Un smartphone équipé de 10 Go de mémoire vive serait en approche. Ridicule ? Aujourd’hui, peut-être. Mais on disait la même chose il y a 5 ans.

« 2 Go sur un smartphone ? Ça ne sert à rien ! »

En plus d’annoncer le premier smartphone doté d’un capteur d’empreinte sous son écran, le chinois Vivo sortirait un Xplay7 embarquant 512 Go de stockage flash et… 10 Go de mémoire vive ! Vivo n’en est d’ailleurs pas à son premier coup d’éclat en la matière puisqu’on lui doit également le premier smartphone équipé de 6 Go de RAM.

Absurde. Qui a besoin d’autant de mémoire vive pour jouer à Candy Crush, poster ses photos sur Instagram ou consulter Twitter. Un discours familier, auquel on se raccroche depuis des années. Et c’est assez naturel, c’est notre difficulté à imaginer les usages au-delà du plus grand dénominateur commun actuel. Ca n’a rien de nouveau : quand les smartphones ont commencé à devenir des consoles portables ou des appareils photo corrects, il y en avait déjà pour dire « inutile, un téléphone portable, ça sert uniquement à téléphoner ». Certains trouvaient les écrans de 4,3 pouces trop grands en 2010, ou les résolutions QHD sans intérêt. Encore récemment, quelqu’un m’affirmait que « 100 Go de data dans un forfait, ça ne sert à rien ». Ce qu’on se disait aussi pour 5 Go. Bref, vieille histoire.

Et l’optimisation dans tout ça ?

Il est effectivement sensé de se demander où on va si on a besoin de 10 Go de RAM pour faire tourner un OS mobile. L’optimisation, tout le monde est pour. Quand Google lançait Android Oreo Go Edition pour les marchés émergents en fin d’année dernière, on se demandait même pourquoi tout le monde ne voudrait pas d’un Android capable de tourner avec 1 Go de mémoire vive et des applications optimisées. Cette légèreté a fait la fierté de Windows Phone, dont les terminaux dépassaient souvent les craintes suscitées par la lecture de leur fiche technique. Est-ce que ça va vraiment tourner avec un Snapdragon 200 et 1 Go de RAM ? Il se trouve que la réponse était souvent plutôt positive.

Pour des raisons différentes, surtout la maîtrise presque totale du logiciel et du matériel, iOS parvient toujours à se contenter de caractéristiques techniques qui pourraient paraître modestes pour un haut de gamme sous Android. Il n’y a encore pas si longtemps, la norme était à 2 Go de mémoire vive et un processeur double cœur (toujours le cas de l’iPhone SE, par exemple). Une légèreté à nuancer fortement, car on sait qu’Apple ne se soucie guère de l’optimisation d’iOS pour les modèles les plus anciens pris en charge. Quand vous avez l’impression que votre iPhone se met à trainer la patte, c’est peut-être à cause de sa batterie, mais avant tout parce qu’une nouvelle version beaucoup plus gourmande en ressources est installée.

Plus de RAM pour de futurs hybrides smartphone/PC ?

Mais alors, disposer de caractéristiques techniques surdimensionnées n’est-il pas une assurance d’une meilleure durée de vie du smartphone ? Ça n’est malheureusement pas si simple en pratique. En revanche, optimiser un OS mobile pour qu’il tourne avec 2 ou 4 Go de mémoire vive n’empêche en rien le fait qu’il puisse bénéficier de beaucoup plus. Et on revient aux réserves initiales, celle qu’on lit partout : « mais à quoi ça sert ? On ne fait pas de Photoshop sur un écran de téléphone », etc. Non, effectivement. Mais quand on pense à des idées comme le projet Linda de Razer, ou aux docks qu’ont pu proposer Samsung ou Huawei, pourquoi transformer un portable en PC devrait se limiter à des tâches bureautiques de base ? Pourquoi ne pourrait-on pas imaginer retoucher des photos de grande taille, monter de l’audio voire de la vidéo ?

En attendant, si les rumeurs sont exactes, Vivo va effectivement lancer un smartphone équipé de 10 Go de mémoire vive qui seront, au moins pour un futur proche, relativement inutiles. Mais s’il sort, il n’est pas impossible que d’autres lui emboitent le pas, comme c’est de plus en plus le cas pour 6 ou même 8 Go (OnePlus 5T, Honor View 10…)