Nous avons récemment eu l’occasion de nous pencher sur les compétences du Fairphone 2, ce smartphone qui se veut équitable. Un mobile qui s’est révélé assez moyen en matière de performances générales, mais qui mise sur un aspect éco-responsable pour se démarquer de la concurrence et séduire les consommateurs. Il est donc temps de s’intéresser au mode opératoire de Fairphone. 

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Une idée

Le smartphone, s’il a évidemment révolutionné notre quotidien, n’en reste pas moins un objet de débat. Nombreux ont été les scandales à propos de la production de nos terminaux mobiles, et les téléspectateurs français se souviennent notamment du Cash Investigation diffusé en novembre 2014, ou encore du reportage de la BBC sur les conditions de fabrication de l’iPhone 6. On n’échappe pas non-plus, régulièrement, aux rapports de l’ONU sur l’origine des minerais (notamment le Tantale) utilisés dans nos mobiles.

Et la promesse de Fairphone, c’est de produire un terminal équitable. Pour cela, le constructeur souhaite suivre lui-même le cheminement des minerais utilisés dans le smartphone, du lieu d’extraction aux usines d’assemblage, mais mise aussi pour son second smartphone sur un aspect modulaire. L’objectif est à terme de proposer sa propre solution pour les réparations, et propose d’upgrader certains composants du mobile plus simplement. Quant aux vieux composants ? Il devrait être possible de les recycler, tout simplement.

Confortablement installés dans nos fauteuils, la démarche de Fairphone pourrait presque s’apparenter à un habituel hobby d’écolo, mais l’enjeu est autrement plus important.

 

L’extraction de minerais

C’est simple, nos smartphones sont bourrés de minerais, que l’on retrouve même dans un Fairphone à la grossière coque en plastique. On y trouve de l’or, de l’argent, de l’aluminium, du tantale, de l’étain, du graphite, du tungstène, du terbium, de l’yttrium, du gadolinium… Bref, de quoi remplir une bonne partie du tableau périodique des éléments. Et certains éléments, comme le Tantale, se trouvent en abondance dans des régions politiquement instables. C’est le cas de la République Démocratique du Congo, où les constructeurs de smartphones s’approvisionnent.

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En janvier 2013, Fairphone a signé un accord avec Solutions for Hope pour garantir l’utilisation de tantale dit « conflict-free », c’est-à-dire qu’il est certifié qu’il ne participe pas au financement de groupes armés. La région est aujourd’hui plus stable puisqu’en novembre 2013, l’armée congolaise et une brigade d’intervention de l’ONU ont chassé les rebelles du M23 des dernières positions qu’ils occupaient dans les montagnes du Nord-Kivu, à la frontière du Rwanda et de l’Ouganda, et qu’un traité de paix a été signé dans la foulée, à Nairobi, avec ces rebelles.

SOLUTIONS FOR HOPE

Solutions for Hope est une plate-forme qui soutient les entreprises, les organisations de la société civile et les gouvernements qui travaillent ensemble pour exploiter de façon responsable les sources minérales provenant des régions touchées par un conflit où l’accès au marché est limité par les chaînes d’approvisionnement opaques. Le programme gère le risque pour les entreprises participantes et offre une reconnaissance pour la participation.

La plateforme a été créée en 2011 par Motorola Solutions et AVX (fabricant d’électronique) avec un programme de test au Congo pour l’exploitation du Tantale. Depuis, des programmes similaires à Solutions for Hope ont émergé en RDC ou dans d’autres régions du monde, avec le soutien d’autres acteurs de l’industrie (Qualcomm, Philips…) et même du ministère des Affaire Etrangères des Pays-Bas dans le cas du Conflict Free Tin Initiative (CFTI).

 

Justement, les montagnes du Kivu, qui bordent le Rwanda et le Burundi sont un enjeu humanitaire majeur, autant sur le plan de l’exploitation humaine, celle de ressources minières, ou sur la préservation d’espèces animales menacées telles que le Gorille des Virungas (voir le documentaire Virunga sur le sujet). Et c’est la province du Nord-Kivu qui a été choisie par Solutions for Hope – et par conséquent Fairphone – pour son approvisionnement en Tantale.

Fairphone a également tenu à mettre en scène ses recherches et a publié un journal de bord sur son site web, avec des vidéos de ses visites dans des mines du Congo, pour le tantale notamment mais aussi l’étain, et du Rwanda, où elle va chercher le tungstène. Et on y trouve toujours cette volonté de rendre transparente la fiche technique du mobile : l’étain est certifié CFTI (voir encadré Solutions for Hope) tandis que le tungstène ne possède pas de certification particulière, mais est visiblement extrait dans de bonnes conditions chez le voisin.

Barriles d'étain

Barriles d’étain

Depuis 2010, les constructeurs mobiles sont de toute façon invités à divulguer leurs sources d’approvisionnement, afin de se conformer à la section 1502 de la loi Dodd Frank, malgré le fait que celle-ci n’impose pas de sanctions aux entreprises utilisants des minerais du conflit. Elles doivent seulement prendre des mesures pour établir si les minerais présents dans leurs produits proviennent de RDC ou de pays voisins. La question se pose moins depuis la signature du traité de paix en 2013, mais cette démarche de transparence reste un leitmotiv pour Fairphone.

 

La production

L’ensemble de la production et de l’assemblage des Fairphone 2 se fait en Asie, et la marque néerlandaise a fait un peu de changement à l’aube du processus de fabrication de son nouveau produit. Après avoir confié cette mission d’assemblage à Guohong, en charge du premier mobile de la marque, l’entreprise fait désormais confiance à Hi-P International Limited, une entreprise indonésienne qui possède une usine à Suzhou, en Chine.

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L’objectif de Fairphone est évidemment de suivre l’intégralité de la chaine de production, et d’obtenir une traçabilité sur l’approvisionnement global. Mais c’est aussi de pouvoir s’assurer des bonnes conditions de travail des salariés. Fairphone explique avoir rendu visite à différentes usines en Chine et avoir jeté son dévolu sur Hi-P parce que l’entreprise correspondait au mieux avec ses exigences. C’est-à dire trouver un partenaire qui comprenne la valeur ajoutée de Fairphone, qui soit capable de faire des produits de haute qualité, et qui soit transparent sur le plan social ou environnemental.

 

Programme de recyclage

Donner un produit fini au consommateur est une bonne chose, mais l’avenir d’un produit est une responsabilité partagée entre le consommateur et le constructeur. Et FairPhone souhaite également mettre la main dans le cambouis dans ce domaine. La marque propose un programme de recyclage, depuis 2013, en partenariat avec Closing The Loop, une société néerlandaise spécialiste de la question.

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Ce sont donc 3,1 tonnes de téléphones abimés qui ont été collectées au Ghana, et expédiées en 2015 vers la Belgique où ils sont recyclés par la société Umicore. Du recyclage qui devrait servir, entre autres, à alimenter la chaine de production des prochains téléphones de la marque. Depuis, Fairphone poursuit ses recherches pour le développement de centres de collecte et de recyclage en Afrique, et a lancé la même initiative qu’au Ghana dans d’autres contrées d’Afrique, comme le Rwanda, le Cameroun et l’Ouganda.