Alors qu’Eric Schmidt est en campagne d’évangélisation de la Nexus 7 auprès de la presse, il a rencontré de nombreux médias lors d’un chat organisé à l’occasion de la conférence Allen & Company. Le NewYork Times relate que durant ce rendez-vous il aurait lâché cette petite phrase « nous avons toujours voulu être un constructeur de matériel».

On peut dire qu’Eric Schmidt s’y connaît un peu en stratégie d’entreprise puisque c’est lui qui a été recruté par les fondateurs de Google Sergey Brin et Larry Page en 2001 pour diriger l’entreprise. C’est grâce à lui qu’en 10 ans, Google est devenu le géant de l’information que l’on connaît aujourd’hui. Depuis le 4 avril 2011, une nouvelle répartition des rôles a permis à Larry de reprendre le poste de CEO, Eric Schmidt se concentrant sur les relations extérieures de l’entreprise en tant que président du conseil d’administration.

Cette reprise de contrôle de la mécanique interne par les fondateurs est à mettre en relation avec un autre évènement important intervenu durant l’année 2011, le rachat de Motorola pour 12,5 milliards de dollars en plein milieu du mois d’août, acquisition voulue et dirigée par Larry. On se souvient de l’inquiétude qu’avait suscité ce rachat auprès des partenaires au début. Le problème était surtout lié aux partenaires constructeurs qui avaient peur de se faire évincer si Google se mettait à faire des téléphones. Les dirigeants de Google les avaient très vite rassurés en arguant qu’ils achetaient avant tout le portefeuille de brevets accumulé au fil des années par Motorola et que cela permettrait de mieux protéger l’écosystème Android et ses partenaires.

Un an après ce rachat, c’est bien ce qui semble s’être passé. Google et Motorola restent deux entités séparées, les brevets ont été utilisés dans la lutte assassine contre Apple et Microsoft avec plus ou moins de succès et les produits de Motorola n’ont pas tellement changés puisque c’est encore le Galaxy Nexus et surtout le Galaxy S de Samsung qui forment le plus gros des ventes de terminaux Android.

Pourtant, à côté de ça, Google commence à développer des produits hardware en son nom. Ainsi, deux produits matériels ont été dévoilés durant la dernière Google I/O : le Nexus Q et les Google Glass même si pour ces dernières le concept avait déjà été dévoilé auparavant. On est certes bien loin de produits grand public vendus par palettes entières mais il faut bien commencer quelque part.

Si on met cela en relation avec la déclaration d’Eric Schmidt et le fait que Sergey ait présenté lui même les Google Glass avec toute la passion qu’il a pu y mettre, on comprend mieux l’envie de l’entreprise d’entrer dans la conception de hardware. Si cela s’avérait, ce serait une toute nouvelle stratégie de la part de Google : créer des objets innovants pour venir renforcer son écosystème.

La commercialisation du Nexus Q pourrait d’ailleurs servir de test grandeur nature pour cette nouvelle stratégie. En effet, le Nexus est en vente depuis la mi-juillet aux Etats-Unis mais uniquement sur le Play Store pour le moment. Suivant comme cela se déroule ce premier test, google pourrait décider d’investir plus de moyens autant humain que technique à la conception de hardware.

Si Google veut se lancer dans le développement de matériels, un point essentiel à modifier sera la distribution de ses produits. Cantonner les ventes au  play store n’offre pas suffisamment de visibilité. Pour le moment, ce n’est pas un problème puisque Google s’adresse aux geeks qui achètent ses produits pour les bidouiller. Le problème, c’est que si Google a la volonté de s’adresser au grand public, il va falloir aller leur parler directement et leur proposer des produits grand public. Offrir ses produits uniquement aux geeks n’est pas assez rentable pour une entreprise comme Google qui a besoin que des millions de personnes achètent ses produits pour que cela ait un effet sur son chiffre d’affaires. Il lui faut donc aller voir le grand public.

Le grand public n’est pas sur les sites Geek et ne suit pas la Google I/O. Il va faire ses courses dans des endroits qu’il connait et chez qui il a confiance. Il achète donc dans les magasins spécialisés, les grandes surfaces et aussi un peu sur internet mais à certaines conditions. Il est largement guidé par les publicités et  les prospectus des distributeurs qu’il reçoit dans sa boîte aux lettres. Il fait aussi confiance au vendeur pour le conseiller dans son achat et pour lui expliquer à quoi sert le produit qu’on lui propose.

Etre distribué par des revendeurs, cela veut dire que vous avez un accès plus direct à ce public. Cela veut aussi dire que vous pouvez acheter des espaces dans les prospectus et informer les vendeurs via des fiches de présentation des produits. Tout ces éléments mis bout à bout permettent, s’ils sont bien utilisés, à un produit de devenir un succès grand public.

Là réside certainement le plus grand enjeux de Google dans sa volonté de faire du matériel : rendre ses produits aussi accessible, compréhensible et simple d’utilisation pour le grand public que ne le sont ses logiciels.