Orange souffrirait du poids trop important de l’État en tant qu’actionnaire. Selon la Cour des comptes, l’État serait un frein important à la compétitivité industrielle de l’opérateur.

L’opérateur historique est dans le collimateur de la Cour des comptes. Plus précisément, c’est la gestion de l’État, encore actionnaire à plus de 25 % qui est épinglée. Selon l’institution chargée de contrôler les comptes publics, la gestion actuelle d’Orange par l’État pourrait interférer avec sa capacité à être un acteur compétitif de l’industrie des télécoms.

L’État actionnaire, un boulet pour Orange ?

Dans un rapport sorti la semaine dernière, la Cour des comptes critique sévèrement la gestion des différentes entreprises dont l’État est actionnaire. Une des critiques vise plus spécialement les interventions du gouvernement français dans l’opérateur Orange. Ainsi, l’institution questionne « la volonté des pouvoirs publics de préserver leur influence peut constituer un frein au développement de l’entreprise, en particulier sur le plan international ou pour les opérations de consolidation industrielle ». Autrement dit, l’État serait un boulet pour Orange, avec lequel il serait obligé de composer.

On pourrait cependant apporter l’argument inverse, puisque comme le relève d’ailleurs la Cour, la stratégie de l’opérateur se confond souvent avec les politiques publiques, concernant le déploiement du très haut débit par exemple. Dans ce cas, on peut se demander si la relation privilégiée qu’à l’ex-France Télécom avec l’État ne lui donne pas un poids disproportionné lorsqu’il s’agit de négocier les objectifs de déploiement de ses différents réseaux.

Si l’autorité de régulation des télécoms, l’ARCEP, n’est pas spécialement tendre avec l’opérateur, on ne peut pas en dire autant du ministère de l’Économie, qui s’avère souvent bien plus conciliant avec l’opérateur. Comme au sujet des zones blanches.

Le rachat avorté de Bouygues, la faute à l’État selon la Cour des comptes

Dans un passage qui fera sûrement plaisir au PDG de l’opérateur Stéphane Richard, la Cour implique également la responsabilité pour le rachat raté de Bouygues par Orange. En effet, elle indique qu’il est « loin d’être avéré que les avantages retirés par la sphère publique de sa participation l’emportent sur les inconvénients pour la stratégie de développement de l’entreprise et pour la consolidation industrielle du secteur. » C’était déjà l’avis exprimé par Stéphane Richard il y a presque un an.

Ce rachat, qui devait voir Martin Bouygues rentrer au capital d’Orange aurait ainsi pu diluer la participation de l’État dans l’opérateur. Il y aurait donc eu pression pour que ce rachat n’aboutisse pas.

Le désaccord du gouvernement avec la Cour des comptes

Évidemment, le gouvernement n’est pas d’accord avec ce rapport. À Matignon, on souligne ainsi que l’État actionnaire dans Orange « ne saurait constituer un frein au développement industriel du groupe et à la consolidation industrielle du secteur ». Et plus spécifiquement sur l’épisode du rachat avorté avec Bouygues, le cabinet du 1er ministre Bernard Cazeneuve réfute toute velléité d’avoir voulu faire échouer le mariage des deux opérateurs. Et de déclarer : « Il est à cet égard totalement infondé de considérer que l’État serait responsable de l’échec du projet d’acquisition de Bouygues Télécom par Orange, opération d’une grande complexité, car faisant intervenir de nombreux acteurs, à l’occasion de laquelle l’État a logiquement défendu les intérêts patrimoniaux liés à sa participation au capital d’Orange. »

Une relation spéciale, parfois ambiguë

Au-delà de ces déclarations, une choses est sûre : tant l’État que l’opérateur ont probablement déjà profité de cette relation spéciale. Et on pourra des fois avoir des indices de cette relation parfois ambiguë, comme il y a quelques années quand l’opérateur proposait un logiciel de « sécurisation » suite à la création de l’institution Hadopi par le gouvernement par exemple. Mais il n’est pas sûr que l’État soit seul responsable. On pense notamment à Dailymotion, dont l’opérateur n’a jamais vraiment su que faire, jusqu’à sa vente à Vivendi.

À lire sur FrAndroid : Bouygues, Free, Orange et SFR : quel est le meilleur réseau mobile ?