Huawei m’a invité à une démonstration étonnante : voir une Porsche Panamera être conduite par un Huawei Mate 10 Pro, par la force de son Kirin 970 et son NPU dédiée à l’intelligence artificielle. Pas rassuré de prime abord, j’en suis ressorti avec des étoiles dans les yeux.

Huawei a présenté lors du Mobile World Congress 2018 son projet RoadReader qui permet au Huawei Mate 10 Pro de devenir le cerveau d’une voiture. Et pas n’importe laquelle : la Porsche Panamera.

Le constructeur m’a invité à faire partie de l’expérience. Mais entre un SoC Nvidia dédié à une seule tâche, s’assurer que les voitures autonomes sont sécurisées, et le téléphone qu’utilise Omar au quotidien… je confierais plutôt ma vie au premier, par simple calcul de probabilité de décès.

Le jeu en valait tout de même la chandelle, et ma curiosité était piquée. C’est donc sur un parking à côté du stade de football Camp Nou que j’ai rejoint le constructeur pour devenir, du moins dans ma tête, un mannequin d’essai de choc.

Huawei ne fera pas de voiture autonome

Dissipons tout de suite un doute : cette expérience ne signifie pas que Huawei va se lancer sur le secteur automobile, loin de là. Le constructeur m’a bien confirmé que ce n’était absolument pas dans leurs projets.

Alors, pourquoi avoir créé cette expérience de toutes pièces en 5 semaines seulement ? Pour pouvoir démontrer les capacités de son SoC Kirin 970, et plus particulièrement de son NPU dédié à l’intelligence artificielle, avec un exemple concret pour que le grand public comprenne enfin l’intérêt.

Si vous doutez des 5 semaines annoncées, l’air fatigué de l’un des développeurs présents sur place et sa complainte à cette mention m’a assuré de la véracité de ce propos. Alors, peut-on vraiment faire quelque chose d’impressionnant en si peu de temps, avec uniquement un Huawei Mate 10 Pro ?

La Porsche Panamera ne fait qu’agir

Ce doute dissipé, il est temps de découvrir l’engin. En dehors de la salle de conférence où ces précisions m’ont été données se trouve une Porsche Panamera grimée aux couleurs de la marque.

Sur la voiture, un coffre de toit accueille tout simplement les divers capteurs, caméras et pistons nécessaires à la réalisation de cette expérience. Les technologies utilisées sont communes, et le téléphone est bien l’unique élément ayant le contrôle de l’expérience.

On retrouve également une partie des éléments mécaniques dans le coffre de la voiture, avec un câble noir un peu masqué par l’entreprise le reliant au toit. À l’intérieur du véhicule, le Huawei Mate 10 Pro est tout simplement juché sur un stand classique comme un GPS, avec un seul câble pour le connecter à tout ce système.

Ça fleure bon le système D, mais l’intérêt n’est pas de faire une belle voiture on le rappelle. Le point le plus important est surtout qu’il ne s’agit pas d’un Mate 10 Pro spécial, mais bien du modèle que vous pouvez acheter chez votre revendeur préféré.

Au Huawei Mate 10 Pro de réfléchir

C’est bien beau d’avoir des chevaux, encore faut-il savoir s’en servir. C’est là que le Huawei Mate 10 Pro entre en scène. Le but de l’entreprise est véritablement de souligner l’intérêt d’avoir une puce dédiée à l’IA sur un SoC avec cette expérience.

Et pour cause : le temps de calcul d’un SoC classique comparativement à un Kirin 970 ne permettrait tout simplement pas d’avoir les réactions à la milliseconde dont a besoin une voiture autonome pour éviter un obstacle tel qu’un chien… ou une mamie.

L’expérience en elle-même est assez simple : un premier parcours en ligne droite est fait à un peu moins de 10 km/h et se lance par simple appui sur un bouton sur le téléphone. Le conducteur présent n’est là que pour agir en cas de problème… ce qui n’est jamais arrivé de la journée me confiait-il, en soulignant à quel point il s’ennuyait.

