Le salon de Las Vegas ferme ses portes pour son édition 2018. Si certaines annonces nous ont marqués et sont pour nous de véritables coups de cœur, certaines tendances plus inquiétantes ou frustrantes méritent un coup de gueule.

Les coups de cœur du CES 2018

Linda : Razer transforme son Phone en PC

Créer l’appareil unique qui soit capable de s’adapter à toutes les situations, c’est l’un des fantasmes récurant de l’industrie des nouvelles technologies. Il y a eu l’Asus PadFone, on a connu le continuum de Microsoft, il y a maintenant Razer Linda. Le principe reste le même : le smartphone contient toute l’intelligence auquel on branche un écran, un clavier et une souris pour en faire un ordinateur.

Dans le cas de Project Linda, le Razer Phone fait office de touchpad et le tout est intégré à un châssis de PC portable. La démonstration devient vraiment bluffante lorsqu’on lance l’application Shadow qui permet un accès à toute la puissance du service de jeu dans le cloud. Malheureusement il semble qu’il y ait peu de chance que ce produit soit commercialisé. Cela reste l’une des meilleures démonstrations de ce CES 2018.

La prise en main : Android est-il le téléphone des masses ?

Les TV de jeu sans TV de Nvidia

Nvidia était présent en force sur le salon pour présenter ses nouvelles technologies, notamment concernant les voitures autonomes, mais ce qui a retenu notre attention, c’est les BFGD (Big Format Gaming Display). Il s’agit d’une nouvelle gamme d’écran développé par Nvidia avec ses partenaires comme Asus ou HP, pour proposer un meilleur choix aux joueurs que les télévisions vendues dans le commerce.

Concrètement il s’agit de moniteurs, dénués de tuner TV, de 65 pouces avec une définition 4K UHD, un affichage des couleurs DCI-P3, une compatibilité HDR et surtout une fréquence d’affichage de 120 Hz, permettant de diminuer le temps de réponse en jeu. Ces écrans intègrent également la technologie de la Shield, le boitier TV de Nvidia, ce qui veut dire un accès aux meilleures applications d’Android TV comme Netflix ou Molotov TV.

Dell XPS 15 2-en-1 : réunir portabilité et performance

Sur fond de faille Meltdown et Spectre, Intel présentait au CES sa nouvelle plateforme alliant processeur Intel et puce graphique AMD Radeon RX Vega. Plusieurs fabricants, dont Dell, ont présenté leurs premières machines basées sur cette plateforme.

Le Dell XPS 15 2-en-1 était justement l’une des machines les plus intéressantes exploitant cette plateforme. Il s’agit d’une toute nouvelle gamme d’appareils convertibles avec écran de 15,6 pouces bord à bord. Le fabricant a mis l’accent sur les performances de la machine (Intel Core i7-8705G, 8 à 16 Go de RAM, 128 Go à 1 To de stockage en SSD) et sa connectique généreuse (2 ports USB Type-C Thunderbolt 3 et 2 ports USB 3.1 Type-C).

Avec une sortie au printemps 2018 et un prix débutant à 1299 dollars, cette machine pourrait devenir l’ordinateur idéal sous Windows 10, alliant performance et polyvalence.

Les progrès de la voiture autonome

Le CES permet chaque année de faire le point sur les avancées de l’automobile connectée et autonome. L’un des événements marquants de ce CES 2018 était l’arrivée en force du chinois Byton prêt à en découdre avec Tesla, le champion américain.

Le constructeur y présentait son impressionnant SUV électrique équipé, entre autres, d’un tableau de bord tactile géant et contrôlable à la voix grâce à Amazon Alexa. La sortie semble encore lointaine, fin 2019, mais le prix est alléchant, à partir de 45 000 dollars, quand on prend en compte les technologies embarquées.

Les coups de gueule du CES 2018

Le bullshit marketing encore et toujours

Que ce soit l’Asus Zenbook 13 « révolutionnaire », car « ultraléger, ultrafin et ultrapuissant », Honor qui « sort le grand jeu » en ajoutant la reconnaissance faciale à un smartphone, ou plus confidentiel Dyrun qui « réinvente la connexion internet », ce CES 2018 ne fut pas l’édition de la modestie.

On comprend bien que devant le nombre d’annonces faites au salon, tout doit être fait pour interpeller le journaliste ou l’éventuel associé, mais il y a des limites, du bon sens à intégrer, que les marques semblent faire voler allègrement.

Dans cette catégorie, on peut également mentionner ces marques qui doivent absolument utiliser tous les mots à la mode pour présenter leurs produits. En 2018, il semblerait que le mot d’ordre soit « si tu n’utilises pas la blockchain ou l’intelligence artificielle, tu as raté ta présentation ».

Le sexisme exacerbé du salon

Il y a quelques années, l’E3, le plus grand salon du jeu vidéo, a fait face à un scandale concernant la surutilisation des « booth babes », ces femmes très peu vêtues et engagées pour attirer l’attention sur un produit à présenter. Depuis, leur nombre a très fortement diminué. Le CES ne semble pas encore avoir eu le même déclic et le nombre de ces « présentatrices » reste toujours élevé dans les allées du salon.

En revanche des présentatrices, des vraies, responsables des produits à présenter, on en a très peu vu lors des conférences de chaque marque. Le salon lui-même n’a d’ailleurs invité aucune femme pour ses conférences d’ouvertures. La diversité n’était donc pas au rendez-vous cette année.

Les arlésiennes du CES

Le Consumer Electronics Show est, comme son nom l’indique, un salon dédié à l’électronique grand public. Pourtant ce salon est sans doute l’un des salons majeurs de l’année où l’on voit le plus de produits qui ne seront jamais commercialisés. Contrairement au MWC ou l’IFA où les marques présentes de vrais produits, les fabricants profitent du CES pour faire des démonstrations surtout adressées à d’éventuels partenaires commerciaux.

La présentation de ces technologies ne serait pas problématique si on ne retrouvait pas la même présentation chaque année. On pense notamment aux écrans pliables pour smartphone que certaines marques, Samsung en tête, présentent régulièrement sans réellement transformer l’essai.

Dans le même ordre d’idée on pourrait citer les projets d’Asus et Razer que ces marques présentent chaque année au CES comme des produits, mais qu’ils ne commercialisent jamais. L’Asus ROG Swift PG27UQ, un écran 4K G-Sync HDR présenté au CES 2017 sans date de sortie a par exemple été reporté à l’année 2018, sans plus de précisons.

Les smartphones en retard dès leurs annonces

Si les fabricants préfèrent généralement réserver leurs nouveautés pour le Mobile World Congress, certains annoncent quelques nouveaux smartphones au CES. Cette année, Alcatel, Sony et quelques marches chinoises ont fait ce choix. Seuls, les smartphones de Sony tournent sous Android 8.0 Oreo, les autres tournent sous Android 7 Nougat. La dernière version en date d’Android est pourtant sortie à la fin de l’été 2017, ce qui laissait tout le temps aux marques d’implémenter cette mise à jour à leurs appareils.

Ces smartphones commencent donc d’emblée leur commercialisation avec une version de retard, ce qui est d’autant plus problématique que les appareils nativement sous Android 8.0 Oreo se doivent d’implémenter le projet Treble, qui doit permettre des mises à jour plus rapides à l’avenir. Ceux-ci en sont donc exemptés, ce qui est bien dommage.