La fin de l’année approche et avec elle va se poser la traditionnelle question : quels sont le smartphone Android et la marque qui a le mieux tiré leur épingle du jeu cette année ? Il était encore facile de répondre à cette question il y a deux ou trois ans. Le marché était alors dominé Samsung et ses appareils haut de gamme, sans aucune contestation possible. L’arrivée en France de marques chinoises et surtout la baisse drastique du prix des téléphones à entièrement bouleversé ce paysage. Et il semble que cette année, le grand gagnant soit également l’un des plus discrets : ce n’est pas pour rien que Huawei est le troisième plus important vendeur de smartphone.

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A la recherche du téléphone parfait à mois de 300 euros

En cette fin d’année 2015, quels sont les smartphones les plus conseillés en magasin ? Je me suis rendu dans diverses boutiques en me présentant comme un simple client afin d’écouter les conseils des vendeurs. Le scénario présenté était toujours le même : j’arrive en boutique avec un vieux Wiko en main en expliquant que je désire acheter un nouveau smartphone. Mes critères sont les suivants : je ne veux pas changer de forfait ou en tout cas faire en sorte qu’il ne dépasse pas les 25 euros, et surtout, j’ai 250 euros, voire 300 euros grand maximum à dépenser dans ce téléphone. Ce tarif n’est pas anodin, il devrait permettre aux vendeurs de me conseiller des smartphones de milieu, voire de haut de gamme.

Le Samsung Galaxy A3 fait partie des smartphones les plus populaires vendus dans les boutiques que nous avons visitées.

Le Samsung Galaxy A3 fait partie des smartphones les plus populaires vendus dans les boutiques que nous avons visitées.

Je suis parti consulter une dizaine de boutiques et d’opérateurs à Paris : SFR, Orange, Bouygues Telecom, la Fnac, Darty, mais aussi des vendeurs indépendants (comme Lick, entres autres). Et j’ai rencontré tous types de vendeurs, du passionné au débutant en passant par le ronchon et même celui qui n’avait pas envie de travailler. Et tous m’ont plus ou moins conseillé les mêmes appareils.

Évidemment, Samsung était presque systématiquement la première marque proposée. Sans aucun doute, les Galaxy A3 et les Galaxy J5 font partie des téléphones les plus vendus de cette fin d’année. Beaucoup m’ont également proposé des smartphones HTC, les Desire 620 et 820, preuve s’il en est que la marque n’est pas aussi morte que nos lecteurs l’affirment. Le seul smartphone haut de gamme qui m’a été proposé était un Xperia Z5 Compact, qu’une vendeuse de SFR a tenté de me fourguer avec un forfait bradé durant un an puis passant ensuite à plus de 40 euros par mois.

 

 

« Sinon, je peux aussi vous conseiller le P8 Lite… »

Mais ma plus grande surprise concerne indéniablement un téléphone auquel l’on ne s’attendait pas vraiment à la rédaction. Dans tous les magasins que j’ai visités, du Darty très grand public à la petite boutique spécialisée, tous les vendeurs m’ont au moins une fois conseillé le Huawei P8 Lite. Et, contrairement aux smartphones de Samsung, pas un seul vendeur ne m’en a dit du mal. Les argumentaires étaient parfois bancals (« Huawei c’est Coréen, comme Samsung, d’ailleurs leurs téléphones sont fabriqués dans la même usine ! »), mais ils se ressemblaient presque tous. Ils se ressemblaient d’ailleurs tellement que cela en devenait presque suspect.

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Le Huawei P8 Lite

Tous, ou presque, ont mis en avant la puissance de son « processeur octocœur », vanté la qualité de son écran (qui était parfois HD et parfois Full HD selon les vendeurs) et m’ont assuré que les fameux « 13 millions de pixels » (ceux de l’appareil photo) faisaient la différence par rapport à la concurrence. Comment ? Pourquoi ? Bien peu ont réussi à m’expliquer clairement pourquoi un processeur à huit cœurs était plus performant qu’un processeur à quatre cœurs. « Il ne faut pas être Einstein pour comprendre que 8 est supérieur à 4 », m’avouera plus tard un vendeur, « et même s’ils ne savent pas concrètement ce que cela veut dire, ce nombre leur parle ». En revanche, tous m’ont affirmé qu’à tarif égal avec un appareil Samsung (un Galaxy A3, par exemple), ce P8 Lite était bien meilleur. Bigre, mais pourquoi ces vendeurs m’ont-ils tous conseillé ce téléphone ?

