Le HomePod est-il un nouvel iPod ? Apple a su, par le passé, s’imposer sans être le premier sur une catégorie de produits, avec sa simplicité et son élégance. Cette fois, ça va être difficile.


« Pas de multi room. Moins intelligent qu’un Google Home. Bidon »

Annoncé en juin dernier, le HomePod arrivera finalement au printemps en France, et en février aux États-Unis. Une sortie en retard qui s’accompagne de coupes dans les fonctionnalités : la possibilité d’associer deux HomePod pour une sortie stéréo ou le multi-room sont reportés à une mise à jour qui sortira « plus tard dans l’année ». Pour certains, c’est une nouvelle pièce à conviction à apporter au lourd dossier de « La Chute d’Apple ».

D’autres défenseurs de la marque se veulent plus rassurants et invoquent le spectre de l’iPod, lui aussi critiqué à sa sortie par les technophiles pour ses fonctionnalités limitées et son prix de luxe. Le jugement cinglant de Slashdot est passé à la postérité : « Pas de sans fil. Moins de stockage que sur un Nomad. Bidon. ». Slashdot était devenu, sans le savoir, le symbole du média technophile qui passe à côté de la plaque.

Aucun commentateur, depuis, ne veut être le Slashdot du nouveau produit Apple, dont on n’aurait pas compris la portée au-delà du public nerd dont les priorités sont forcément différentes. Et il est vrai que Slashdot n’a, à l’époque, rien compris à ce qui allait faire le succès de l’iPod. Son élégance, même si l’original paraît aujourd’hui de l’épaisseur d’une brique. Sa simplicité d’utilisation, associé à iTunes, qui n’était pas encore une usine à gaz en 2001. Et le fait que ses 5 Go de stockage interne, qui permettaient de transporter 1000 chansons dans sa poche, offraient déjà plus qu’il n’en fallait pour la majorité des amateurs occasionnels de musique.

Un marché déjà bien rempli

Comme l’iPod, et comme l’iPhone, l’iPad, l’Apple Watch ou même le Macintosh original, le HomePod arrive sur un segment qu’il n’a pas inventé. Des enceintes connectées intégrant un assistant vocal, il y en a déjà, évidemment. Des enceintes connectées permettant de faire du multi-room avec une bonne qualité de son, aussi. Lors de sa présentation en juin, lors de la WWDC, Apple faisait valoir le fait que le HomePod était le seul à combiner les deux.

De gauche à droite : la JBL Link 10, 300 et 20.

Le problème, c’est qu’il s’est écoulé tellement de temps depuis cette présentation, que ça n’est plus tout à fait vrai non plus. Google a enrichi sa gamme avec le Google Home Max, destiné aux amateurs de musique. Sonos a mis un pied sur le marché des enceintes connectées avec le Sonos One, qui intègre l’Alexa d’Amazon. JBL et d’autres sont aussi sur le marché avec des produits compatibles avec l’un ou l’autre. Et surtout, l’écosystème d’Amazon (aux États-Unis) comme celui de Google, est déjà bien développé.

Dis Siri, quand est-ce que tu fais mieux qu’Alexa ?

Le HomePod, lui, peut compter sur Siri, dont les interactions avec les développeurs tiers sont plus que limitées, et sur les appareils connectés compatibles HomeKit, qui peinent eux aussi à se développer. Vous allez me dire : c’est d’abord une enceinte pour écouter de la musique avec une qualité exceptionnelle.

Je veux bien le croire, mais j’ai bien peur que HomePod ne satisfasse pas non plus les audiophiles. Les puristes hurleront contre les traitements appliqués à la musique qui dénature le mixage tel qu’il a été pensé par les ingénieurs du son de l’œuvre originale (on parle des audiophiles, là, ils sont comme ça !) et surtout, payer 350 dollars — le prix en Euro est encore inconnu — pour écouter du AAC 256 Kbps en streaming, pardonnez moi… Même en tant qu’utilisateur plutôt satisfait d’Apple Music, que j’utilise principalement en mobilité, je trouve ça franchement salé.

Est-ce qu’il y a, du coup, un marché pour une enceinte censée offrir un très bon son, sans être audiophile et des fonctionnalités « intelligentes », mais moins que la concurrence ? Après tout, le marché est encore jeune, et Amazon n’a pas encore envahi l’Europe avec l’Echo. On ne peut tout de même pas s’empêcher de repenser à un vieux ratage de l’Apple de Steve Jobs : l’iPod Hifi, cette énorme enceinte dock sortie en 2006, au son excellent selon ceux qui ont commis la faiblesse de l’acheter. Pas franchement inoubliable — même Steve Jobs paraissait gêné en la présentant — , elle n’avait pas connu le succès escompté. Pourquoi ? Sans doute parce qu’il y avait déjà une grande variété de produits concurrents, qui correspondaient visiblement mieux aux attentes des utilisateurs d’iPod. Leçon à méditer, peut-être.