Sortir des smartphones sans la pression de la concurrence, c’est le but de LG. Un calendrier toutefois difficile à maîtriser.


Une belle intention…

Éternel outsider, LG a pour but de sortir des fleurons qui durent plus longtemps, plutôt que d’être remplacés au rythme des nouvelles sorties d’Apple, Samsung, Huawei et autres OnePlus. En soi, c’est une intention louable. C’est vrai, au fond, est-ce qu’un smartphone haut de gamme cesse d’être performant un an après sa sortie ? Demandez aux utilisateurs d’iPhone 7, de Galaxy S7 Edge ou de Huawei Mate 9 ce qu’ils en pensent : ça m’étonnerait beaucoup qu’ils vous répondent qu’ils n’en peuvent plus de leur antiquité complètement dépassée.

Il n’y a qu’un seul problème dans le raisonnement de Cho-Seong Jin : LG n’a absolument aucune marge de manœuvre en la matière. Parce que vous savez qui va continuer à mettre à jour sa gamme tous les ans en collant au plus près de la concurrence ? Absolument tous les concurrents de LG et tous les fournisseurs de composants de LG.

Dans un marché qui avance trop vite

Car ainsi est fait le marché de la mobilité, et du high-tech en général. On peut le déplorer, on peut prétexter que ça ne sert à rien de sortir de nouveaux produits tous les ans, que les anciens fonctionnent très bien sur la durée. Je suis tout à fait d’accord : mon ordinateur portable va sur ses 4 ans et je suis toujours admiratif des gens que je croise dans les transports avec un Galaxy S4, un Nexus 5 ou un iPhone 4 (si si, il y en a encore beaucoup plus que vous le pensez !).

Néanmoins, il y a, sur le marché, tous les ans, des millions d’utilisateurs intéressés par un nouveau smartphone. À part les fans d’Apple et les technophiles hardcores, peu de gens font ça tous les ans, mais le marché se renouvelle suffisamment pour que la demande soit constante. Et ces acheteurs potentiels, qu’est-ce qu’ils vont acheter, le nouveau bébé dernier cri de Samsung ou un LG qui a déjà l’air dépassé à sa sortie ? C’est cruel, mais le marketing, ça marche, et la satisfaction d’acheter un produit à l’avant-garde plutôt qu’un autre qui a déjà une génération de retard est une réalité.

Bien sûr, tout le monde n’obéit pas à cette règle. Il y a, parmi les utilisateurs, plusieurs segments et pour les plus conservateurs d’entre eux, un téléphone de l’an dernier est la garantie d’une technologie éprouvée, à un prix plus abordable. Et c’est ce qui fait tout l’intérêt, pour Samsung ou Apple, de garder au catalogue les modèles de l’année précédente, voire de deux ou trois ans en arrière.

LG G6 : l’aveu d’échec

Mais pour pouvoir segmenter sa gamme de la sorte, il faut aussi être à la pointe sur son haut de gamme, et c’est en ça que LG ne maîtrise pas son calendrier. Quand le LG G6 sort équipé d’un processeur Qualcomm Snapdragon 821 déjà dépassé à sa sortie, c’est un problème, dont on voit très bien les conséquences. Pour cause d’exclusivité temporaire entre Samsung et Qualcomm sur le Snapdragon 835 (pour certains marchés hors Europe), LG avait le choix entre retarder son G6 et le sortir avec une puce plus ancienne. Dans les deux cas, il se retrouvait en position défavorable par rapport à son concurrent.


Le statut des « grands » leur permet de monopoliser les fournisseurs. Apple semble ainsi accaparer l’essentiel de la production d’écrans OLED, au point d’empêcher les constructeurs chinois qui ont fait le choix d’un capteur d’empreintes sous l’écran, de mener leurs plans à bien. Obligés de se rabattre sur le Mini LED, ils se verraient ainsi privés de cette innovation qui nécessite l’OLED.

Sans compter qu’Apple, Samsung, Huawei, et peut-être à terme Google, conçoivent leurs propres puces, une autre manière de garder la main sur son agenda. Il semble difficile aujourd’hui d’affirmer que LG se trouve dans cette position malgré des rumeurs concernant un retour des processeurs Nuclun.