Qualcomm paie-t-il Apple pour inciter l’entreprise de Cupertino à intégrer les modems de la marque dans les iPhone et les iPad ? C’est possible, si l’on en croit l’enquête sur l’abus de position dominante réalisée par la Commission Européenne.

Qualcomm

Par l’intermédiaire d’un communiqué de presse, la Commission européenne est revenue un peu plus en détail sur l’enquête ouverte en juillet 2015 pour déterminer si Qualcomm bénéficiait d’un abus de position dominante sur le marché des modems 3G et 4G. La Commission a ouvert deux procédures : l’une pour des paiements d’exclusivités et l’autre pour une stratégie de prix d’éviction.

 

Un contrat d’exclusivité pour Apple ?

Il est en effet reproché à Qualcomm de verser « depuis 2011, des sommes considérables à un important fabricant des smartphones et tablettes à la condition que cette dernière utilise exclusivement des chipsets de bande de base Qualcomm«  dans ses produits. Nous avons tenté de chercher qui pouvait bien être cet « important fabricant » dont le contrat d’exclusivité est encore en vigueur. Apple pourrait bien être ce client mystère, puisque le géant de Cupertino utilise exclusivement des modems Qualcomm depuis l’iPhone 4S commercialisé en… 2011. Auparavant, Apple utilisait des modems Infineon, avant qu’Intel ne rachète l’entreprise en 2010. À part Apple, il n’existe pas, à notre connaissance, un autre important constructeur utilisant exclusivement des modems Qualcomm.

Avec son Nuclun, LG utilise en effet un modem Intel sur son G3 Screen ; Samsung utilise aussi bien des modems Qualcomm que des modems maison ; les Kirin de Huawei bénéficient de l’expertise des modems Balong de HiSilicon. Quant à HTC, fabricant d’une tablette en 2011 (la Flyer), il utilise aussi bien des puces Qualcomm que MediaTek, de même que Sony. Motorola pour sa part a utilisé une puce Intel sur son Razr i en 2011, ce qui l’exclut du champ des marques pouvant être visées par la Commission européenne.

 

Des prix pour faire sortir la concurrence

L’autre grief reproché à Qualcomm, c’est la mise en place d’une stratégie de prix d’éviction. Entre 2009 et 2011, « Qualcomm aurait déployé une stratégie de prix d’éviction en vendant certaines quantités de chipsets de bande de base à des prix inférieurs aux coûts, en vue d’entraver la concurrence sur le marché« .

En d’autres termes, Qualcomm aurait vendu ses modems à perte à ses clients. La commission précise que « cette pratique semble avoir été mise en œuvre à un moment où Icera offrait des performances de haut niveau en matière de flux de données et constituait dès lors une menace croissante pour Qualcomm sur le segment de pointe du marché ». Et justement, Icera est la société rachetée par Nvidia en 2011 puis liquidée cette année, notamment à cause d’une trop grande concurrence dans le domaine. Les puces Tegra intégrant des modems Icera n’avaient pas vraiment réussi à trouver preneurs, face aux solutions de Qualcomm et MediaTek.

 

La réponse laconique de Qualcomm

Afin de se défendre, Qualcomm a fait parvenir un communiqué de presse dans lequel l’entreprise assure que ses pratiques de vente ont toujours respecté le droit européen de la concurrence. Concernant la stratégie de prix d’éviction, elle indique que l’enquête porte sur deux clients et trois puces qui ont pris place dans des dongles USB 3G et 4G. Une manière de minimiser l’impact de cette stratégie dans le cas où elle serait reconnue par la Commission ? Cette nouvelle intervient dans un contexte juridique assez tendu pour Qualcomm, puisque la société a écopé d’une amende de 975 millions d’euros en Chine au début de l’année pour pratiques anticoncurrentielles et risque la même sanction en Corée du Sud.