Le cabinet IDC a publié ses chiffres pour le marché des tablettes : Apple retrouve des couleurs, tandis que le nombre de tablettes vendues baisse dans le monde. Ces chiffres montrent surtout que Google et ses partenaires n’ont pas réussi à trouver la bonne formule.

Je dois vous l’avouer : lorsque l’on me demande mes conseils sur l’achat d’une tablette tactile traditionnelle, j’ai tendance à rediriger mes amis vers l’iPad. Le constat est amer pour un grand passionné d’Android. Plus globalement, quand on regarde les derniers chiffres d’IDC à propos du marché des tablettes, on remarque la surreprésentation d’Apple. En effet, l’iPad est à 30 % de parts de marché, alors que l’iPhone est à moins de 10 % sur le marché du smartphone. Les fabricants de tablettes Android souffrent : malgré la croissance de Huawei et d’Amazon dans le secteur, les autres constructeurs ont une part de marché en baisse. C’est le cas de Samsung qui arrive tout de même à garder sa seconde place.

Le volume de tablettes vendues a baissé de 3 % en 12 mois

Qu’est-ce qui peut expliquer cette surreprésentation de l’iPad ?

Depuis l’arrivée d’Android 3.0 Honeycomb en fin d’année 2011, Android est officiellement compatible avec des tablettes.

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Évidemment, les fabricants n’avaient pas attendu Google, Archos avait été un des précurseurs dans le secteur avec l’Archos 5 Internet Tablet en 2009. Google a ensuite enchaîné les versions d’Android, en apportant des soins particuliers aux tablettes. Avec des formats compacts, on se souvient de la Google Nexus 7 et ses variantes, puis de la Nexus 9 et enfin de la Pixel C sous Android Marshmallow avec son clavier détachable.

Les tablettes bon marché

En attendant, le marché des tablettes Android est très hétérogène : les tablettes bon marché sont très nombreuses, avec des horreurs. Ecran TN, petite définition d’écran, peu de puissance, peu de capacité de stockage, une mauvaise conception, de vieilles versions d’Android : ce sont des tablettes jetables à fuir. Elles fournissent une expérience très médiocre d’Android et doivent certainement avoir un impact négatif sur l’image d’Android. Cela dit, Amazon se classe au troisième rang dans les parts de marché, et l’entreprise américaine se concentre entièrement sur les tablettes à faible coût. D’ailleurs, ce sont des appareils basés sur un fork d’Android, Fire OS. Ce qui signifie que l’on ne retrouve aucune application de Google préintégrée.

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Manque d’ergonomie des apps Android sur tablette

Mais ces tablettes bon marché ne sont sûrement pas le seul problème d’Android : lorsque l’on interroge les amateurs d’Android, la plupart ont des critiques vis-à-vis de l’écosystème d’applications Android sur tablette. Les éditeurs et développeurs ne font que rarement l’effort d’apporter des finitions aux grands formats d’écran. La majorité du temps, il s’agit purement et simplement de l’interface pour des écrans de moins de 6 pouces affichée sur de grands écrans.

Vous voyez certainement de quoi je parle

Il en découle des applications peu ergonomiques qui ne tirent pas parti de l’espace disponible et qui sont peu adaptées au mode portrait souvent utilisé sur des tablettes de plus de 8 pouces de diagonale.

L’exclusivité iOS

Applications mal adaptées et intégrées, ce n’est pas la seule raison qui explique cette méfiance des utilisateurs vis-à-vis d’Android sur tablette. Adobe Photoshop Sketch, Garage Band, iMovie, Procreate,Pixelmator, uMake… la liste est longue. Il existe de nombreuses applications exclusivement conçues pour iOS. Malheureusement, c’est également le cas de nombreux jeux. On peut également souligner que les éditeurs ont tendance à sortir leurs jeux et applications en avant-première sur l’iPad, comme Heartstone par exemple.

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La taille d’écran des smartphones

Nous pouvons également désigner un autre coupable : le smartphone. En effet, la taille des écrans a augmenté, on retrouve désormais la majorité des nouveaux produits avec une diagonale d’écran entre 5 et 6 pouces, ce qui a diminué l’intérêt de confort d’une tablette pour consulter du contenu multimédia. Cela n’explique cependant pas tout : Apple a annoncé un iPad Pro avec un écran de 12,9 pouces, l’iPad Mini (7,9 pouces) est quant à lui aux oubliettes.

