En un an, Nokia et HMD Global sont en passe d’intégrer le top 10 des constructeurs de smartphones, effectuant un retour inattendu sous Android. Une belle réussite qui peut redonner espoir à d’autres marques.


Comment passer de dinosaure à phénix ?

Quand on prend un peu de hauteur sur l’actualité de la mobilité, et qu’on remonte dans le passé, 5 ans ou même 10 ans en arrière, il y a des informations qui nous seraient parues complètement impensables. Comme le fait que l’un des constructeurs de smartphones Android qui a su tirer son épingle du jeu est… Nokia. Enfin  » Nokia « . HMD, quoi. Mais quand même, la marque est là, symbole d’un géant de la mobilité. Presque d’un dinosaure.

Et c’est justement cette image-là, celle du dinosaure qui n’a pas su évoluer, qu’on a souvent associée à Nokia ces dernières années. Le pionnier qui fait les mauvais choix. Celui de ne pas anticiper le succès de l’iPhone. Celui de passer à côté d’Android pour signer un accord avec Microsoft et son Windows Phone. Qui sort des technologies incroyablement prometteuses, mais dans des produits trop en avance. Le loser flamboyant.

Nokia Lumia 1020

Le Nokia Lumia 1020… sous Windows Phone

Alors, bien entendu, comme dit dans l’intro, ce n’est pas tout à fait Nokia qui a rebondi. Car le Nokia du Lumia 800, du 3310 original, du N95, n’existe plus à proprement parler. Il a été atomisé par la revente de l’activité mobilité à Microsoft. La partie qui n’avait pas été rachetée par Microsoft subsiste, scindée en deux entités. Nokia Networks continue les activités d’équipementier réseau, et Nokia Technologies gère la marque Nokia. C’est en s’associant avec HMD Global que Nokia Technologies a relancé une activité de vente de smartphones. Nokia fournit la marque et les brevets, Foxconn la capacité de production et HMD  » développe  » et vend les smartphones. Un schéma qui rappelle l’exploitation d’autres marques comme Blackberry ou Alcatel avec TCL.

Une image relativement intacte

Le succès de l’alliance HMD/Nokia est néanmoins remarquable, parce qu’il fait la démonstration d’une exploitation quasi sans faute d’une image de marque encore à peu près intacte du point de vue de ses produits. Car on a beau dire que Nokia est le vieux dinosaure qui n’a pas su s’adapter au changement, c’est aussi un constructeur qui n’a jamais sorti de produit vraiment raté. Bon, à part la NGage. Mais la console/téléphone portable à tenir par la tranche est en fait passée suffisamment inaperçue pour qu’on l’oublie purement et simplement. Mais le 3310, le Lumia 800, l’avant-gardiste Lumia 1020 ou même les  » petits  » Windows Phone restent des produits aimés et révérés par ceux qui les ont possédés. Et même si ça n’est pas tout à fait vrai, on aime les histoires d’outsiders qui rebondissent.

Le Nokia 8

Mais surtout, HMD a su exploiter un créneau intéressant : celui de l’entrée de gamme de qualité, qui ne propose peut-être pas les meilleures caractéristiques techniques, mais tout de même une certaine exigence, notamment sur le logiciel, léger et fréquemment mis à jour (polémique autour du bootloader verrouillé mise à part). Celui que Motorola avait su occuper un temps avec le Moto G, le rachat par Lenovo ayant tout de même un peu dilué sa gamme. Nokia sort de bons smartphones pas chers et pas intrusifs pour l’utilisateur qui veut un Android sans fioritures. Et, plus intéressant encore, il se relance sur le créneau de l’ultra entrée de gamme avec le Nokia 2 et, sans doute, le futur Nokia 1 qui font le pari d’Android Oreo Go.

Le Top 10 en 2018 ?

Le positionnement est payant : en un an, Nokia est devenue la 11e marque de smartphones au monde, avec 1 % de parts de marché, un petit pour cent qui lui permet pourtant de dépasser Sony, HTC, OnePlus, Alcatel et même Google. Bien sûr, les produits ne sont pas du tout les mêmes, entre Google et OnePlus qui ne vendent que du haut de gamme, et Nokia qui se spécialise dans les modèles abordables aux spécifications beaucoup plus modestes.

La performance est tout de même admirable, et apporte une sorte de happy end inattendu à une saga plutôt triste. C’est un mal pour un bien. Le  » vrai  » Nokia n’est plus et Microsoft a sabordé son propre OS mobile. Néanmoins, nous, on a gagné un constructeur de confiance que l’on peut recommander à nos proches à la recherche de bons smartphones qui ne coutent pas un bras. Maintenant, il va falloir transformer en 2018. Comment ? On devrait le savoir au Mobile World Congress, et l’annonce d’un éventuel Nokia 8 Pro qui verrait le Finlandais monter en gamme.