 

 

Un bon smartphone de milieu de gamme, mais pas le meilleur

Revenons un instant sur ce fameux P8 Lite. Le téléphone est sorti en mai dernier. Il se présentait comme une sympathique version allégée d’un smartphone à la limite du haut de gamme, le Huawei P8. Nous lui avions alors mis la note de 8/10. Romain, qui l’avait testé à l’époque, avait apprécié le fait qu’il s’agisse du meilleur photophone que l’on puisse trouver cette année à moins de 300 euros – du moins avant la sortie du Honor 7, son lointain cousin. Son design, qui reprend celui du Huawei P8, mais en remplaçant la coque en métal par du plastique, faisait également partie de ses points forts. Pour le reste, il faut bien admettre que l’on trouvait (et que l’on trouve toujours) mieux hors des boutiques des opérateurs, avec le Honor 7 ou Alcatel One Touch et son Idol 3 5,5. À notre sens, il s’agit aujourd’hui des deux meilleurs rapports qualité-prix en termes de smartphone cette année, du fait de leur écran et de leur puissance. Mais comme ce sont des appareils relativement confidentiels, ils sont encore réservés à une poignée de connaisseurs ou de passionnés du milieu.

En savoir plus : Test du Huawei P8 Lite : version allégée

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La façade du Huawei P8 Lite

Le P8 Lite est aussi un téléphone que nous surveillons depuis longtemps chez FrAndroid. Et pour cause, son test a été le plus lu du site cette année, très loin devant des appareils populaires (comme le Samsung Galaxy S6, par exemple) et qu’on pensait plus vendeurs. Nous étions alors très intrigués par ce succès soudain, d’autant plus provenant d’un appareil de milieu de gamme sympathique, mais un peu moyen.

 

Huawei à l’assaut des boutiques physiques en 2015

Comment expliquer un tel succès ? Nous avons commencé par poser la question directement à Huawei et plus précisément à Vincent Vantilcke, le directeur marketing de la marque pour la France. Ce dernier nous a expliqué que l’année 2015 s’est révélée excellente. Cela n’est pas dû au hasard, mais plutôt à une stratégie marketing élaborée sur le moyen terme. « Pour faire connaître la marque Huawei, l’approche marketing a été progressive. 2014 a d’abord été l’année où nous avons établi notre présence sur l’ensemble des canaux de distribution (Open Market et opérateurs) avec les Huawei P7, Mate 7 et G6 ». Vincent Vantilcke me rappelle qu’il y a encore un an, la marque Huawei n’était connue que d’un Français sur trois. Et pour se faire connaître, la société chinoise a d’abord décidé d’être présente en boutiques.

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Une boutique Bouygues Telecom à Paris.

« Nous avons aussi lancé notre force de vente terrain dans toutes les grandes villes de France pour former les vendeurs et rendre le référencement de nos produits plus naturel. C’est à partir de là que nous avons commencé à travailler une exposition qualitative dans les points de vente de nos clients, approche qui s’est renforcée tout au long de 2015. Non seulement nous voulions que nos téléphones soient accessibles via des démos tournantes, mais en plus que les consommateurs puissent prendre en main nos produits, se rendre compte de leur qualité de conception, de leur conception tout en métal, de leurs applications spécifiques », continue Vincent Vantilcke. Et de conclure « C’est une stratégie finalement cohérente. Il ne sert à rien de faire de la publicité si l’on n’est pas référencé et si l’on n’est pas présent dans les points de vente. Une fois que l’on est référencé, que nos produits sont exposés correctement en boutique et donc que les consommateurs commencent à nous connaître, on peut commencer à communiquer. »

« Il ne sert à rien de faire de la publicité si l’on n’est pas référencé et si l’on n’est pas présent dans les points de vente. Une fois que l’on est référencé, que nos produits sont exposés correctement en boutique et donc que les consommateurs commencent à nous connaître, on peut commencer à communiquer. »

Pour se faire connaître, Huawei a donc préféré occuper le terrain des boutiques plutôt que de se lancer dans une communication auprès du grand public coûteuse et peut-être hasardeuse. Dans les faits, Huawei n’a pas vraiment innové et s’est contenté de reprendre des méthodes éprouvées et utilisées depuis longtemps par les autres marques. La plus classique consiste à envoyer des commerciaux dans des boutiques de téléphonie — à l’improviste ou sur rendez-vous — et à « former » et « informer » les vendeurs et conseillers sur ses différents téléphones. Ils seront finalement les meilleurs porte-parole de la marque en magasin, pour peu que les arguments des commerciaux soient convaincants. Une méthode qu’emploient Samsung, Sony ou LG depuis des années déjà.