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Le haut de gamme Android ne brille pas

Ce que l’on constate également, c’est que les tarifs ne sont pas particulièrement plus bas pour une tablette Android haut de gamme. La Samsung Galaxy Tab S3 est vendue à 679 euros, présentée au Mobile World Congress 2017, sans proposer d’impressionnantes nouveautés : l’écran AMOLED compatible HDR est certes impressionnantes, mais le dernier iPad Pro propose un écran 120 Hz.

Sur ce produit, l’innovation côté Cupertino vient du dernier point de la fiche technique sur lequel il ne faut absolument pas passer à côté : la « Technologie ProMotion ». Derrière ce terme marketing se cache en fait une dalle capable d’ajuster sa fréquence en temps réel selon votre utilisation (ceux qui utilisent G-Sync ou Freesync sur PC sauront tout de suite de quoi nous parlons). Elle peut passer de 45 Hz à 60 Hz à 120 Hz selon ce qu’elle vous voit faire. Une évolution technologique qui a su séduire de nombreux technophiles. Le haut de gamme Android ne brille pas : ni pour ses prix plus bas, ni pour ses capacités innovantes.

 

L’iPad n’a pas inventé la tablette, mais il l’a définie

L’iPad n’a pas inventé la tablette, mais elle l’a définie. Et alors que la concurrence a joué le rattrapage, l’iPad a développé un puissant écosystème, étendant ses capacités via des milliers d’accessoires et des centaines de milliers d’applications spécialement conçues pour ce format. Ces améliorations s’étendent au système d’exploitation, où Apple a toujours été à quelques pas de la concurrence.

Alors, qu’est-ce qui rend l’iPad meilleur qu’une tablette Android ? Il ne fait aucun doute que Android a quelques avantages par rapport à l’iPad, mais Apple a conduit des tablettes dans les écrans haute définition et les processeurs très puissants. Les tablettes Android ont besoin de davantage de puissance et d’autonomie : ce n’est pas logique qu’une Galaxy Tab S3 soit moins puissante d’un Galaxy S8. Chez Apple, c’est l’inverse : l’iPad Pro est équipé du A10X Fusion avec six cœurs. La qualité de fabrication et la durabilité des tablettes Android doivent être au niveau de l’iPad.

Les fabricants Android devraient en profiter pour communiquer largement sur les avantages d’Android. Je pense notamment au support de nombreux accessoires, au stockage extensible grâce au microSD, à la personnalisation offerte pour le système (launcher, widgets, etc.) ou encore aux formats atypiques de tablettes : la Yoga Book avec sa surface tactile qui se transforme en clavier, ou encore la Yoga Tab 3 Pro avec son picoprojecteur intégré.

L’effort apporté au logiciel de l’iPad sur iOS 11 montre également les ambitions d’Apple. Tandis que l’avenir d’Android sur tablette est encore au stade de rumeurs : Fuchsia ou Andromeda. Microsoft est en embuscade avec des produits hyrbides : l’IDC nous fait souvent croire que la croissance sera de retour sur ces produits munis d’un clavier rétractable ou détachable, mais c’est encore très calme. La gamme Surface de Microsoft ne semble pas avoir un impact énorme. Microsoft ne se classe pas dans la liste des cinq premiers fabricants de tablettes d’IDC, peut-être parce que la firme de Redmond se concentre sur des appareils haut de gamme et coûteux.

De mon coté, je pense que nos plus grands smartphones sont encore trop petits pour rivaliser de manière significative avec une expérience de tablette (lorsque la taille de l’écran est importante, au-dessus de 9 pouces). Je pense que les gens se sont rendus compte qu’une tablette est inutile. Tout ce que vous devez faire, c’est soit assez simple pour être accompli à l’aide de votre smartphone, soit assez compliqué pour vous obliger à utiliser un ordinateur. C’est pourquoi il est si important pour Apple de repousser les limites avec l’iPad Pro et iOS 11. Quant à Google, il devrait sérieusement penser à fusionner Chrome OS et Android.