Durant le mois de mai dernier, les principaux opérateurs téléphoniques présents sur le marché français sont passés devant la Commission des Affaires Economiques pour évoquer leurs difficultés et leurs projets à court et moyen terme. Chacun des opérateurs y est allé de son point de vue, mais le plus intéressant reste certainement celui de Bouygues Telecom, qu’on sait en difficulté.

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Ce sont plus exactement Olivier Roussat, président-directeur général et Didier Casas, secrétaire général de Bouygues Telecom qui se sont exprimé devant la Commission des Affaires Economiques du Sénat sur l’avenir de Bouygues Telecom. Les deux hommes sont revenus sur les difficultés de ce début d’année et ont confirmé la mise en place d’un sévère plan de réduction budgétaire :

Les résultats en matière de 4G n’ont pas été à la hauteur de nos espérances […]. Au premier trimestre, Bouygues Telecom a ainsi connu une perte opérationnelle de 19 millions d’euros : l’entreprise doit donc se réformer pour changer de modèle, car il n’est pas possible de vivre durablement avec des résultats négatifs. […] Nous avons décidé d’économiser 300 millions supplémentaires par an, après avoir réduit nos coûts de fonctionnement de 600 millions en deux ans. Notre objectif est d’économiser un milliard par an d’ici trois ans : c’est énorme, pour un chiffre d’affaires de 4 milliards.

Tout cela, on le savait déjà plus ou moins. Ce qui est le plus intéressant dans ce rapport récemment publié, c’est surtout la façon dont Bouygues Telecom se dit victime des pratiques tarifaires de Free Mobile et de la clémence dont le nouvel opérateur aurait bénéficié de la part des autorités. Le premier grief de Bouygues Telecom concerne les accords d’itinérance entre Orange et Free Mobile, qualifiée par Olivier Roussat de « cancer ». Elle serait même à l’origine d’une concurrence faussée :

Quand le nombre de communications augmente sur un relais de Free, réduisant par la même la qualité, l’itinérance prend le relais. Tel n’est pas le cas pour nous, qui devons augmenter le nombre de pylônes pour maintenir la qualité de notre réseau. Ces différences de traitement ne sont pas prises en compte par l’Arcep.

Selon Bouygues Telecom, Free ne ferait pas l’effort d’investir correctement dans les antennes, particulièrement dans les zones blanches :

Free explique qu’il a beaucoup de mal à déployer son réseau parce qu’il est devenu très difficile de trouver des sites. On sent bien que du côté du régulateur, on a très envie de le croire. Mais je pose la question : Orange vient d’installer 5 000 sites 4G en moins de 20 mois pour rattraper le retard qu’il avait sur Bouygues Telecom, pourquoi Free ne serait pas capable d’installer plus de 2800 sites en cinq ans ? Quand on veut, on peut !

Et d’ajouter :

Avec des abonnements à 20 euros, il est impossible de couvrir les dépenses d’investissement, sauf à dégrader ses comptes, ce que Free ne veut bien sûr pas faire. Elle est là, l’explication. Mais l’autorité de régulation ne faisant rien, ne réagissant pas, la situation économique des trois opérateurs continue de se dégrader.

Bouygues Telecom a d’ailleurs fait appel au Conseil d’État pour régler cette question. Free est d’ailleurs placé sous surveillance par l’ARCEP et doit prouver qu’il est en mesure de couvrir 75 % de la population française avant le 12 janvier 2015.

Dernier point abordé par ce long et passionnant entretien (dont la lecture intégrale se consulte à cette adresse), le rachat par Orange. Pour le coup, le PDG de Bouygues Telecom est à la fois amer et très clair sur la question :

Je vais vous répondre avec un peu d’ironie : les pouvoirs publics estimaient indispensable d’avoir quatre opérateurs fin 2011 et aujourd’hui il n’en faudrait plus que trois ? Quel est le sens de tout cela ? Si le but était de transférer l’argent d’un opérateur à un autre, c’est réussi, la fortune du patron de Free, Xavier Niel, est faite. Mais où est la logique ? Favoriser l’émulation entre les opérateurs, et donc l’investissement ? Sans doute pas puisque l’un des opérateurs bénéficie de conditions d’installation biaisées.

Il précise toutefois que des discussions ont bel et bien été entamées :

La presse a fait état de discussions avec Orange. Tout ce que je peux vous dire, c’est que, pour l’instant, elles sont très préliminaires. Nous ne voulons dépendre de personne pour restaurer notre rentabilité et pouvoir réaliser les investissements dont nous avons besoin.

Bouygues Telecom a beau se plaindre de sa situation et de l’état actuel du marché des Telecom, il oublie de préciser que ce sont les consommateurs qui se sont révélés gagnants du point de vue des tarifs pratiqués. UFC que Choisir constatait ainsi il y a quelques semaines que les prix ont chuté de 30 % depuis 2011.