 

Des challenges pour motiver les vendeurs

Au final, ce sont les vendeurs qui ont le dernier mot et qui décident ou non de conseiller certains téléphones plutôt que d’autres. Ou presque. Que ce soit dans les boutiques ou surtout chez les opérateurs, les conseillers sont souvent soumis à des « challenges ». Régulièrement, il leur est demandé de remplir des objectifs portant soit sur un appareil d’une marque en particulier, soit sur des services. S’ils parviennent à vendre un certain nombre d’appareils, ils gagnent alors soit des avantages en nature (un téléphone, par exemple), soit des primes. C’est ce qui explique pourquoi certains vendeurs insistent beaucoup sur un appareil en particulier, voire n’hésitent pas à montrer au client qu’ils l’utilisent « à titre personnel ». Chez Bouygues Telecom, j’ai vu par exemple un vendeur qui m’a montré son P8 Lite personnel au moment de me vanter les mérites de l’appareil en magasin. Difficile d’être plus convaincant.

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Est-ce que les commerciaux de Huawei ont visité les boutiques et les opérateurs plus que les autres marques ces derniers mois ? Quelques jours après ma première visite auprès des boutiques et des opérateurs en tant que simple client, je suis revenu interroger les vendeurs en tant que journaliste. À ma grande surprise, les vendeurs se sont montrés plutôt accueillants et beaucoup m’ont parlé de la façon dont ils ont été formés. En les interrogeant, beaucoup de ces vendeurs m’ont affirmé que des commerciaux de Huawei sont bien passés pour les former, mais pas plus souvent que les autres marques. Les commerciaux de Samsung, par exemple, visitent bien plus souvent que ceux de Huawei les boutiques et les opérateurs, et plus encore à quelques jours des fêtes de fin d’année.

La question des challenges est évidemment beaucoup plus problématique à aborder avec les vendeurs, qui changent très facilement de sujet ou ne désirent pas en parler. Huawei aurait-il organisé des challenges dans différentes boutiques pour la fin de l’année ? C’est possible. Mais cela n’empêche pas, on le disait un peu plus haut, les vendeurs d’avoir leur propre opinion des produits qu’ils vendent et surtout de l’exprimer auprès des clients. Et concernant Huawei, leur avis était extrêmement intéressant. Beaucoup des conseillers que j’ai rencontrés m’ont ainsi confié que s’ils conseillaient aujourd’hui beaucoup les produits de Huawei, c’est qu’ils bénéficiaient d’un rapport qualité-prix que les autres marques ne proposent pas, ou peu.

 

Après Internet, la guerre des prix touche enfin les boutiques physiques

Il semble également que le travail des commerciaux des marques joue beaucoup sur l’opinion de ces vendeurs. Un certain nombre, et particulièrement dans les boutiques spécialisées, m’ont avoué leur agacement face aux produits de Samsung, qui avait tendance à se sentir parfois en terrain conquis. Une vendeuse de chez Orange m’affirmait que Huawei « mettait moins en avant sa marque que les capacités de ses téléphones ». Et de me citer des chiffres — ces fameux huit cœurs et 13 millions de pixels — que l’on retrouve rarement chez la concurrence.

Surtout, tous les vendeurs s’accordent sur le fait que les retours sur les produits Huawei sont positifs. « Quand Huawei est arrivé il y a deux ou trois ans en boutique, nous étions méfiants, m’explique un conseiller de chez SFR, mais je n’ai eu que des bons retours de la part des clients. Pour moi ces produits sont aussi bons que ceux de Samsung ». Les deux marques sont en effet souvent rapprochées par les vendeurs. Dans une boutique Orange, on était même capable de me dire que Huawei est aujourd’hui le troisième plus gros vendeur de smartphones dans le monde.

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Une boutique Orange à Paris.

En fait, il est indéniable que la campagne de communication menée par Huawei auprès des vendeurs depuis quelques mois a porté ses fruits. Mais il semble que ce soit surtout les prix proposés ainsi que les caractéristiques techniques de son téléphone qui joue le plus, surtout face à des marques bien établies comme Samsung, mais aussi LG ou Sony, qui affichent encore des tarifs très élevés sur des appareils de milieu de gamme vendus en boutiques. Contrairement à ces marques, Huawei est une marque assez jeune sur le marché et ne fait pas encore payer son image lors de l’achat d’un produit. Plus qu’un Wiko, qu’on retrouve bien plus chez les revendeurs en ligne et dans les grandes surfaces, Huawei est surtout la première marque d’importance à s’inviter chez les opérateurs et à baisser les prix. Vu les récentes annonces de Samsung, la tendance ne devrait pas s’inverser dans les prochains mois et devrait encore profiter à la marque chinoise.