Avec l’annonce fracassante de Free Mobile concernant l’arrivée de la 4G dans son forfait à 19,99 €, le marché a pris un vilain coup. Alors, les plus cartésiens vous diront que la couverture est ridicule et que cette annonce est un aveu de faiblesse. Or, cette nouvelle offre ne concerne pas vraiment la couverture ; elle est sans conteste une attaque des trois autres opérateurs sur leur terrain de jeu : la 4G. Essayons de comprendre pourquoi.

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Il y a quelques jours, nous vous annoncions que, au regard des diverses déclarations de Xavier Niel et de Maxime Lombardini, la 4G ne ferait probablement pas son arrivée avant quelque temps chez Free Mobile. D’après les deux dirigeants, la 4G n’intéressait pas les Français et leurs concurrents s’étaient précipités sans proposer une couverture suffisante (notamment SFR avec ses 30 % de la population). Autrement dit, il était trop tôt pour la 4G et, pour conclure, les deux protagonistes affirmaient que Noël ne serait pas le combat de la 4G. Alors, pourquoi ce revirement ?

Ce ne sera pas le combat de la couverture

Ce qui est certain, c’est que le taux « suffisant » de couverture n’est pas atteint. Et, au final, ce n’est pas sur ce point que l’offre de Free bouleverse le marché. Même si les déclarations laissent entendre que la couverture est « suffisante ». Il n’en est rien. Sur ce point, nous encouragerons le consommateur à faire preuve de prudence (quel que soit l’opérateur d’ailleurs), comme l’ont conseillé plusieurs membres du gouvernement.

Il n’est pas question ici de dénigrer le réseau de Free mobile. Le 4e opérateur est encore trop jeune pour avoir une couverture équivalente aux concurrents et ce n’est pas de trop de le rappeler. En revanche, pour ceux qui souhaitent profiter pleinement de la 4G, il faut bien analyser la couverture et ne pas trop faire confiance aux diverses déclarations. Pourquoi tant de méfiance ? Parce que Free Mobile annonce couvrir plus de 1 000 communes avec, pour le moment, 700 antennes. Autrement dit, moins d’une antenne par commune. Ici, c’est vraiment de la communication (les concurrents ne sont pas meilleurs sur ce point). Et c’est bien là le problème.

Tous les acteurs du marché jouent sur des notions vagues qui ne parlent pas à grand monde. C’est d’autant plus fort ici que nous parlons de communes et non pas de villes… Et ça, ça change tout ! En voici l’illustration  : Orange couvre 866 villes avec 3879 antennes en services, Bouygues Telecom, avec 5392 antennes en services couvre 2113 villes. Le parallèle avec ce  « 700 antennes pour 1000 communes » a de quoi faire réagir. Beaucoup l’ont fait d’ailleurs, comme l’UFC-que-choisir : «À en croire Free, 700 antennes lui permettraient d’ores et déjà de couvrir 1000 communes en 4G, soit plus qu’Orange avec ses quelque 3400 antennes! Bizarre…»

Villes couvertes en 4G - 28 novembre

Pour connaître la vraie couverture « potentielle », c’est auprès de l’agence nationale des fréquences qu’il faut regarder. Elle publie tous les mois un récapitulatif des déclarations et des autorisations d’antennes. C’est le meilleur indicateur pour mesurer l’étendue du réseau. À ce jeu-là, rien ne change. Free mobile reste nouveau sur le territoire et donc couvre une petite partie du territoire. Aucune critique à faire de ce côté : c’est un nouvel entrant. C’est d’ailleurs pour cette raison que le 4e opérateur a signé un contrat d’itinérance 2G/3G avec l’opérateur historique Orange ; afin que les clients de Free Mobile puissent utiliser leur téléphone dans des zones non couvertes par les antennes de Free Mobile.

En revanche, il n’y a pas, à ce jour, d’itinérance en 4G. Ainsi, toute circulation de données 4G se fera en propre – par les antennes de l’opérateur. La couverture actuelle de Free Mobile en 4G est estimée aux alentours de 10 % de la population. L’opérateur est d’ailleurs le seul (en Europe) à ne donner aucun chiffre de couverture ni d’objectif à court terme. Quand toutes ses antennes 3G pourront émettre en 4G, il devrait pouvoir dépasser les 25 % de couverture de la population (probablement d’ici à six mois / un an). Pour rappel, SFR prévoit 35 % dès cette fin d’année et Orange « plus de 50 % ». Quant à Bouygues Telecom, il dépasse les 63 % depuis octobre.

