complète, il sera sûrement très vite concurrencé. Pas étonnant donc que le français ait annoncé le lancement de son service en Californie à l’occasion du CES 2018.

Encore des limitations

Si cette vision du futur est excitante, il nous faut rappeler que ce type de solution a tout de même ses limitations. Rappelons tout d’abord une chose : sa forte dépendance aux accessoires.

Disposer d’un simple smartphone comme unique plateforme de sa vie numérique ne serait pas de tout repos. Entre une solution type Linda ou Mirabook ou un dock de connexion comme DeX, l’appareil a grand besoin d’accessoires pour pouvoir retrouver son setup comme on l’aime : qu’il s’agisse de brancher un second moniteur à son ordinateur portable ou tous ses périphériques, il faudra prévoir de nombreux dongles pour étendre sa sélection de ports. Sans compter que le smartphone seul devra être capable de les alimenter, ce qui ne sera pas de tout repos. On peut également avoir peur de tout simplement saturer la bande passante admissible par le téléphone.

Qui dit accessoires comme Linda et Mirabook dit également vieillissement du concept. Cela est particulièrement vrai pour le Projet Linda : que se passera-t-il lorsque Razer décidera de changer le design de son smartphone ? Cela forcera nécessairement à changer d’appareils. Aussi, espérons que les prix ne soient pas trop élevés.

Si l’on rajoute à cela le cloud computing, il faudra alors faire bien attention à sa connexion internet. Si la majorité des solutions s’adapte à votre connexion internet, Shadow promettant par exemple de fonctionner sur une ligne coaxiale à 15 Mb/s, on ne peut nier qu’il vaut mieux disposer d’une connexion stable en fibre optique pour véritablement profiter de ces services. Et dans le cadre d’une utilisation mobile en 4G, votre forfait data pourrait vite prendre une claque.

Un avenir radieux

Toutefois, il nous faut aussi reconnaître que ces « problèmes » sont facilement corrigibles. De par l’ouverture de ces solutions, rien n’interdit par exemple qu’une puce intégrée aux nouveaux formats vienne soutenir le SoC intégré au smartphone. Sans compter que si les exemples les plus parlants aujourd’hui sont le Linda et le Mirabook, la même philosophie pourrait être utilisée afin de créer des ordinateurs All-in-one comme l’iMac ou le Surface Studio, ou même une simple tablette.

Quant à nos connexions internet, nous savons déjà que 2020 nous apportera la 5G avec des débits de téléchargement et de téléversement améliorés pouvant atteindre jusqu’à 1 Gbps, mais surtout un temps de latence réduit. De quoi particulièrement plaire aux services de cloud computing.

Et si vous avez peur pour votre forfait, nous autres français serions ironiquement les mieux lotis. Après tout, Free Mobile propose déjà un forfait 4G vraiment illimité, qui pourrait théoriquement passer à la 5G sans surcoût. Ses concurrents commencent eux aussi à s’y intéresser, à commencer par SFR RED.

Le cloud computing vous fait peur ? Avec la récente compatibilité ARM de Windows 10, le passage à un modèle de « service » de l’OS et son rapprochement avec Linux, Microsoft pourrait être tenté de permettre à ce type de solutions de lancer Windows. Auquel cas, si la puissance brute ne serait pas forcément à l’ordre du jour pour les joueurs et créatifs, vous auriez accès à un univers applicatif vraiment complet et adapté au format.

Aussi, si le mobile n’était pas vraiment le sujet phare du CES 2018, le fait est qu’il n’a jamais été aussi présent comme l’un des éléments les plus importants de ce salon historique : sa vision de l’avenir. Un avenir que l’on entraperçoit radieux pour nos smartphones.