Arrivée avec Android 4.0 sur smartphones, la barre de navigation virtuelle a-t-elle vécu son temps avec l’arrivée des écrans 18:9 ? On s’interroge !


Au début, il y avait des boutons. Beaucoup de boutons.

Au commencement était le G1, le premier smartphone Android, exécutant la version 1.6 — les précédentes ne sont jamais sorties publiquement — du système. Il est intéressant de se replonger dans l’ergonomie de ce premier smartphone, et notamment ce qui nous intéresse ici : sa partie basse. Le seul élément d’interface présent sur le bas de l’écran, dans les premières versions d’Android, était le tiroir d’applications. Tout le reste était concentré sur la bordure inférieure du smartphone et il ne s’agissait même pas, sur le G1, de touches tactiles, mais de boutons physiques. Un bouton MENU, pour accéder au menu contextuel des apps, deux boutons pour prendre et raccrocher un appel, un bouton de retour à l’accueil, une touche Précédent et, au milieu, un trackball. Et un clavier physique coulissant, mais ce n’est pas le sujet.


Matias Duarte vient apporter sa touche (tactile)

Entre en scène Matias Duarte. Débarqué de Palm, il travaille sur l’interface des version 3.0 et 4.0 d’Android, la première pour les tablettes, la seconde pour les smartphones. Je passe sur les améliorations apportées entre temps, car elles ne changeaient pas fondamentalement la donne. Honeycomb puis Ice Cream Sandwich inaugurent une nouvelle ergonomie où la partie basse du smartphone est dénuée de boutons. Ceux-ci deviennent logiciels et réunis sur une bande noire en bas de l’écran. Certains constructeurs l’adoptent. D’autres, comme Samsung, préfèrent conserver un bouton physique et des touches capacitives des deux côtés de celui-ci. Cette division perdure encore plusieurs années plus tard.

Une barre devenue superflue ?

J’arrête ici le cours d’archéologie pour revenir au présent, un présent fait de smartphones aux bordures de plus en plus réduites, voire inexistantes, et aux écrans de plus en plus hauts. Ces dernières années, Google a fait le choix judicieux de ramener des éléments de navigation vers le bas. Le fameux bouton de Material Design, le champ de recherche du dernier Pixel Launcher ou la barre de navigation façon iOS dans l’app YouTube en sont des exemples. Il y a, cependant, un élément en trop : la barre de boutons virtuels. Elle est devenue superflue, elle remonte arbitrairement les autres éléments de navigation et, franchement, sur un écran 18:9, elle fait tache. Tellement que Samsung triche sur ses applications « maison » pour la colorer en blanc.

Mais alors, comment naviguer sur un smartphone dénué de barre de boutons, sachant qu’il n’y a plus de place non plus sur la bordure pour y placer des touches tactiles ? Déjà, ce n’est pas nouveau : les utilisateurs de BlackBerry sous QNX ou les nostalgiques du Palm Pre — on revient à Duarte — pourront en attester. On a un exemple plus récent avec l’iPhone X qui, débarrassé de son bouton Home, s’inspire nettement de feu WebOS, jusqu’à la « poignée » en bas de l’écran. Et, franchement, cela devient un réflexe au bout de quelques heures d’utilisation, même après des années de bouton Home.

Sur Android, certains constructeurs commencent déjà à s’amuser avec cette idée. Le OnePlus 5T disposera, avec Android Oreo, de gestes très semblables à ceux de l’iPhone X, que l’on peut déjà essayer en bêta. Sur le Honor View 10, la barre de boutons peut être masquée et la navigation s’effectue via des gestes sur le capteur d’empreintes en façade.

Dans les deux cas, ça fonctionne plutôt bien, mais on se dit que l’idéal, comme souvent, serait que Google se penche lui-même sur le sujet. Il subsiste d’ailleurs un frein potentiel à ces gestes : le balayage depuis le bas de l’écran est justement utilisé par le tiroir d’applications depuis que son bouton a disparu. Sur le Honor View 10, le problème ne se pose pas puisque l’icône centrale est toujours présente, et que c’est sur le capteur que l’on effectue les gestes de toute façon. Mais tous les smartphones 18:9 n’ont pas la place, loin de là, pour un capteur d’empreintes en façade.

Bref, il subsiste encore quelques ajustements à opérer. Néanmoins, alors que l’ergonomie des apps et de l’accueil Android se concentre de plus en plus sur des éléments à portée de pouce, il est sans doute temps de revoir cet élément conçu pour l’Android et les smartphones de 2012.