Déclaration antennes 4G Décembre 2013On notera également que, si beaucoup sont tentés de comparer le nombre d’antennes 4G de Free Mobile avec celui des concurrents, comme SFR qui semble proche, il ne faut pas oublier que ce dernier déploie en priorité sur les fréquences dites « en or » et qu’il n’est donc pas possible de comparer directement le nombre d’antennes et de faire une estimation de la couverture. Ce serait tellement plus simple…

L’intérêt de l’offre ne réside donc pas dans la couverture et, d’ailleurs, Free Mobile ne met pas l’accent sur ce point-là. Le marché n’est pas bouleversé sur ce terrain et cela est bien compris par les clients. Pourtant, bon nombre de personnes non couvertes pourraient profiter de l’arrivée de cette offre. En effet, les personnes ciblées par l’offre de Free Mobile ne sont pas les impatients cherchant à tout prix à profiter pleinement de la 4G. L’offre répond à une autre attente : la simplification de l’offre.

La 4G n’est plus un service à haute valeur ajoutée

Ce qui distingue habituellement les offres dites Low-cost (à 20 €) de celles à plus de 30 €, ce sont les services à haute valeur ajoutée. Par exemple, en souscrivant une offre à 30 €, vous avez accès à des services gratuits comme la musique en streaming illimité, la possibilité d’avoir une ou plusieurs cartes SIM gratuites pour votre tablette, un espace de stockage sur le cloud, etc. Avec ces offres, vous pouvez également obtenir une subvention sur votre mobile moyennant un réengagement sur plusieurs mois (la subvention s’avère  souvent intéressante, mais uniquement si vous comparez les offres à services équivalents…).

Avec l’arrivée de la 4G, les gros opérateurs ont voulu distinguer ce réseau de celui de 3e génération et privilégier les clients des offres « premium ». Ils ont misé sur la 4G pour inciter les clients d’offre classique à migrer vers les offres premium. Plus de services, mais aussi plus de revenus pour l’opérateur. C’était une stratégie justifiée par les trois opérateurs pour recouvrer leur marge passée. Avec son annonce, Free Mobile change complètement la donne. Maintenant, les choses vont progressivement changer. Les offres premiums ne pourront s’appuyer sur la 4G pour se différencier ; les personnes intéressées par la 4G, et non par la pléthore de services supplémentaires, pourront donc se contenter d’une offre à 20 €.

Il faut noter que sur ce point, le ministre du redressement productif, Arnaud Montebourg, s’est montré plutôt inquiet de ce changement de valeur. En effet, le passage à la 4G demande un certain investissement, notamment pour les opérateurs actuels qui devront mettre à jour leurs antennes et surtout leur infrastructure. Proposer la 4G dans les forfaits low-cost est un risque sur l’investissement et le déploiement de la 4G -technologie qui sera d’ailleurs amenée à évoluer à l’avenir. Espérons que cette baisse de valeur ne détériore pas le développement de la 4G. Il ne faut pas oublier que le déploiement d’antennes n’est que le point de départ de la 4G, les débits à termes (après diverses améliorations) devraient atteindre le Gigabit/s.

La technologie évolue, les offres aussi (pour le même prix)

En plus de proposer la 4G « pour tout le monde » (sans considération de couverture), le fair-use passe à 20 Go. C’est une nette évolution. L’opérateur invente ainsi une nouvelle habitude sur le mobile : quand la technologie le permet, on fait évoluer l’offre sans demander plus. Quel argument ! C’est d’ailleurs ce qu’il a longtemps fait sur le fixe, jusqu’à l’arrivée de sa FreeBox révolution. Cette nouvelle promesse, bien qu’uniquement pour les clients Free Mobile possédant un téléphone 4G (sinon, cela reste à 3 Go de fair-use) devrait aussi changer les habitudes. Nous avons découvert les joies de la téléphonie illimitée il y a quelques années, 20 Go de fair-use devraient aussi nous permettre de libérer nos envies. C’est une quantité de données que nous aurons du mal à atteindre, c’est justement pour cette raison que nous n’aurons plus la sensation d’être limité.

On change la donne avant Noël

Finalement, proposer une telle offre juste avant les fêtes de Noël est une manière pour Free Mobile de se préserver des concurrents et de changer la situation à la veille de la période faste de Noël. Cela envoie un message fort aux clients, mais qui finalement ne devrait pas changer grand-chose (en dehors du fair-use). Nous savions depuis longtemps que Free Mobile ne demanderait pas de surplus pour la 4G. Les deux seules nouveautés concernent donc la date du lancement et le fair-use qui explose. Ce dernier point étant celui qui aura le plus d’impact dans la décision des clients et sur la stratégie des concurrents.

Question crédibilité et communication, les dirigeants du 4e opérateur ont tout de même pris un risque. Leur offre actuelle a le même défaut que celle des concurrents il y a six mois : la couverture. C’est un revirement qu’il est difficile de comprendre au regard des mots durs qu’ils ont prononcés à l’égard des opérateurs « historiques » concernant la 4G.

On nous rappelle souvent que nous sommes des pigeons, parce que l’on paye trop cher. Pourtant, face à cette guerre des mots, nous serions plutôt les dindons de la farce. Les déclarations des opérateurs (quels qu’ils soient) ont atteint un fort degré de mauvaise foi et il est aujourd’hui difficile de s’en sortir. Il faudra bien du courage à ceux qui voudront adopter la 4G pour Noël… Attention, terrain miné !