Facebook se retrouve, encore une fois, au milieu d’une controverse. Dans le sillage du scandale Cambridge Analytica, le New York Times remonte la piste des partenariats noués entre le réseau social et les constructeurs à ses débuts. Des alliances qui, selon le journal, permettaient aux fabricants de récolter des données personnelles sur les utilisateurs.


Il n’y avait pas encore d’app pour ça

Utiliser une app comme celle de Facebook sur un smartphone est devenu tellement naturel qu’on a oublié que ces applications ont commencé à se développer plusieurs années après les débuts de Facebook.  À la fin de la décennie précédente, le réseau social de Mark Zuckerberg prenait de l’ampleur, mais l’écosystème nécessaire au développement d’applications multi plateformes n’existait pas, ou était à peine naissant. On parle d’une époque où de nombreux OS cohabitaient encore : l’iPhone, Android, BlackBerry, Symbian, Windows Mobile, sans parler des appareils un peu entre-deux et leurs systèmes propriétaires.

« Je suis désolé. En plus vous avez du utiliser un BlackBerry. »

Un partenariat peu rassurant

Or Facebook avait besoin du mobile et l’industrie du mobile ne pouvait pas se priver de Facebook. D’où une approche un peu incestueuse où le réseau social fournissait des API privées, permettant aux constructeurs d’intégrer des expériences Facebook sur leurs appareils. Et je vous vois, Apple fans, dégainer vos « si c’est gratuit c’est vous le produit » : Apple faisait partie des constructeurs en question. Pendant plusieurs années, l’iPhone a intégré les API privées de Facebook, notamment pour permettre de poster des contenus sans passer par l’application de l’App Store.

Les conclusions du New York Times divergent de celles des constructeurs concernés et de Facebook. Le réseau social ne nie pas les intégrations et ses motivations, mais affirme ne pas être au courant d’abus de la part des fabricants. BlackBerry, directement visé par l’article, se défend d’avoir utilisé les informations à sa disposition via les API. Apple rappelle avoir supprimé ces interfaces depuis iOS 11, c’est-à-dire seulement depuis septembre 2017. Et, pris dans la tourmente Cambridge Analytica, Facebook rappelle son engagement à supprimer progressivement ces partenariats.

Une leçon pour les assistants vocaux ?

Donc, tout le monde avait accès à ces données, mais aucun de ces gentils constructeurs ne les a utilisées à des fins malveillantes. On devrait sans doute être rassuré. Mais la démonstration du New York Times prouve tout de même que le plus grave dans l’histoire, c’est que ces partenariats aient été noués et que les questions de vie privée ne suscitent de l’émoi que longtemps après coup.

C’était pour la bonne cause : faciliter le déploiement de Facebook sur mobile ! Et ça pose donc la question épineuse : où tracer la ligne entre tout faire pour favoriser l’adoption d’un service sur une nouvelle catégorie de produits et respecter la confidentialité des utilisateurs dudit service. Dans sa réponse, Facebook se veut rassurant : cette époque est révolue et les API privées ne sont plus nécessaires. Pour Facebook, peut-être. Et pour les smartphones.

Mais qu’en est-il d’autres services émergents ? D’autres nouvelles catégories de produits, comme les assistants vocaux ? C’est vrai, entre Google qui distribuait presque des Google Home Mini au coin de la rue et Amazon qui lance son Echo en France avec 50 % de réduction, on ne sent aucune agressivité pour installer un maximum de cylindres et de macarons parlants dans les foyers.

Et il ne faut sans doute pas non plus s’alarmer du fait que Google comme Amazon ont été pris en flagrant délit d’enregistrement en continu. Les deux ont plaidé l’erreur technique et ils ont droit, pour l’instant, au bénéfice du doute. À la lumière de ces partenariats noués entre Facebook et les fabricants de smartphones il n’y a pas si longtemps, on peut tout de même faire preuve de vigilance.