De 0 à 50 km/h en quelques calculs

Le deuxième parcours était le plus intéressant. 3 obstacles étaient prévus sur la course : l’image d’un chien, d’un cycliste et d’une énorme balle de foot. Avant de lancer véritablement l’expérience, le Huawei Mate 10 Pro nous demande tout simplement de sélectionner l’action à effectuer lorsque l’un de ceux-ci est détecter : éviter par la droite, la gauche ou s’arrêter. Le but est de laisser faire la voiture, mais lui indiquer le comportement à adopter pour prouver aussi bien son libre arbitre que la facilité avec laquelle on peut la programmer.

J’ai donc pu définir mon propre parcours avant d’appuyer sur « Démarrer ». Là, la voiture a accéléré à 50 km/h, une bonne poussée sur une Porsche Panamera — ça fait des petits guilis au ventre. Et surtout, elle s’est comportée exactement comme je l’ai défini, retraçant le parcours prévu toute seule sans le moindre problème.

Étant à l’arrière du véhicule, mon angle de vision était parfait pour observer le volant tout autant que la route devant moi. Voir un volant s’actionner tout seul pour éviter des obstacles a tout de même quelque chose d’extraordinaire en soi.

On ne peut le nier : c’était très impressionnant compte tenu du fait qu’il ne s’agit « que d’un smartphone » et que toute l’expérience a été développée en 5 semaines. En termes de démonstration concrète des capacités IA d’un smartphone, il va être difficile de faire mieux.

Et ce n’est que le début

Si Huawei ne va pas sur le marché des voitures autonomes, il compte bien investir sur le long terme sur l’IA. Si les Américains découvrent à peine le Mate 10 Pro, le Kirin 970 est loin d’être une nouveauté pour nous autres Européens.

Aussi, la question se pose… le Huawei P20 disposerait-il d’une évolution de la plateforme lancée par HiSilicon ? Le mutisme est de mise face à cette question chez Huawei, mais le sourire complice de mon interlocuteur en disait long sur la question.

Une chose est sûre : l’utilisation de l’intelligence artificielle est une stratégie sur le long terme pour l’entreprise, qui y voit (comme beaucoup d’autres) l’avenir du mobile. Et sur ce point, Huawei et son NPU ont une longueur d’avance indéniable.

Toujours plus ouvert

Qu’en est-il de l’adoption de cette petite puce que seul Huawei possède ? J’ai pu avoir sur ce point une réponse très intéressante. Jusque là, profiter du NPU demandait que les développeurs utilisent le SDK libre de la marque, disponible sur son site officiel. Ce SDK permet d’ailleurs aux développeurs motivés de reproduire l’expérience du jour.

Toutefois, à partir de la mise à jour Android 8.1 Oreo pour le Mate 10 Pro et les autres futurs téléphones de la marque, l’accès au NPU sera possible directement en utilisant le SDK Android commun à tous les téléphones et l’outil TensorFlow.

Si la nouvelle peut paraître somme toute assez banale, c’est loin d’être le cas. Une telle ouverture garantit l’adoption des puces dédiées à l’intelligence artificielle par les développeurs, puisqu’un seul code pourra prendre en compte les puces de plusieurs constructeurs. Auquel cas, l’adoption du NPU du Kirin 970 et des futures générations de SoC HiSilicon ne va aller qu’en grandissant.

Si Huawei est pour l’instant le seul à intégrer un NPU, ce sera loin d’être le cas à l’avenir. Mais en ayant été le premier, il profitera d’une expérience que ses compétiteurs n’arriveront pas forcément à rattraper. À l’égal de la Porsche Panamera, le constructeur chinois a su accélérer en trombe : ne lui reste plus qu’à gagner en vitesse et maîtriser ses virages pour rester premier de la course.

Galerie photo de l’expérience